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Prises de position

Ottawa, le 19 septembre 2001 Le très honorable Jean Chrétien Premier ministre Cabinet du Premier ministre 80 rue Wellington Ottawa (Ontario) K1A 0A2

Monsieur le Premier Ministre,

Comme les gens de tous les pays, les membres de l'Association canadienne pour les Nations Unies sont horrifiés par les événements tragiques survenus à New York et à Washington la semaine dernière. Aussi, nous nous sommes unis à nos concitoyens et concitoyennes pour honorer la mémoire de toutes les personnes qui ont péri aux mains des terroristes et pour offrir nos condoléances et notre soutien aux familles, amis, collègues et voisins de ces victimes, qui doivent maintenant se ressaisir et reprendre la route dans un monde qui a changé à un point qu'on ne saurait mesurer. Nous vous félicitons, vous et votre gouvernement, pour vous être prononcé de façon aussi claire et sans équivoque contre la vilenie de ces actes. Les Nations Unies ont pris une position tout aussi nette, exprimée par les résolutions du Conseil de sécurité et de l'Assemblée générale et par les déclarations du Secrétaire général, M. Kofi Annan. Pour citer M. Annan : « Le terrorisme est un fléau international que les Nations Unies ont maintes fois condamné. Une attaque terroriste dirigée contre tout pays est dirigée contre l'humanité entière. Toutes les nations du monde se doivent d'oeuvrer ensemble pour découvrir les coupables et les traduire en justice. »

Si nul ne contredit la nécessité d'une réponse concertée pour débusquer les terroristes et les traduire en justice, on entend aussi d'importants appels à la prudence face à l'éventualité d'un usage de la force qui soit inapproprié, excessif ou mal ciblé. Il n'y a pas lieu de précipiter l'appréciation des faits ni de procéder à des mesures de représailles massives contre les civils innocents de quelque pays que ce soit, si compréhensible que puisse être ce genre de réaction. La recherche de réponses et de solutions à de tels actes de barbarie ne doit pas se borner à la perpétuation du cycle de la violence et de la vengeance. Si presque tous les dirigeants du monde, et leurs populations, appuient solidement le principe d'une action américaine pour réagir à cette attaque, beaucoup, dont vous-même, ont aussi fait savoir que cette solidarité ne constitue pas un « chèque en blanc » autorisant une action militaire précipitée ou débridée. Lloyd Axworthy l'a bien dit en déclarant, dans un article récent du Globe and Mail, que « le Canada ne doit prendre part à une action militaire que dans le cadre d'un mandat international authentique et en visant une cible précise dont la culpabilité est établie ».

Il va de soi que ce mandat international doit venir au premier chef des Nations Unies, et plus spécialement du Conseil de sécurité. En effet, en vertu du droit international tel que le Canada le respecte depuis 1945, c'est au Conseil de sécurité qu'il incombe de mandater des mesures ayant un effet sur la paix et la sécurité mondiales, et aucun groupe ni pays n'a un droit unilatéral de représailles ou de vengeance. Selon le chapitre VII de la Charte de l'ONU, toute mesure doit être prise avec la permission et sous les auspices du Conseil de sécurité sauf, et uniquement sauf en cas de légitime défense contre une attaque imminente. Le Conseil a déjà fait savoir qu'il était prêt « à prendre toutes les mesures nécessaires pour répondre aux attaques terroristes du 11 septembre ». Le Conseil de sécurité a un rôle actif à jouer dans les décisions qui seront prises au sujet de la nature de ces mesures nécessaires et doit autoriser les mesures appropriées à court et à long terme. La communauté internationale, collectivement, a intérêt à juguler le terrorisme; or, aucun organisme ne représente mieux la communauté internationale que les Nations Unies. Ces décisions ne seront pas faciles. Certaines voix réclameront des mesures immédiates pour réagir à l'attaque de la semaine dernière, mais il faut aussi se pencher sur les aspects de la sécurité humaine auxquels le Canada rattache si étroitement sa politique étrangère à long terme. Il faut s'employer à éliminer les causes premières du désespoir et de la haine qui donnent naissance au terrorisme et à la discorde. Notre pays doit réitérer le caractère indéfectible de son appui aux Nations Unies en tant qu'organisation par laquelle la communauté internationale peut le plus efficacement répondre à ses besoins communs et affronter ses ennemis communs.

Il est indéniable que le Canada doit rester fidèle à ses alliés et à ses amis pour réagir à des actes de terrorisme qui nous touchent tous et toutes. Personne ne peut se soustraire au sentiment d'horreur et de peur, ni à l'obligation de contribuer à la solution. Il s'agit cependant d'une entreprise de longue haleine. Aussi, nous vous exhortons, à l'heure où vous étudiez avec vos collègues la forme exacte que peut prendre l'action du Canada en réaction à cette crise immédiate, à veiller à ce que ce partenariat soit ancré dans des décisions prises sous les auspices du Conseil de sécurité de l'ONU. Veuillez recevoir, Monsieur le Premier Ministre, l'assurance de ma plus haute considération.

Le président,

Geoffrey Pearson C.c. : L’hon. John Manley L’hon. Art Eggleton Chefs de tous les partis