RAPPORT SUR LA
CONSULTATION NATIONALE TENUE POUR ÉVALUER
LE DEGRÉ DINTÉRÊT DE LA POPULATION CANADIENNE POUR
LA CÉLÉBRATION DU CINQUANTENAIRE (1998) DE LA DÉCLARATION
UNIVERSELLE DES DROITS DE LHOMME
5.0 PRINCIPALES CONDITIONS
Initiative communautaire | Structure d'appoint pour promouvoir les thèmes et les activités | Un partenaire spécial : la jeunesse
Pendant la collecte des informations, les participants ont constamment évoqué un certain nombre de conditions sans lesquelles la célébration du cinquantenaire de la Déclaration universelle en 1998 échouerait. Elles concernaient lorigine des programmes (linitiative doit dabord être prise par les groupes locaux); une structure nationale modeste, ou un centre déchange dinformations, doit soutenir les efforts (essentiellement grâce à une stratégie de liaison avec les médias et de communications); et, dans tous les contextes, il fallait considérer la jeunesse comme étant le principal groupe cible.
5.1 À
linitiative des groupes communautaires
Un éventail représentatif de répondants ont bien précisé
que les programmes et les activités destinés à marquer le
cinquantenaire de la Déclaration universelle devraient prendre
forme au niveau local. Ils ont bien souligné que toute démarche
hiérarchisée depuis le sommet jusquà la base échouerait
et que lon nuirait au processus en imposant quelque chose
mis sur pied par des instances du centre du Canada. Les
structures nationales et provinciales étaient certes perçues
comme essentielles, mais elles devraient soutenir plutôt
quamorcer, faciliter plutôt que coordonner. À son degré
le plus organisé, la structure nationale serait un centre
déchange dinformations et de ressources.
Les participants tenaient vraiment à ce que les gens racontent leurs propres histoires, à ce quils parlent de leurs propres contributions et de celles de leurs « frères et soeurs » de toutes les parties du Canada, contributions faites pour renforcer lesprit des droits de la personne dans leurs collectivités respectives. Ces témoignages évoquent les expériences vécues aussi par dautres, de sorte que ceux-ci peuvent comprendre, par exemple, comment ont procédé ceux qui sont parvenus à lautosuffisance économique. Cette démarche a été décrite on ne peut mieux dans une déclaration faite à Victoria (C.-B.) : « ... cest lexpérience qui change les personnes, et non linformation. »
La formule communautaire tient aussi compte du fait que le budget des célébrations de lannée sera probablement limité. En favorisant lorganisation dactivités locales distinctes, on favorisera lefficacité et lon se soustraira à la nécessité de constituer un centre administratif coûteux. Les intervenants ont estimé que les fonds ne devaient pas être gérés par un comité national quelconque, mais plutôt être affectés à des instances aussi près de la collectivité que possible.
Quelquun a proposé que la planification se fasse par lentremise dorganismes-cadres et de groupes partageant des vues semblables; par exemple, des segments de la collectivité tels que les syndicats, les groupes confessionnels, les fédérations denseignants et denseignantes, et dautres encore, pourraient organiser des activités pour leurs membres. La personne ayant formulé cette idée estimait que ce serait la façon la plus naturelle, ou, à coup sûr, la moins artificielle de procéder. On a aussi pensé quune certaine coordination pourrait se faire au palier provincial. Par exemple, les représentants du Bureau de lOmbudsman de la Saskatchewan se sont dits prêts à collaborer avec dautres parties intéressées et ont recommandé de former un comité de direction provincial qui se chargerait de faire avancer la réalisation du programme.
Un modèle a été évoqué à maintes reprises, et cest celui de la coalition utilisée pour planifier les activités du 21 mars, Journée internationale pour lélimination du racisme et de la discrimination raciale. Les activités sont coordonnées à léchelle locale, mettent à profit les ressources de divers groupes communautaires, exigent des fonds limités, et mettent laccent sur les médias et les programmes menés en coopération.
Afin de mettre certains points en lumière, nous citons ci-après des observations ou des questions formulées par des répondants pendant les consultations.
