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Suivi de l'ONU > L'ONU et les droits de l'homme

La technologie de l’information au service du développement

« Parmi les enjeux contemporains touchant le monde en voie de développement, aucun n’est plus important que les défis et les perspectives que nous apporte la révolution de l’information, et en particulier le phénomène d’Internet. »

Mark Malloch Brown, administrateur du PNUD

Historique

Le Programme des Nations Unies pour le développement s’emploie depuis le début des années 90 à améliorer la capacité des pays en voie de développement (PVD) à participer à l’économie mondiale du savoir. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont considérées comme un instrument révolutionnaire à cette fin. Dès 1993, l’organisation créait des projets visant à fournir une connexion Internet dans des pays comme le Timor-Oriental et la Mongolie. L’administrateur du PNUD, Mark Malloch Brown (nommé en juin 1999), considère les TIC comme indispensables à l’amélioration du potentiel de développement et de réduction de la pauvreté dans les pays en voie de développement et en transition.

L’organisation étant déterminée à accorder une priorité absolue à la technologie de l’information et à la réduction des inégalités en matière informatique, on croit que les investissements actuels dans les TIC se traduiront par des avantages insoupçonnés. Selon l’administrateur du PNUD, les retombées les plus importantes pour les PVD et leur participation au marché mondial sont encore à venir.

Les TIC au service du développement – une priorité pour l’ONU

Les organismes des Nations Unies s’intéressent de plus en plus près aux technologies de l’information et de la communication. Le secrétaire général leur accorde une grande importance pour le développement dans deux rapports marquants publiés en l’an 2000, le Rapport du millénaire, qui propose aux dirigeants du monde présents au Sommet du millénaire quatre initiatives dont trois ayant un lien direct avec les TIC, et le substantiel Report to the High Level Segment of the Economic and Social Council Session, présenté en juillet 2000. Un comité de haut niveau en matière d’information et de communication composé de dix-sept experts a été mis sur pied en avril 2000 pour étudier et recommander un plan d’action concernant l’utilisation des TIC au service du développement. Dans son rapport et plan d’action, le comité fixe l’an 2004 comme objectif pour la connectivité mondiale.

Les technologies de l’information, à la fois cause de disparité et solution égalitaire

La mondialisation s’avère très dure sur le plan social, entraînant notamment la marginalisation des pauvres et l’accentuation des disparités entre nantis et démunis. Constatant que la mondialisation ne tient pas ses promesses, de nombreuses personnes, du Sud comme du Nord, remettent en cause sa légitimité et sa capacité de contribuer à l’instauration d’un monde durable et équitable. L’essor sans précédent des technologies de l’information est considéré à la fois comme une cause majeure des écarts grandissants entre le Sud et le Nord et comme un instrument inestimable pour y remédier. Selon le Rapport mondial sur le développement humain 1999, en effet, la mondialisation n’est pas une force aveugle et toute-puissante : on peut la « moduler » pour atteindre des objectifs sociaux, protéger l’environnement et procurer aux pauvres des perspectives économiques et un accès aux marchés mondiaux. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) seraient donc les instruments révolutionnaires qui permettront de donner un visage humain à la mondialisation. Le PNUD, en tant que principale organisation de l’ONU œuvrant pour l’élimination de la pauvreté et premier coordonnateur des initiatives de développement, s’est donné un rôle de chef de file au sein de l’ONU pour la diffusion des TIC et le développement des capacités qui s’y rattachent dans les PVD.

Rien de moins qu’une révolution : les promesses des technologies de l’information pour le développement humain durable

Pour comprendre l’ampleur de la nouvelle prédilection du PNUD pour « la technologie de l’information au service du développement », il faut savoir comment l’organisation aborde la mondialisation et quelles sont ses hypothèses de travail quant aux liens entre mondialisation, technologie de l’information, savoir, développement et soulagement de la pauvreté.

Le PNUD pose comme principe de base que la réduction de la pauvreté et le développement humain durable s’enracinent forcément dans la capacité de fournir aux PVD un accès à l’économie mondiale de masse. En effet, l’appauvrissement résulte du manque de compétitivité et de l’absence d’intégration à l’activité économique mondiale. De plus, la vitesse et la force de la mondialisation créent un cercle vicieux qui se traduit par la marginalisation croissante des pauvres et par un fossé grandissant entre les nantis et les démunis. Or, la pauvreté réduit l’accès à l’instruction et aux soins de santé et diminue la capacité de prendre des décisions non nocives pour l’environnement à longue échéance. La disparité des savoirs pourrait continuer à prendre de l’ampleur si l’on ne brise pas ce cercle vicieux, qui jette dans la pauvreté plus de deux des six milliards de personnes de notre planète. Ainsi les technologies de l’information et de la communication (TIC) peuvent-elles servir de forces révolutionnaires transformant tout sur leur passage – instruction, santé, politique, culture, affaires – et promettent donc de jouer un rôle sans précédent dans la rupture du cycle de la pauvreté et l’élimination des disparités entre nantis et démunis. 

