l'Association
canadienne pour les Nations Unies avec l'appui du CRDI présente,
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La série ENJEUX 2
Le
développement durable par le respect des droits de la personne : droits
environnementaux, participation du public et sécurité humaine
I.
Le droit d’accès à l’information et le droit de
participation aux prises de décision
II.
Le droit de faire valoir et de défendre les droits
de la personne et la protection de l’environnement
5.
Coup d’œil sur deux dossiers :
I.
Justice écologique
II. Santé
et sécurité nationale
6. Les Autochtones du Canada – un cas concret
pour montrer les liens entre les droits de la personne et le développement
durablE
« Sans l’habilitation,
l’élimination de la pauvreté est un leurre. Sans le respect des droits des
minorités, l’intégration sociale est un non-sens. Sans le respect des droits
des femmes, l’égalité des sexes est un rêve. Sans le respect des droits des
travailleurs, le plein emploi peut être synonyme d’ateliers de misère,
d’exploitation et d’esclavage. En matière de développement, on ne peut se
soustraire à la logique des droits de la personne. »
-
Mary Robinson
Haut
Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme
Avez-vous déjà pensé au lien
entre les droits de la personne et le développement durable? Quand on y
réfléchit bien, on se rend compte, comme maints spécialistes, que le respect
des droits de la personne est une condition préalable
au développement durable. Autrement dit, sans la reconnaissance et la
défense de ces droits, le développement durable est impossible.
Admettons qu’il n’est
pas facile d’embrasser une notion aussi vaste que le développement durable dans
toutes ses dimensions : socioculturelles, économiques et environnementales.
Cependant, le principe de la durabilité (ou « pérennité ») n’est pas
compliqué : il s’agit de veiller à ce que les gestes posés aujourd’hui pour
améliorer la condition des humains et de la terre aient des effets qui
demeurent et profitent aux générations futures. Pour ce faire, il faut tenir
compte des trois piliers du développement durable, soit les systèmes
socioculturel, économique et écologique et ce, dans les décisions prises à tous
les niveaux.
Le message de Mary
Robinson dit que ce sont les gens qui sont au centre du développement
durable. C’est que le développement
durable existe pour les gens : des êtres humains qui ont droit à
une vie décente. Faire le lien entre droits de la personne et développement durable, c’est donner un visage humain aux inquiétudes que
suscite de plus en plus l’état de l’environnement, ce qui a un effet direct sur
le mieux-être de tous.
La façon la plus simple
de voir ce lien consiste à penser à un problème local ou international
considéré comme menaçant pour l’équilibre mondial (guerre, conflit ethnique,
progression du sida, marées noires) et de se poser les questions
suivantes :
§
Qui profite de la
situation?
§
Quelles sont les
conséquences néfastes de la situation, et qui en souffre?
§
Tous les
intéressés ont-ils le même poids dans les processus décisionnels qui concernent
le problème?
§
Cet événement et
la réponse apportée auront-ils un effet sur les générations futures?
Ces quatre questions
montrent que certains groupes ont plus de mal que d’autres à vivre une vie
décente dans un milieu sain parce qu’ils subissent davantage le contrecoup de
certains problèmes et leurs intérêts ne sont pas toujours représentés dans le
processus décisionnel.
Tout commence à Stockholm
D’où vient la notion de
développement durable? Elle a été énoncée pour la première fois à la conférence
historique de l’ONU sur l’environnement et le développement, tenue à Stockholm
en 1972. C’est à cette occasion qu’on a fait le lien entre environnement et
développement. En 1992, le Sommet de la Terre a réuni à nouveau la communauté
internationale, cette fois à Rio, pour discuter de problèmes mondiaux de
développement durable comme le réchauffement de la planète, le tandem
santé-environnement, la biodiversité et la pauvreté.
Or, trente ans après la
première conférence, les pauvres sont plus nombreux, des maladies comme le sida
paralysent le tissu social et économique de certains pays, et le fossé entre
les riches et les pauvres se creuse toujours. Sans compter que l’on continue de
s’occuper séparément des trois piliers économiques, écologique et socioculturel
du développement
durable.
Les progrès sont donc
minimes et l’approche axée sur les droits naît de ce constat. Comme le
dit si bien Mary Robinson, les droits sont au cœur de tous les aspects du développement,
et on pourrait réussir plus efficacement à briser le cycle de la pauvreté, de
la dégradation de l’environnement et des conflits en adoptant une approche axée
sur la personne.
