Les Opérations de Maintien de la Paix de L'ONU

Du maintien de la paix à la consolidation de la paix

Depuis sa création en 1948, l’ONU a été invitée à empêcher les différends de se transformer en guerres, à persuader les parties en opposition d’utiliser le dialogue plutôt que la violence, à instaurer une solution pacifique aux conflits et à aménager une paix durable. Bien qu’elles n’aient jamais été envisagées dans la Charte des Nations Unies, les notions à la fois de maintien de la paix et de consolidation de la paix sont devenues des parties intégrantes et des composantes de haut niveau des opérations de l’ONU.

Maintien de la paix de l’ONU

L’ONU définit le maintien de la paix comme « le déploiement de personnel militaire et civil international dans une zone de conflit, [...] avec le consentement des parties en cause, afin de : arrêter le conflit ou l’empêcher de s’aggraver; ou bien veiller à la bonne mise en oeuvre d’un accord de paix ». Même si cette définition sert de point de départ utile, il n’existe aucune définition unique du concept de maintien de la paix. Cette notion a été élaborée à l’origine pour traiter des conflits entre deux pays. Les demandes à l’endroit des Casques bleus incluaient le maintien des cessez-le-feu et la séparation des forces; le déploiement préventif; la protection des opérations humanitaires; et la mise en oeuvre d’un vaste règlement de la paix. Les conflits contemporains, toutefois, sont beaucoup plus complexes. C’est pourquoi les soldats de la paix aujourd’hui sont invités à faire beaucoup plus que ce qu’ils accomplissaient dans les missions antérieures, surtout en ce qui a trait aux activités de consolidation de la paix.

Du maintien de la paix à la consolidation de la paix

La consolidation de la paix renvoie aux activités qui visent « à jeter les bases de la paix et à fournir les outils pour construire sur ces bases » [Traduction libre] afin d’éviter une récidive de conflits. Le but ultime de tout effort de consolidation de la paix est la réconciliation de toutes les parties belligérantes et l’installation d’une paix durable. Pour ce faire, la consolidation de la paix post-conflits doit être comprise comme un processus en vertu duquel les aspects politiques, la sécurité et le développement se rallient. Elle sous-entend des objectifs à court et long termes, et regroupe toute initiative permettant à un pays de passer d’une situation de guerre à une situation de paix. Ces initiatives comprennent, mais sans s’y restreindre, la réintégration des anciens combattants dans la société civile, la réforme du secteur de la sécurité, le raffermissement des règles de droit, l’amélioration du respect des droits humains, la prestation d’une aide technique pour le développement démocratique et la promotion des techniques de résolution des conflits et de réconciliation.

Les opérations de maintien de la paix sont souvent au coeur des efforts de consolidation de la paix et jettent habituellement les bases de pareille mission. En fait, une mission de consolidation de la paix est plus susceptible d’avoir lieu lorsqu’une opération de maintien de la paix est déjà en cours. Puisque l’ONU est présente dans le pays, les parties ont accepté la présence d’artisans de la paix et de Casques bleus et les conditions de sécurité d’une telle mission sont en place. De plus, les activités de consolidation de la paix auront déjà fort probablement commencé. Bien qu’une mission de consolidation de la paix puisse également être requise dans un pays où l’ONU n’est pas déjà déployée, une opération du genre est plus difficile à réaliser étant donné que les Nations Unies doivent d’abord établir une présence.

L’ONU effectue en ce moment 11 missions spéciales (de politiques et de consolidation de la paix) comptant au total 2 344 membres du personnel. Ces missions diffèrent des missions de maintien de la paix en ce sens qu’elles sont gérées par le Département des affaires politiques (DPA) de l’ONU et qu’elles insistent sur la prévention des conflits, le rétablissement de la paix et la consolidation de la paix post-conflits. Les missions courantes comprennent la Mission d’assistance des Nations Unies en Iraq (UNAMI), le Bureau de consolidation de la paix des Nations Unies en République centrafricaine (BONUCA) et le Bureau politique des Nations Unies pour la Somalie (UNPOS) (voir le site Web du DPA pour une liste complète des missions, http://www.un.org/depts/dpa/fieldmissions.html).

Les initiatives spécifiques de consolidation de la paix post-conflits sont nombreuses. Elles comprennent habituellement les programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), le renforcement des capacités des institutions politiques et judiciaires locales, les activités ciblant la réconciliation de la population, la réforme du secteur de la sécurité et la formation des forces policières locales, et elles assurent le respect des droits humains et des règles de droit. Le rôle des femmes dans le renforcement des capacités locales est également de plus en plus perçu comme critique pour les initiatives de consolidation de la paix (voir la Fiche d’information no 8 sur le genre et le maintien de la paix de l’ONU).