« Il ne faut pas oublier le Canada rural dans la planification. Comment joindre les petites villes et les collectivités rurales et agricoles disséminées dans tout le pays ? Comment les exposer au message de la Déclaration pour que cela change leur perspective ? »
« Les activités et organismes nationaux ne doivent pas monopoliser les fonds aux dépens du palier local. Demblée, les Canadiens doutent fondamentalement des initiatives gouvernementales. Sil y a un organisme national, veillons à ce quil ne soit pas intrusif et à ce quil soutienne les activités provinciales et locales. Dirigeons les ressources vers le niveau le plus bas possible, et le plus vite et le mieux possible. »
« Empruntons au cinquantenaire de lONU lidée des collectivités militant pour les droits de la personne au Canada; peu importe comment on les a définies, ces collectivités ont influé sur le cours des choses en faisant valoir chez elles les droits de la personne. Ou encore, célébrons la contribution des personnes qui ont oeuvré en ce sens, dans ces collectivités. »
« À moins que les programmes ne correspondent aux intérêts et aux objectifs des groupes participants, les interventions manqueront dharmonie et de rigueur... »
5.2
Structure de soutien pour annoncer les débats et les activités
Si le cinquantenaire de la Déclaration
universelle est effectivement célébré, les Canadiens veulent
clairement que des activités soient organisées au niveau
communautaire, mais ils estiment aussi quil faudra une
structure quelconque pour établir la liaison avec les médias
nationaux, fournir des informations, et peut-être aussi assurer
un certain rôle de gestionnaire de réseau. Pour traduire les
mots dun répondant, disons que cette structure aurait pour
mission d« inciter et de stimuler », et non pas de
coordonner et de contrôler. Ce serait davantage un centre
déchange dinformations quun bureau national,
un agent catalyseur et un levier; un point de mire et de
convergence en quelque sorte. Il lui incomberait notamment
délaborer une stratégie complète de communications pour
faire connaître le dossier des droits de la personne et la
Déclaration universelle au public. Cela serait utile pour aider
les Canadiens et Canadiennes à découvrir la pertinence de la
Déclaration dans leur vie et à discuter dautres questions
relatives aux droits de la personne.
Les intervenants se sont énormément préoccupés des moyens à prendre pour obtenir une bonne couverture médiatique. La structure nationale envisagée comporterait au moins un spécialiste des médias qui pourrait repérer non seulement les voies médiatiques habituelles, mais aussi toutes les publications accessibles. Par exemple, il faudrait inclure les hebdomadaires et les publications spécialilsées, ainsi que les nouvelles technologies, telles que les disques compacts interactifs et lInternet. Sur un plan plus terre à terre, lintervention des médias au niveau communautaire sera essentielle pour couvrir les aspects locaux et maintenir lintérêt à ce niveau. On pourrait aussi adresser des messages spéciaux à des auditoires particuliers. La structure nationale pourrait aussi fournir des informations sur papier et sous forme électronique pour appuyer les projets locaux.
De nombreuses personnes ont affirmé quil fallait présenter des activités tout au long de lannée, et non pas seulement le 10 décembre 1998. Il conviendrait daccorder de lattention à la Décennie de lONU pour les droits des peuples autochtones et à la Décennie de lONU pour léducation sur les droits de la personne. Diverses dates importantes, telles que la Journée internationale de la femme (8 mars), la Semaine de la sensibilisation à la condition des handicapés, et la Journée mondiale de lalimentation (16 novembre), offrent de bonnes occasions de promouvoir les droits de la personne par des activités concomitantes. Il appartiendrait à la structure nationale de suivre les programmes adoptés pour marquer ces dates et dy faire correspondre des activités relatives aux droits de la personne. Des répondants ont fait savoir que leurs institutions respectives avaient prévu des programmes auxquels dautres activités pouvaient être intégrées. La structure nationale pourrait aussi assumer un autre rôle : aider à éviter que des activités semblables soient organisées dans la même région.
Toujours pour donner une idée des propos formulés par les intervenants mêmes, nous donnons ci-après des citations directes sur la façon dont était perçue la structure nationale de soutien.