La résolution 1819 de l’Assemblée générale de
l’Organisation des États américains affirme :
Que la jouissance effective de tous les droits
humains, y compris le droit à l’éducation, la liberté de réunion et la liberté
d’expression, ainsi que la jouissance pleine et entière des droits économiques,
sociaux et culturels, favorise la protection de l’environnement en créant des
conditions propices à la modification des comportements qui entraînent la
dégradation de l’environnement, à la réduction des effets de la pauvreté sur
l’environnement et des modèles de développement non durables [...]
Document de référence du PNUE et du HCDH
Les partisans de cette approche proposent trois grands
principes d’intervention pour concourir au développement durable :
1.
le droit à un
milieu sain et sûr; l’accès à l’information et la participation aux prises de
décision;
2.
le droit de faire
valoir et défendre la protection de l’environnement et les droits de la personne.
Dans cette optique, il
faut reconnaître officiellement le droit à un milieu sain pour que
celui-ci soit intégré à tous les processus décisionnels. On ajoute qu’il est
très important d’écouter le peuple dans le cours de cette intégration.
D’autant plus que le droit à l’information et à la participation aux processus
décisionnels n’est pas partout reconnu, alors que ce sont souvent les groupes
vulnérables qui subissent les effets négatifs des choix de société.
Un coup d’œil sur
deux dossiers concrets illustrant le lien entre les droits de la personne et le développement durable peut s’avérer très instructif pour comprendre comment
tout cela fonctionne. Par exemple, la justice écologique est un secteur
d’action qui a vu le jour lorsque l’on a constaté les effets disproportionnés
de certaines décisions sur certains groupes, souvent des pauvres, des femmes ou
des minorités ethniques. Par ailleurs, en élargissant la définition de sécurité,
on a pris conscience des effets que peut avoir un milieu insalubre sur la santé
des gens et des populations.
Il
peut aussi être très utile de se pencher sur les réalités de certaines
populations pour comprendre le lien entre droits de la personne et
développement durable. Le cas des peuples autochtones du Canada (Premières
Nations, Inuits et Métis) est très révélateur. La lutte continuelle de ces
peuples pour le respect de leur droit à l’autodétermination et à l’autonomie
gouvernementale est truffée d’exemples démontrant l’importance d’un milieu sain
pour le développement, la protection de l’environnement, la préservation du
savoir traditionnel et la santé et le mieux-être des populations.
Pour en savoir plus...
Droits de
l’homme et environnement - HCDC-ONU
Déclaration
universelle des droits de l’homme - HCDC-ONU
Conférence
des Nations Unies sur l’environnement et le développement – Conseil de la Terre
Droits
de la personne – Sierra Club
Développement
durable – Association canadienne pour les Nations
Unies
Mary
Robinson - HCDC-ONU
« Le lien entre les droits de la personne
et le développement durable est indéniable :
pour profiter du droit à la vie, il faut de l’eau potable, de l’air pur et une
terre saine. L’approche axée sur les droits de la personne permet de mettre au
cœur des décisions la qualité de vie de la population dans son entier. »
- Adebowale et autres,
bulletin d’opinion de l’IIED, www.iied.org
En
effet, le lien entre les droits de la personne et le développement durable est
indéniable. L’approche axée sur les droits existe depuis longtemps, et elle
inspire l’action de certaines organisations comme l’Organisation
internationale du travail depuis des décennies.
Pour bien comprendre cette approche, on peut se poser plusieurs
questions :
Voici
quelques réponses...
D’où vient l’approche axée sur les droits?
L’approche axée
sur les droits est un « cadre conceptuel ». Cela signifie qu’elle
vise à changer le contexte des prises de décision, c’est-à-dire le
« contenant » qui donne forme au contenu. Cette approche a pour but
de faire respecter les droits de la personne conformément aux normes
internationales. En théorie, l’approche axée sur les droits vise à intégrer les
droits reconnus aux discussions, aux politiques, aux conventions et aux processus
concernant le développement durable. Elle cherche aussi à faire reconnaître un
nouveau droit universel, le droit à un milieu sain.
