Les Opérations de Maintien de la Paix de L'ONU
La première mission - Crise de Suez, 1956
Historique de la Crise de Suez
Il y a exactement 50 ans de cela, la première force de maintien de la paix des Nations Unies était créée et déployée. La force représentait une importante innovation à l’intérieur des Nations Unies. Elle marquait également le début de la nouvelle période au cours de laquelle le maintien de la paix deviendrait une institution officielle de résolution de conflits.
En octobre 1956, l’ONU a été frappée d’une crise majeure qui menaçait la stabilité du Moyen-Orient. Quelques mois auparavant, les États-Unis, suivis du Royaume-Uni, décidaient de retirer leur aide financière au projet du barrage Aswan sur le Nil. Par suite de cette décision, Nasser a riposté en nationalisant le canal de Suez et en statuant que tous les revenus du canal serviraient à financer le projet. Les Français et les Britanniques ont fortement réagi, condamnant les mesures adoptées. Israël, pour sa part, dénonçait les incursions de plus en plus marquées de l’Égypte en territoire israélien à partir de Gaza.
Le 29 octobre, les forces israéliennes ont lancé une attaque sur l’Égypte, occupant le Sinaï et la bande de Gaza. Les troupes britanniques et françaises ont débarqué dans la zone du canal de Suez quelques jours plus tard, incitant l’ONU à convoquer une séance d’urgence pour discuter de l’état des choses. Bien que le Conseil de sécurité ait discuté de la situation, aucun consensus sur les actions collectives n’a pu être obtenu en raison des vetos de la France et du Royaume-Uni. Le dossier a donc été référé à l’Assemblée générale dans le cadre de la résolution d’union pour la paix, faisant appel à un cessez-le-feu et au retrait de toutes les forces étrangères des territoires occupés. L’Assemblée a également demandé l’établissement de la première force d’urgence de l’ONU (UNEF I), suivant l’hypothèse que le mandat de la mission soit jugé neutre à l’égard de tout objectif politique autre que la paix et la sécurité internationales. Le mandat de l’UNEF I était d’« obtenir et superviser la cessation des hostilités », ainsi que le retrait des forces armées françaises, britanniques et israéliennes de l’Égypte. À la fin décembre, les forces françaises et britanniques s’étaient complètement retirées de la zone du canal de Suez, et au début mars 1957, toutes les forces israéliennes s’étaient dissipées. Une fois le retrait achevé, l’UNEF I a servi de tampon entre l’Égypte et Israël et a supervisé le cessez-le-feu.
Maintien de la paix : Une initiative canadienne
C’est le ministre des Affaires extérieures du Canada, Lester B. Pearson, qui a suggéré en fait la notion d’une force de « maintien de la paix » chapeautée par l’ONU à la séance d’urgence spéciale de l’Assemblée générale le 2 novembre 1956. Dans son allocution auprès de l’Assemblée, Pearson a allégué que les propositions courantes n’allaient pas assez loin pour résoudre les tensions dans la zone de Suez. En lieu et place, Pearson a estimé que ce qui était requis c’était « une force pacifique et policière vraiment internationale ... suffisamment imposante pour garder ces frontières en situation de paix pendant qu’on confectionnait un règlement politique » [Traduction libre]. Cette force de maintien de la paix serait déployée pour faciliter des règlements permettant d’instaurer la paix et la sécurité internationales. De plus, un sous-produit de cette intervention de l’ONU serait de permettre le retrait pacifique des troupes britanniques, françaises et israéliennes.
La suggestion de Pearson s’est traduite par la formation sans précédent de la première mission de maintien de la paix officielle et armée de l’ONU avec, comme premier commandant, le général canadien E.L.M. Burns. Le moment délicat, critique et judicieux choisi par Pearson pour faire valoir sa proposition a été déterminante pour l’approbation de la force et cela lui a valu la reconnaissance bien méritée du titre de « grand-père du maintien de la paix ».
La première mission
L’UNEF I est qualifiée de première force de maintien de la paix officielle puisqu’elle est la toute première mission « à se servir des militaires afin de créer une zone tampon entre des belligérants et de superviser le retrait de forces ». Bien que l’ONU ait déployé plusieurs missions d’observation avant 1956, leurs fonctions étaient restreintes à observer et à surveiller les cessez-le-feu après la conclusion d’un accord. Ces missions comprennent l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST), formé en 1948 pour superviser la trêve en Palestine par suite de la guerre arabo-israélienne, et le Groupe d’observateurs militaires des Nations Unies pour l’Inde et le Pakistan (UNMOGIP), mis sur pied en 1949 pour superviser les cessez-le-feu entre l’Inde et le Pakistan.
50 ans du maintien de la paix de l’ONU
Le déploiement de la Force d’urgence des Nations Unies a servi de précédent pour la manière dont la communauté internationale composerait avec les conflits au cours des années à venir. La Force d’urgence formait les principes de base du maintien de la paix et, ce faisant, donnait l’exemple pour les futurs déploiements de maintien de la paix. La force de maintien de la paix se transformait lentement en missions de maintien de la paix à la portée internationale et aux répercussions percutantes qui se poursuivent encore de nos jours. La démarche innovatrice de la force a également aidé à définir le rôle militaire international du Canada au cours des cinq décennies qui ont suivi, ainsi que sa forte tradition de maintien de la paix.
Même si le maintien de la paix de l’ONU a bénéficié d’une solide tradition au cours des cinquante dernières années, il a subi de nombreuses transformations et a appris à évoluer et à s’adapter aux nouvelles situations. Puisque les conflits éventuels sont susceptibles de continuer de présenter des défis complexes pour la communauté internationale, les futures réponses exigeront l’application courageuse et ingénieuse des outils de paix, dont le maintien de la paix.
- DPKO de l’ONU, Première force d’urgence des Nations Unies.
- BBC News, 2000, « UN Peacekeeping Record », 23 août.
- Gouvernement du Canada, 1997, « Maintien de la paix : Concepts, évolution et rôle du Canada », dans Rapport de la Commission d’enquête sur la Somalie, Volume 1.
Sources:
