Les Opérations de Maintien de la Paix de L'ONU
Genre, maintien de la paix et consolidation de la paix
Document d’information sur le genre et les opérations de paix de l’ONU
L’attention de toute la planète à l’égard des sexes dans les dossiers de paix et de sécurité a connu toute une progression au cours des quinze dernières années.
- La notion de genres renvoie aux rôles et rapports sociaux différents entre les hommes, les femmes, les garçons et les filles. Ces rôles sont façonnés par les conditions sociales, culturelles, économiques et politiques, ainsi que par les attentes et obligations en société qui, à leur tour, influencent comment chaque groupe sera affecté par les conflits armés. (Sorenson 1998)Décennie 1990 : Les conflits armés contemporains ciblent de plus en plus les populations civiles; les femmes et les filles, en particulier, subissent des atrocités inimaginables durant les conflits armés.
- 1995 : Le thème des femmes et des conflits armés ressort comme l’un des sujets de préoccupation cruciaux lors de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Beijing, motivant l’adoption d’un libellé sensible à la spécificité des sexes dans le domaine des conflits.
- 2000 : Le Statut de Rome (1998) qui crée la Cour pénale internationale reconnaît le viol et les autres formes de violence sexuelle survenant dans le contexte de la guerre comme des crimes contre l’humanité.
- 2000 : Le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la Résolution 1325 sur « les femmes, la paix et la sécurité », dans le but d’aborder les incidences de la guerre sur les femmes et de souligner l’importance de leur participation à toutes les facettes des opérations de paix de l’ONU. La résolution reconnaît également la contribution des femmes locales à la prise de décisions en prévention des conflits et leur rôle proactif dans la constitution d’une capacité locale dans le cadre des efforts de maintien de la paix et de consolidation de la paix.
- 2002 : Dans son rapport sur les femmes, la paix et la sécurité, le secrétaire général Kofi Annan affirme ce qui suit : « Nous ne pouvons plus dévaloriser ou méconnaître les contributions des femmes et des filles à toutes les étapes du règlement des conflits, du rétablissement de la paix, de la consolidation de la paix et du maintien de la paix ou de la reconstruction. Une paix durable ne pourra régner sans la pleine et égale participation des femmes et des hommes. »
Intégration des sexospécificités dans les opérations de paix de l’ONU
La compréhension de la dimension de genre en matière de conflits est essentielle pour que les démarches de maintien de la paix et de consolidation de la paix soient fructueuses à long terme. En effet, les hommes, les femmes, les garçons et les filles vivent les conflits de manière différente et, par conséquent, ils ont des besoins distincts à la phase post-conflits. Contrairement à la croyance populaire, les femmes sont à la fois des victimes et des participantes aux conflits armés. En tant que victimes, elles sont particulièrement vulnérables aux menaces de violence, notamment la violence sexuelle. Les femmes prennent aussi activement part aux conflits armés. Par exemple, elles constituent estime-t-on le tiers des effectifs des FARC en Colombie et jusqu’à 30 p. 100 des forces de combat au El Salvador; en outre, environ 12 p. 100 du FRU à Sierra Leone étaient des femmes. C’est pourquoi le genre doit être reconnu comme une composante vitale des plans et programmes pour éviter, atténuer et résoudre les situations de conflits, et pour aménager une paix durable. Pour ce faire, il faut intégrer des perspectives sexospécifiques dans tous les aspects des opérations de paix de l’ONU et ainsi s’assurer que les interventions soient pertinentes à toutes les parties en jeu, à l’écoute de leurs besoins et efficaces dans la promotion de l’égalité.
Rôle des femmes dans les démarches de maintien de la paix et de consolidation de la paix
Les recherches démontrent que les femmes peuvent jouer un rôle clé dans les situations de consolidation de la paix. Selon l’Évaluation de 2000 d’experts indépendants de l’UNIFEM sur les femmes, la guerre et la paix, la présence des femmes dans les opérations de paix (y compris les policières, les interprètes et les spécialistes) ont un impact positif. La présence des femmes :
- améliorent l’accès et le soutien pour les femmes locales;
- facilitent la communication auprès des victimes d’agressions, d’abus sexuels, de violence, etc.;
- peuvent insuffler un sentiment accru de sécurité chez les populations locales (femmes et enfants);
- aident à créer un milieu plus sûr pour les femmes dans lequel elles n’ont pas peur de parler;
- poussent les hommes chargés du maintien de la paix à réfléchir davantage et à se montrer plus responsables;
- élargissent le répertoire des habiletés et styles disponibles dans une mission;
- peuvent aider à réduire les conflits et les confrontations.
Au début de 2006, les femmes constituaient environ 1 p. 100 du personnel militaire et 4 p. 100 des forces policières dans les missions de maintien de la paix de l’ONU. Les femmes comptaient également pour 30 p. 100 des effectifs civils internationaux et pour 28 p. 100 des effectifs civils recrutés à l’échelle nationale. Bien que les femmes soient dites sous-représentées à tous les échelons des opérations de soutien de la paix de l’ONU, la participation est à la hausse.