L’approche
axée sur les droits a pour objet de veiller à ce que l’on tienne compte des
problèmes d’équité sociale lorsqu’on travaille pour un développement
durable. L’équité sociale consiste à répartir de façon juste les avantages et
les inconvénients économiques et environnementaux d’une décision, les services
collectifs tels que l’éducation et les soins de santé et le droit de
participation aux processus décisionnels. L’équité sociale consiste à tenir
compte des groupes désavantagés, notamment les femmes, les jeunes, les enfants,
les personnes âgées, les Autochtones et les minorité ethniques.
Cependant, l’idée
voulant que l’équité sociale doit passer en premier dans le développement
durable ne fait pas l’unanimité. Ainsi, les théories économiques
traditionnelles, illustrées à grande échelle par la mondialisation
économique, misent sur le développement du marché mondial et sur
l’accroissement de la production et de la consommation pour « alimenter
l’économie ». Or, un régime de production et de consommation à tout prix
s’avère insoutenable et entraîne diverses conséquences telles que conditions de
travail inhumaines, dégâts écologiques imposants et disparités croissantes
entre les riches et les pauvres. Le croiriez-vous si on vous disait que selon
les estimations, les pays développés, où vit 20 % de la population
mondiale, consomment 80 % des ressources de la planète?
À défaut de tenir compte
systématiquement des droits de la personne dans la conception des politiques et
des programmes, on marginalise les groupes les plus vulnérables, on sacrifie
l’équité sociale et on compromet la durabilité du développement.
En quoi change-t-elle les façons de faire?
Selon
le HCDC-ONU, le développement durable par
les droits de la personne comprend ce qui suit :
Ø
prise en considération des droits dans toutes
les sphères d’intervention;
Ø
responsabilisation des organes décisionnels
envers les titulaires de droits;
Ø habilitation des bénéficiaires des programmes de développement (plutôt
que d’offrir la charité?);
Ø participation de tous les secteurs de la population;
Ø non-discrimination et respect des intérêts des groupes vulnérables.
En quoi cette nouvelle
approche contribue-t-elle au développement durable? Premièrement, elle fait valoir l’importance de
conscientiser la population afin que la société civile et les décideurs
étudient les initiatives de développement ou les projets touchant
l’environnement dans une optique de droits de la personne (n’oublions pas qu’il
s’agit d’un « cadre conceptuel ») et récusent toute activité
susceptible de violer ces droits. C’est ainsi que l’on en viendra peu à peu à
mettre les droits de la personne au cœur de l’analyse de tous les programmes et
de toutes les politiques.
Mais surtout, au-delà
des droits environnementaux indirects qui ne sont pas reconnus officiellement,
l’approche axée sur les droits peut favoriser la reconnaissance d’un droit
universel explicite à un milieu sain.
Pour en savoir plus...
Environment
and Human Rights
– Bulletin d’opinion de l’IIED
Equity
for a Small Planet
– Bulletin d’opinion de l’IIED
The Rights-Based Approach - HCDH-ONU
Human
Rights Information – Sierra Club
Economic Development – The New School
La
notion de « droit » est très vaste et se définit de plusieurs
manières. On reconnaît généralement deux grandes catégories de droits
aujourd’hui : 1) les droits civils et politiques, 2) les droits économiques,
sociaux et culturels. Les droits civils et politiques, qui visent le maintien
d’un ordre moral et politique, comprennent le droit à la vie, à la
participation et à l’égalité. Les droits économiques, sociaux et culturels
visent le mieux-être de la personne. En lisant entre les lignes, on y reconnaît
les droits environnementaux.
Même
si les droits environnementaux ne sont pas explicites dans la Charte canadienne des droits et libertés, ils sont mentionnés dans divers documents
internationaux. Quelques exemples :
Grâce
à ces points de référence, il est possible pour une personne de faire valoir
que ses droits environnementaux ont été violés, mais il n’est pas plus facile
de les faire respecter. Prenons l’exemple de la ville de Walkerton, en Ontario,
où sept personnes sont mortes et 2 300 sont tombées malades parce que
leur eau avait été infectée par une bactérie nommée E. coli. Cette bactérie, qui se trouve normalement dans le
fumier, s’est infiltrée dans la principale source d’eau de la ville, un puits
mal entretenu. Il semble évident que le droit à un milieu sain a été enfreint
dans ce cas-ci; pourtant, l’imbroglio qui s’est ensuivi dans la répartition des
responsabilités entre la ville et la province démontre bien l’importance
d’inscrire ces droits et les perspectives d’indemnisation dans la loi et les
institutions.