La société civile est aussi un important intervenant dans la consolidation de la paix. Les ONG locales, telles que l’Union de la rivière Mano et le Forum pour la paix en Afrique, contribuent énormément au processus de reconstruction des nations africaines, et leurs engagements à long terme aident à s’assurer que les efforts de paix soient autosuffisants. La société civile peut également tenir les gouvernements responsables de leurs actions en travaillant avec la population locale et en favorisant la discussion. L’Union de la rivière Mano, par exemple, cherche à encourager la participation pacifique de la société civile dans les activités politiques le long du Bassin de la rivière Mano, tandis que le Forum pour la paix en Afrique vise à « contribuer à la prévention, à la résolution et à la gestion efficace des conflits en intéressant les participants étatiques et non étatiques aux travaux d’élaboration d’approches concertées menant à une paix durable et à l’amélioration de la sécurité humaine dans la grande corne de l’Afrique et au-delà. » [Traduction libre]. Ces efforts sur le terrain sont suppléés par des efforts de défense, ainsi que des démarches ayant pour but de promouvoir le dialogue sur les opérations de paix, notamment le R2PCS et le POWG.

  • Le projet « Devoir de protection – Engageons la société civile » (R2PCS). Ce projet se veut un outil permettant d’augmenter la sensibilisation au devoir de protection et à la promotion de politiques concrètes pour aider les gouvernements, les organisations régionales et les Nations Unies à protéger les populations vulnérables (voir http://www.responsibilitytoprotect.org/).
  • Le Groupe de travail sur l’opération de paix du Comité coordonnateur canadien pour la consolidation de la paix (POWG) est un moyen par lequel la société civile, par des recherches approfondies et un dialogue public et ONG-gouvernements, peut prendre part au développement et à la mise en oeuvre des opérations de paix (voir http://www.peacebuild.ca/working/powg/).

Bien que les initiatives de consolidation de la paix puissent indéniablement changer selon le contexte dans lequel elles doivent être entreprises, un point commun est que les missions de consolidation de la paix devraient contenir à la fois des mesures à court terme (c.-à-d. des projets à incidences immédiates) et des stratégies à long terme (axées sur le renforcement des institutions) visant à établir une paix durable.

Instaurer la Commission de consolidation de la paix

Nombreux sont les praticiens qui ont réalisé que les forces de maintien de la paix sont insuffisantes pour aider les pays à faire la transition d’un état de guerre à une paix durable. On estime qu’environ la moitié des pays qui se remettent d’une situation de guerre retournent en guerre dans les cinq ans, ce qui met en doute la capacité actuelle des Casques bleus et des artisans de la paix d’asseoir une paix durable. Les missions de maintien de la paix tout autant que de consolidation de la paix doivent relever des défis clés, y compris l’absence d’attention internationale face aux environnements post-conflits et le retrait du soutien international une fois la mission de maintien de la paix achevée. Tel qu’il est mentionné dans le Rapport 2005 du secrétaire général intitulé In Larger Freedom : « Déployer des forces d’imposition de la paix et de maintien de la paix pourrait être une démarche essentielle à la cessation des conflits mais ne sont pas suffisants pour un rétablissement à long terme. Il est crucial de prêter une attention soignée au processus de consolidation de la paix à long terme sous ses multiples coutures; l’omission d’investir adéquatement dans la consolidation de la paix augmente la probabilité qu’un pays retourne en situation de conflit. » [Traduction libre]

En réponse à ces préoccupations, une Commission intergouvernementale sur la consolidation de la paix, ainsi qu’un Fonds de consolidation de la paix et un Bureau d’aide à la consolidation de la paix, ont été mis sur pied pour mieux anticiper et relever les défis en la matière. La Commission a été officiellement inaugurée le 23 juin 2006 avec l’Angola à sa présidence, et des représentants du El Salvador et de la Norvège à titre de vice-présidents. Une Canadienne, Carolyn McAskie, est l’actuelle secrétaire générale adjointe du Bureau d’aide à la consolidation de la paix. La Commission sur la consolidation de la paix aidera à combler le fossé entre la guerre et la paix en créant des liens institutionnels et systématiques entre les opérations de maintien de la paix et les efforts de consolidation de la paix post-conflits. La Commission fera office d’organe consultatif et concentrera son attention sur la reconstruction post-conflits, le renforcement des institutions et le développement durable. Plus précisément, la Commission s’occupera de ce qui suit :

  • proposer des stratégies intégrées de consolidation de la paix post-conflits et de rétablissement;
  • aider à assurer le financement prévisible des premières activités de reprise et un investissement financier soutenu à moyen et long termes;
  • prolonger la période d’attention de la communauté internationale à la reprise post-conflits;
  • élaborer des pratiques exemplaires sur les questions qui nécessitent une collaboration poussée des intervenants politiques, militaires, humanitaires et des milieux du développement.

En bout de ligne, les environnements post-conflits continuent de présenter des défis complexes pour la communauté internationale, et afin d’éviter une récidive de la violence, des réponses efficaces exigeront une plus grande concentration sur la transition d’un état de guerre à un état de paix, et des engagements à plus long terme. Comme le mentionne Carolyn McAskie, « ce qui est requis c’est un engagement international dans la période post-conflits. » Et elle ajoute, « La conclusion est évidente : des efforts de reconstruction et de développement dans les pays qui ressortent d’une situation de conflits doivent recevoir la même priorité internationale que ce que se méritent les démarches de maintien de la paix et de négociation de la paix. »

Sources :