Défis qui subsistent
Dans le but d’améliorer l’intégration des perspectives sexospécifiques, l’ONU a récemment introduit des conseillers de genre pour appuyer la mise en oeuvre de la Résolution 1325. Leur rôle est de fournir des conseils pratiques et des stratégies innovatrices pour combler les besoins particuliers des femmes et des hommes dans chaque aspect des opérations de l’ONU (y compris le désarmement, la démobilisation et la réintégration ou DDR, la police, les contingents militaires, les actions contre les mines, les élections, les droits de la personne et les règles de droit). Dix missions de maintien de la paix regroupent actuellement un conseiller de genre à temps plein. Cependant, malgré de pareils efforts en vue d’intégrer les perspectives sexospécifiques dans tous les aspects des opérations de paix de l’ONU et d’incorporer une dimension de genre dans les politiques internationales, des écarts demeurent visibles :
- les programmes sont souvent « insensibles au genre »; ils ne tiennent pas compte des expériences différentes des femmes et des hommes, ce qui se traduit par l’adoption de politiques étroites;
- la discrimination fondée sur le sexe (p. ex., la question du viol comme arme de guerre) est toujours un grave problème dans les conflits armés, comme le démontrent les milliers d’enfants nés d’un viol et le nombre croissant de femmes qui se meurent du VIH/sida;
- les combattantes doivent relever des défis particuliers au moment de retourner à la vie civile, puisqu’elles sont souvent stigmatisées par leurs communautés. Par opposition, les femmes jouent aussi un rôle important dans le fait d’aider les enfants-soldats à réintégrer la vie civile;
- le leadership des femmes dans les processus de paix est encore limité.
Il est aussi important de reconnaître le rôle crucial des femmes dans les collectivités locales. Selon le Rapport 2004 du secrétaire général sur les femmes, la paix et la sécurité, « Les femmes peuvent attirer l’attention sur les tensions qui se font jour avant qu’elles ne dégénèrent en hostilités ouvertes, en recueillant et en analysant des informations dès qu’elles voient se profiler la menace d’un conflit armé. Elles jouent un rôle essentiel en aidant leur communauté à se doter des moyens nécessaires à la prévention de la violence, qu’il s’agisse d’un phénomène nouveau ou récurrent. Bien souvent, les organisations de femmes parviennent à entrer en contact avec les parties au conflit et assurent une liaison entre les gouvernements et les Nations Unies. » Le rôle des femmes est d’autant plus grand lorsqu’elles participent aux premières étapes d’une mission.
Femmes assumant des fonctions supérieures de maintien de la paix et de consolidation de la paix au sein de l’ONU
Depuis le début des années 1990, cinq femmes ont été nommées chefs de mission ou représentantes spéciales du secrétaire général (RSSG) et deux femmes ont été désignées représentantes spéciales adjointes du secrétaire général (RSASG). Un certain nombre de femmes siègent également en ce moment à d’autres postes de niveau supérieur de l’ONU au chapitre de la paix et de la sécurité.
Ex-RSSG :
- Margaret Joan Anstee—Angola (UNAVEM II), 1992-1993;
- Elizabeth Rehn—Bosnie-Herzégovine (UNMIBH), 1995-2001;
- Carolyn McAskie—Burundi (ONUB), 2004-2006;
- Ann Hercus—Chypre (UNFICYP), 1998-1999;
- Angela King—Afrique du Sud (UNOMSA), 1992-1994.
RSASG actuelles :
- Ameerah Haq—Afghanistan (UNAMA), juin 2004;
- Patricia Waring-Ripley—Kosovo (UNMIK), août 2005.
Femmes occupant actuellement d’autres postes de haut niveau parmi l’ONU :
- Radhika Coomaraswamy (Sri Lanka)—RSSG pour les enfants et les conflits armés;
- Eveline Herfkens (Pays-Bas)—coordonnatrice exécutive du SG pour la campagne des OMD;
- Hina Jilani (Pakistan)—RSSG sur les défenseurs des droits humains;
- Rachel N. Mayanja (Ouganda)—conseillère spéciale de l’ONU pour la parité entre les sexes et la promotion de la femme;
- Carolyn McAskie (Canada)—secrétaire générale adjointe de l’ONU pour la consolidation de la paix.
Sources :
- Butty, James, 2006, « Women Want More Leadership Roles in UN Peacekeeping Missions », VOA News, 31 octobre.
- Conseil de sécurité, Résolution 1325 (2000) sur les femmes, la paix et la sécurité, S/RES/1325, 31 octobre 2000.
- Conseil économique et social, Conclusions concertées 1997/2 sur l’intégration des perspectives de sexospécificités dans toutes les politiques et tous les programmes du système des Nations Unies, A/52/3, 18 septembre 1997.
- Cours de formation sur le genre et le maintien de la paix, 2002, « Gender and Peace Support Operations Glossary of Terms ».
- Département des opérations de maintien de la paix de l’ONU.
- DPKO de l’ONU, Énoncé dans l’Évaluation de 2000 d’experts indépendants de l’UNIFEM sur les femmes, la guerre et la paix.
- Eagle, William, 2006, « UN Official Urges Greater Role for Women in Peacekeeping Efforts », VOA News, 16 novembre.
- Mahoney, Kathleen, 1994, « Canadian approaches to equality rights and gender equity in the courts », dans Human rights of women, Rebecca J. Cook, réd., Philadelphie : Presses de l’Université de la Pennsylvanie, pp. 437-462.
- Rapport du secrétaire général, « In larger freedom », 2005.
- Rapport du secrétaire général sur la paix, les femmes et la sécurité, 2004.
- Rapport du secrétaire général sur les femmes, la paix et la sécurité, 2002.
- Sorensen, Birgitte, 1998, Women and post-conflict reconstruction: Issues and sources, The War-Torn Societies Project, document no 3, Genève : Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social.