Pour en
savoir plus...
Environmental
Rights – Bulletin d’opinion de l’IIED
L’approche axée sur les droits - HCDC-ONU
La crise de Walkerton I – CANOE (réseau Internet)
La crise de Walkerton II - CBC
Climate Change Information KIT - UNEP
4
Le rôle de la population
Nous
avons vu plus haut que l’humain est au cœur du développement durable. De fait,
s’ils ne participent pas aux processus décisionnels, les citoyens deviennent
des bénéficiaires passifs des programmes gouvernementaux.
Pour
que les gens puissent se doter d’un milieu sain, ils doivent jouir de deux
autres droits :
I.
le
droit d’accès à l’information et le droit de participation aux prises de
décision,
II.
le
droit de faire valoir et de défendre les droits de la personne et la protection
de l’environnement.
4.I
Le droit d’accès à l’information et le droit de participation aux prises de
décision
On a pu
constater jusqu’ici à quel point l’information est importante dans tous les
aspects de la vie. Sans information, il peut s’avérer impossible de susciter
des changements; le droit d’accès à l’information est donc un des droits les
plus précieux d’une société.
Les
journalistes jouent un grand rôle dans la diffusion d’informations sur les
événements d’ordre politique, social et économique. On met parfois en doute
leur objectivité, mais leur travail est de plus en plus important pour nous
informer de ce qui se passe à l’autre bout de la planète en cette ère de
mondialisation. Les médias parallèles deviennent aussi essentiels pour les
citoyens de tous les pays, surtout de ceux qui sont dirigés par des
gouvernements corrompus qui ne répondent pas toujours aux besoins fondamentaux
de leur population. Le développement durable est en péril lorsque la corruption
empêche les citoyens d’être informés de leurs droits et de les défendre.
Pour
progresser dans cette voie, la communauté internationale pourrait ratifier la
Convention de 1998 sur l’accès à l’information, la participation du public au
processus décisionnel et l’accès à la justice dans le domaine de
l’environnement (communément appelée « convention d’Aarhus »). La
convention d’Aarhus consacre le droit du public à l’information en matière d’environnement
et préconise l’instauration de moyens de recueillir et de diffuser cette
information; celle-ci est définie de manière générale comme tout renseignement
portant sur l’environnement naturel, les ressources et la santé humaine, ainsi
que sur tout facteur susceptible d’influencer ces derniers.
Des
lois et des ententes comme la convention d’Aarhus sont nécessaires pour
garantir le droit du public à être consulté; dans le même temps, le respect de
ce droit se traduit par la légitimation et l’appropriation populaires des
politiques et des programmes.
Pour en savoir plus...
Convention d’Aarhus – Commission économique des Nations Unies pour
l’Europe
Droit à l’information – Site web de l’Union européenne
Droits
environnementaux – Bulletin
d’opinion de l’IIED
4.II
Le droit de faire valoir et de défendre les droits de la personne et la
protection de l’environnement
Pour
que le développement et les changements soient durables, il faut que le public
ait la possibilité de contester les décisions et de faire valoir ses solutions.
Cependant, il n’est pas toujours possible de protéger ce droit de promouvoir et
de défendre les droits de la personne et l’environnement, surtout lorsque le
statu quo profite à l’État.
Vous
avez sans doute entendu parler de la montée récente du mouvement
antimondialisation, qui a fait beaucoup de bruit, entre autres, lors des
manifestations de Québec et de Seattle contre les projets de l’Organisation mondiale du commerce et la Zone de libre-échange des Amériques. Ce genre de contestation est
souvent décrit en des termes ravageurs par les médias, ce qui incite de
nombreux États à réprimer toute forme de militantisme à titre préventif. Or, le
militantisme est essentiel à la défense des droits et de l’environnement.
Beaucoup de gens sont si convaincus de l’importance d’informer le public et
d’influencer les décideurs qu’ils sont prêts à faire de nombreux sacrifices et
à risquer de perdre leurs propres droits pour exprimer leurs idées.
Pour
illustrer l’importance du droit de protester et de défendre les droits, on peut
évoquer le soulèvement de la place Tiananmen, en Chine, en 1989, à l’issue
duquel la police a tué 2 600 manifestants et en a blessé 7 000 autres.
Un étudiant bien connu ayant participé au soulèvement, Boa Ge, n’a jamais pu
obtenir un emploi de la part du gouvernement chinois même s’il figure parmi les
meilleurs étudiants en médecine. Le gouvernement lui en veut en raison de la
déclaration en 19 points qu’il a rédigé pour faire valoir la démocratie en
Chine. Cette déclaration exprime des convictions contraires à celles du
gouvernement chinois. S’il était reconnu que Ge a un droit légitime de
protester et de défendre ses idées, à savoir que les droits du peuple chinois
ont été brimés, on ne pourrait pas le marginaliser pour ses convictions.
Pour en savoir
plus...
Déclaration
universelle des droits de l’homme -
HCDC-ONU
Environmental
Rights – Bulletin d’opinion de l’IIED
Place
Tiananmen – CNN (Europe)
World
Watch Glossary – « le jargon des écolos » -
IIDD
OneWorld
5 Coup
d’œil sur deux dossiers
5.I Justice
écologique
« En
militant pour la “justice écologique”, on se préoccupe toujours des terres
humides, des oiseaux et des régions sauvages, mais on s’inquiète également de
l’habitat urbain, des gens qui vivent dans des villes ou des réserves, de ce
qui se passe le long de la frontière américano-mexicaine, des enfants
empoisonnés par le plomb qui se trouve dans leurs habitations et de ceux qui
jouent sur des terrains contaminés. Il a donc fallu nous battre pour que les
groupes écologistes commencent à s’intéresser à ces problèmes. »
-Dr
Robert Bullard, juillet 1999
Comment
faire valoir concrètement les liens entre les droits de la personne et
l’environnement? Cette tâche n’a jamais été facile, d’autant plus que ces deux
sujets n’attirent pas l’attention des mêmes groupes généralement. Cependant, le
concept de « justice écologique » peut enfin servir de trait d’union.
Les principes de justice écologique nous enseignent que ni les commodités de la
vie ni les effets de la dégradation sévère de l’environnement ne sont répartis
uniformément, et que ce sont généralement les opprimés et les marginaux qui en
souffrent. Nous avons déjà vu comment les inégalités se creusent à l’échelle
planétaire, et les tenants de la justice écologique montrent comment certains
pays sont tenus à l’écart des ressources saines.
Injustice écologique : Répartition injuste des
inconvénients d’un dégât écologique et accès inéquitable aux avantages
écologiques.
- IISD Digest, mai 1996
Racisme environnemental : Sélection intentionnelle de lieux habités principalement par des
minorités ethniques pour le dépôt de déchets dangereux, l’aménagement de sites d’enfouissement,
la construction d’incinérateurs et l’établissement d’industries polluantes.
- Electronic Green Journal
Le
concept de justice écologique est parfois complexe, mais on peut l’illustrer en
prenant comme exemple un sujet d’actualité comme le réchauffement de la
planète. Malheureusement, en raison de divers facteurs géographiques et
démographiques, les effets de ce réchauffement ne se feront pas sentir partout
avec la même intensité. Par exemple, à Tuvalu ou au Bangladesh, une
augmentation de la température de un ou deux degrés peut entraîner d’immenses pertes
de territoire, des migrations massives, voire la disparition de nations
entières. De fait, à Tuvalu, on commencera à évacuer des gens à destination de
la Nouvelle-Zélande dès 2002 car cette petite île est littéralement en train
d’être engloutie. Les principes de justice écologique nous invitent à nous
demander si ces effets sont justes, sachant que le changement climatique est
principalement causé par les gaz à effets de serre émis par les pays
développés.
Une
branche de la justice écologique concerne la lutte contre le « racisme
environnemental » dont sont victimes certaines communautés ethniques en
Amérique du Nord. En 1983, Robert Bullard, un des pionniers de la justice
écologique aux États-Unis, a constaté qu’un nombre disproportionné de sites
d’enfouissement sanitaire, d’incinérateurs et de décharges étaient situés à
proximité de collectivités noires. Il en a conclu que les entreprises, les
industries et les gouvernements profitaient tous de la vulnérabilité des
pauvres et des minorités visibles, qui ne disposent d’aucun moyen de
protestation efficace. Dans la plupart des cas, les grands groupes écologiques
ne défendaient pas la cause de ces minorités, étant traditionnellement animés
par des blancs de la classe moyenne préoccupés par d’autres dossiers. Au
Canada, on peut donner l’exemple de l’état déplorable des réserves autochtones,
dont la salubrité demeure de loin inférieure à la moyenne canadienne.