« Ce serait un organisme auquel on pourrait recourir, sans y être obligé. »
« Permettre aux gens de raconter leurs propres histoires, par lentremise des médias. »
« Un auditoire homogène, ça nexiste pas : tout auditoire est formé de groupes distincts, et ce sont eux quil faut toucher. »
« Une structure nationale quelconque... est essentielle à la réussite de la planification. Elle jouerait le rôle dun centre déchange dinformation, qui fournirait des documents imprimés et ne coordonnerait que les activités exigeant une coordination. »
5.3 Un
partenaire spécial : la jeunesse
Les jeunes doivent constituer
lauditoire privilégié dans le cadre des célébrations du
cinquantenaire : tel était lavis des centaines de
personnes ayant participé aux consultations dans tout le pays,
et celui des jeunes eux-mêmes : comment créer des
programmes portant sur leurs sujets de préoccupation, et comment
leur faire comprendre le sens des droits fondamentaux de la
personne énoncés dans la DUDH ? Les idées ont été
nombreuses et empreintes de créativité et de passion, et elles
étaient axées sur des thèmes et des programmes au diapason de
la jeunesse daujourdhui.
Par exemple, le Bureau de lOmbudsman, à Edmonton, a proposé que, moyennant lobtention des ressources voulues, des étudiants fassent un stage chez lui; ce serait là une façon de sensibiliser les jeunes aux droits de la personne et à la Déclaration. Au Nouveau-Brunswick, on a songé à embaucher des étudiants pendant lété pour promouvoir le cinquantenaire et distribuer des informations dans les écoles. À Terre-Neuve, on a proposé que des étudiants de tout le pays organisent une tournée pancanadienne dun groupe rock vedette, pour diffuser le message du cinquantenaire dans les écoles secondaires et les universités. Les jeunes nous ont dit que Bryan Adams, Bruce Cockburn, Alanis Morisette ou Susan Aglukark figureraient au sommet de la liste des musiciens quils aborderaient pour réaliser ce projet.
Il est vital de joindre les jeunes là où ils sont. La musique populaire, les programmes détudes et les jeux informatiques interactifs constituent dimportants médias pour accéder aux jeunes. En fait, la chaîne MuchMusic a déjà exprimé un vif intérêt pour lélaboration démissions qui intégreraient des thèmes relatifs aux droits de la personne en 1998.
On nous a rappelé que, sil peut être relativement facile de joindre les membres très performants de ce segment de la population, nous devons aussi nous efforcer de susciter et dentretenir lintérêt des jeunes marginalisés et difficilement accessibles. Les participants ont désigné un certain nombre de groupes qui interviennent auprès de la jeunesse et qui pourraient jouer un rôle : par exemple, les associations étudiantes, les clubs scolaires de toutes sortes, les fédérations denseignants et denseignantes, et les organismes de bienfaisance.
Il ny a pas à douter que les jeunes eux-mêmes voudraient participer aux activités qui marqueraient le cinquantenaire de la Déclaration universelle des droits de lhomme. Si lon donne suite à leur demande dinformations, lannée pourrait être fort occupée dans les écoles, les bibliothèques, les mails commerciaux et les clubs, et à tous les postes dordinateur du pays ! Les jeunes aimeraient aussi soccuper eux-mêmes délaborer des projets pour leurs semblables. Figure ci-après quelques-unes des nombreuses idées que les jeunes ont formulées avec enthousiasme.
Les observations qui suivent proviennent de jeunes et dintervenants soccupant de la jeunesse; elles traduisent lenthousiasme et le genre didées existant déjà.
« Rappelez-vous que cest dans les domaines du sport et du spectacle que les jeunes trouvent bon nombre de leurs modèles. »
« Dans les activités que lon organisera tout au long de lannée, la meilleure contribution possible consisterait à mettre laccent sur les jeunes et à les joindre là où leurs intérêts se trouvent. »
« (Au Bureau de lOmbudsman de la Saskatchewan)... nous visons à promouvoir notre rôle et la Déclaration auprès des étudiants du secondaire, car, vu leur âge, ils vont bientôt commencer à faire lexpérience directe de lappareil gouvernemental, des règlements et de la bureaucratie... »
« Daprès un sondage mené auprès des jeunes, leur ordre de priorité est le suivant : 1) la musique; 2) les amis; 3) le sexe. »
« Nous aimerions que Bruce Cockburn nous présente des personnes ayant survécu à lexplosion de mines terrestres. » Un jeune participant.
« Nous voulons faire notre part, mais nous ne savons pas comment, ni où intervenir ! »