Ces
injustices ne s’expliquent pas par un seul facteur. Elles peuvent résulter de
circonstances historiques, des relations économiques actuelles entre les pays,
et parfois aussi de l’inefficacité de la réglementation. Nous savons qu’on ne
peut pas changer le passé, mais le gouvernement peut corriger les injustices
écologiques en adoptant des règlements qui encadreraient l’activité économique.
Il est possible de faire respecter les droits des gens qui subissent
injustement le contrecoup de la dégradation environnementale en reconnaissant
et en faisant respecter les droits écologiques, favorisant ainsi la durabilité
des initiatives de développement visant les groupes minoritaires.
Pour en savoir plus...
Environmental Justice Resource Centre – Clark Atlanta University
Environmental
Justice Information Page – University of
Michigan
Environmental Justice Database – Michigan State University
Environmental Justice and Environmental Racism – Environmental Justice
Network
Climate Change - Tuvalu – American Communications Foundation
Policy group to disprove environmental racism – National Center for Policy Analysis
Environmental Protection Agency (États-Unis)
5.II
Santé et sécurité nationale
« La dégradation environnementale est la pire
menace à la sécurité qu’on puisse imaginer, car elle met en péril le fondement
même des ressources nécessaires à toute activité humaine. »
-
Renner, 1989
Pour
un gouvernement, tout ce qui menace directement ou indirectement la
souveraineté ou la population du pays est question de sécurité nationale.
On ne pense pas tout de suite à la sécurité nationale quand on parle de risque
environnemental; toutefois, on reconnaît de plus en plus que les « menaces
non conventionnelles à la sécurité » compromettent la santé et le
mieux-être des populations. Les menaces non conventionnelles sont celles qui découlent
d’activités non militaires ou qui modifient les ressources d’une collectivité
(eau, terre, denrées). Dans cette optique, la dégradation environnementale non
seulement menace la qualité de vie en créant des risques pour la santé et en
compromettant la salubrité des ressources, mais elle peut aussi aggraver des
tensions internationales, voire entraîner des conflits armés.
Par
ailleurs, on a aussi élargi la définition de « sécurité » pour y
inclure la notion de « sécurité humaine », désignée pour la première
fois dans la Déclaration universelle des
droits de l’homme, en 1948, comme une « menace à la sécurité physique
de la personne ». Puisque la santé fait partie implicitement de la
sécurité physique, il semble que le droit à un milieu sain et sûr relève
implicitement de la sécurité nationale.
L’étroitesse
des liens entre santé et environnement, notamment en ce qui concerne
l’alimentation et la qualité du milieu de vie, est mise en évidence par
certains événements locaux comme le problème de l’eau à Walkerton (voir Le
droit à un milieu sain) ainsi que par la nature des principales causes de
décès dans le monde : les maladies infectieuses et parasitaires. La croissance
démographique, l’urbanisation et les changements climatiques et écologiques
sont autant de facteurs ayant favorisé la résurgence de ces maladies, dont les
pays en voie de développement souffrent proportionnellement plus que les autres
(ce qui ramène la question de la justice et de l’équité).
Le Programme des Nations Unies pour le développement
(PNUD) énonce sept volets à la sécurité humaine :
·
Sécurité économique
·
Sécurité alimentaire
·
Sécurité de la santé
·
Sécurité écologique
·
Sécurité personnelle
·
Sécurité
collective
·
Sécurité
politique
Selon
l’Organisation mondiale de
la santé
(OMS, 1998), « l’insalubrité du milieu cause directement environ 25 %
des maladies que l’on pourrait prévenir aujourd’hui, les diarrhées et les
infections respiratoires comme la pneumonie représentant les maladies les plus
fréquentes. D’autres affections comme la malaria, la bilharziose, d’autres
maladies à transmission vectorielles, les maladies respiratoires chroniques et
les infections infantiles sont aussi fortement influencées par des conditions
environnementales malsaines, de même que les blessures. »
Puisque
la survie dans notre monde dépend de la qualité du milieu, la dégradation
environnementale nuit directement au développement durable. Comme nous l’avons
vu, toutes les grandes entraves au développement durable sont directement liées
à des problèmes environnementaux. La production de déchets et la mauvaise
gestion des ressources, par exemple, ont tous deux des effets sur la santé. Une
mauvaise santé et la dégradation de la qualité de vie affaiblissent les groupes
vulnérables et marginalisés, ce qui diminue leur capacité de lutter contre la
pauvreté et les injustices. Le développement ne peut être durable tant que la
sécurité humaine est menacée (par les problèmes de santé imputables à
l’insalubrité du milieu).
Pour en
savoir plus...
Infectious Diseases and Global Change: Threats to Human
Health and Security - GECHS
Global
Environmental Change and Human Security Project - GECHS
Site web de la sécurité humaine du Canada - Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international
Santé et milieu -
Santé Canada
Climate
Change Information KIT - PNUE
6
Les peuples autochtones du Canada –
Étude de cas démontrant l’importance du développement axé sur les droits de la
personne
« La question des liens entre les droits de la personne et l’environnement a souvent été abordée dans
la perspective des peuples autochtones. La destruction de ces peuples, qui
découle de la destruction de leur habitat naturel, constitue un cas extrême de
violation du droit à la vie. Le programme Action 21 franchit cependant un
pas important, non seulement en reconnaissant le droit des peuples autochtones
à jouir de leur milieu naturel, mais aussi en les faisant participer activement
à l’amélioration de leurs conditions de vie et à la protection de
l’environnement. »
-
HCDC-ONU, Joint UNEP-OHCHR Expert Seminar
on Human Rights and the Environment, Background Paper No. 3, website[FL1]
Le
cas des peuples autochtones au Canada illustre clairement l’importance du droit
d’accès à l’information et du droit de participer aux processus décisionnels et
de faire valoir ses droits. Le cas est d’autant plus frappant que les
Autochtones se sont occupés du territoire bien avant la venue des Européens.
C’est lorsque ceux-ci sont arrivés que les Autochtones ont perdu la capacité de
gouverner leur propre territoire.
Pendant
les premières années de colonisation canadienne, le gouvernement a défini
l’avenir des peuples autochtones en instaurant un système qui allait jusqu’à
définir ce qu’était un Indien (par la définition du statut d’« Indien
inscrit »). Le gouvernement a obligé les enfants autochtones à fréquenter
des pensionnats où l’anglais était la seule langue autorisée et où le
christianisme était la religion imposée. Il a aussi déclaré illégales certaines
pratiques spirituelles et religieuses et créé un système de réserves qui
confinait les Autochtones à un territoire limité et les dépossédait de leurs
systèmes juridiques et politiques.
Confinés
à des espaces restreints, les Autochtones deviennent excessivement vulnérables
aux ennuis environnementaux. Le cas de la Première Nation de Tsawwassen
constitue un bon exemple. Le chef Kim Baird rapporte que depuis le début de la
construction de la gare maritime et du superport charbonnier Robert Banks à
Vancouver (Colombie-Britannique), la réserve est encombrée de déblais et de
varech, sans compter la pollution de l’air et le bruit occasionnés par les
travaux. (www.turtleisland.org)
L’impuissance
de la Première nation de Tsawwassen devant ces politiques néfastes pour leur
santé montre à quel point elle est dénuée de droits. Cependant, après une
longue lutte politique et sociale, les Autochtones peuvent graduellement
exercer un droit à l’autodétermination et à l’autonomie gouvernementale officiellement
reconnu par l’article 25 de la Charte
canadienne des droits et libertés.
La
Première Nation de Tsawwassen intente des poursuites contre les autorités
portuaires de Vancouver, dont elle réclame l’annulation de tous les effets
négatifs des nouveaux aménagements. Ces droits sont reconnus dans plusieurs
déclarations et conventions internationales dont le Canada est signataire et en
faveur desquelles il a d’ailleurs activement milité.
L’adoption
d’un régime gouvernemental adéquat est une condition nécessaire au
développement durable et à la protection de la culture autochtone. Le
gouvernement canadien donne maintenant aux Autochtones la reconnaissance et les
moyens nécessaires à leur autonomie gouvernementale, mais au terme d’un long
cheminement, qui retarde d’autant l’avènement du développement durable. La
situation des Autochtones n’est toujours pas rose, mais la création du Nunavut
offre une lueur d’espoir. Toutefois, ce n’est qu’une étape dans un long
processus de coopération et de réconciliation.
Pour en
savoir plus...
L’autonomie gouvernementale des Autochtones – Affaires indiennes et du Nord Canada
Pollution in the Arctic – Hartford Web