Avantages des TIC pour le développement

Les avantages potentiels des TIC pour le développement sont multiples. En effet, les TIC peuvent :

  • Transformer les modalités de versement et la destination des fonds d’aide (des gouvernements et des individus). Grâce à Internet, les pauvres pourront jouer un rôle direct dans l’affectation des sommes qui leur sont destinées. Le succès de netaid.org démontre déjà ce potentiel. 
  • Transformer les mesures de responsabilisation puisque Internet sert d’interface entre les bailleurs de fonds et les destinataires (bénéficiaires de l’aide ou personnel d’exécution).
  • Faciliter comme jamais auparavant la circulation de l’information, notamment par l’enseignement à distance et par un accès à des livres et à des articles qu’il est impossible de trouver dans de nombreux PVD. 
  • Faciliter l’annonce de produits et fournir aux entreprises des informations qu’elles ne reçoivent pas autrement en région rurale, ni même en région urbaine. 
  • Fournir aux collectivités isolées des informations très précieuses en matière de santé, d’enseignement, etc. 
  • Ouvrir d’innombrables portes aux entreprises, notamment celles des marchés financiers. 
  • Développer les initiatives de microfinance. 
  • Créer de l’emploi. 
  • Accroître la responsabilisation des gouvernements en faisant davantage connaître leurs droits à la population. 
  • Améliorer la productivité agricole et industrielle.
  • Améliorer la protection civile.
  • Permettre la création de réseaux polyvalents.

Obstacles à surmonter dans l’application des TIC au développement humain durable

Le recours aux TIC pour résoudre les problèmes de développement se heurte toutefois à certains obstacles :

  • Certains pays ne disposent pas de l’infrastructure ou des compétences nécessaires pour profiter pleinement des TIC.
  • L’inaccessibilité et les coûts de la technologie ainsi que la difficulté d’atteindre les clients dans les PVD entravent également l’établissement d’une solide industrie nationale des TIC.
  • On ne peut se servir d’Internet sans savoir lire et écrire. Ainsi, une personne peu instruite profitera moins d’une connexion à Internet que d’un accès à des moyens de communication vocale, par exemple. Ainsi, l’utilité des TIC passe par l’alphabétisation dans de nombreux milieux.
  • Il faut aussi mentionner les « barrières mentales ». L’informatique et Internet demeurent des outils intimidants pour bien des gens, même dans les pays développés. Dans une population analphabète, il faudra plus d’une génération pour surmonter cet obstacle.
  • Pour que les TIC remplissent leur promesse de développement humain durable, il est indispensable que les PVD prennent en main ce secteur d’activité. En plus d’une infrastructure, il faut donc créer des compétences et favoriser l’esprit d’entreprise.
  • Il importe que les PVD prennent part à la révolution des TIC puisque ce sont leurs problèmes que l’on tente de régler ainsi, d’autant plus qu’environ la moitié des ressources nécessaires proviendront de ces pays mêmes.

Affirmation, avis, programmes pilotes et partenariats – « A2 P2 », l’approche stratégique du PNUD en matière de développement des TIC

Le PNUD a défini une approche stratégique pour encadrer les efforts qu’il déploiera au cours des prochaines années afin d’aider les pays en voie de développement à jouir pleinement des avantages des technologies de l’information et de la communication (TIC). La stratégie adoptée se résume par la formule « A2 P2 », c’est-à-dire Affirmer l’intérêt des TIC auprès de tous les intéressés (gouvernements, ONG, collectivités locales, milieu des affaires); formuler des Avis de bon aloi pour l’élaboration de politiques et de règlements, les réformes, l’évaluation de l’état de préparation au virage électronique, le développement des infrastructures, etc.; sélectionner des Programmes pilotes et établir des Partenariats solides, notamment par la collaboration avec les institutions multilatérales de développement, le secteur privé, les bailleurs de fonds bilatéraux, les ONG et d’autres intervenants.

Ainsi, le but de l’approche stratégique « A2 P2 » pourrait être résumé par cette seconde formule : « C2 E2 » : Connectivité et Concurrence d’une part et Éducation et Entrepreneuriat d’autre part. En effet, comme nous l’avons vu précédemment en traitant des obstacles, il faut absolument fournir des connexions si l’on veut que les TIC favorisent le développement. Ce but peut être atteint par des mesures qui favorisent la concurrence, comme l’élimination des obstacles réglementaires, l’encouragement des partenariats entre les secteurs public et privé, la lutte contre les comportements monopolisants et la mobilisation des pouvoirs politiques.

Les TIC constituent un monde d’innovation perpétuelle. Donc, pour qu’elles contribuent au soulagement de la pauvreté de façon durable dans les pays en voie de développement, il faut développer la capacité d’innover de ces pays. Ainsi, la réussite de l’entreprise passe par des investissements dans l’éducation et l’apprentissage de l’informatique. Les TIC offrent d’ailleurs en soi une foule de possibilités d’enseignement grâce à la mine d’informations que l’on peut obtenir par le réseau Internet et par les outils qu’il peut offrir, comme l’enseignement à distance.

L’information diffusée par Internet, notamment les contenus locaux et les services adaptés aux besoins des petites entreprises, peut favoriser la prise en charge des TIC par les pays. Ainsi, les TIC deviennent elles-mêmes la clé du succès durable des TIC comme outils de participation des pays en voie de développement et des pays en transition dans l’économie mondiale.

Cette approche stratégique vise à établir des conditions favorables à la réalisation du plein potentiel des TIC en matière de développement. Ces conditions dépendent de l’existence d’une politique nationale solide et durable visant l’infrastructure de l’information. Cette infrastructure permettra la stimulation de l’esprit d’entreprise local et national qui est également nécessaire pour que les TIC contribuent, à long terme, au développement humain durable.  

Principaux événements et résultats    

  • Présentation du programme des TIC à l’ECOSOC. Pendant les débats de haut niveau de la séance de fond 2000 du Conseil économique et social, en juillet 2000, on a abordé le sujet suivant : Développement et coopération internationale au XXI e siècle : rôle de la technologie de l’information dans l’économie du savoir. En préparation de ce segment important, différentes régions ont tenu des réunions régionales :  
    • Le Forum pour le développement de l’Afrique 1999 : Le défi de la mondialisation et de l’ère de l’information pour l’Afrique, tenu en octobre 1999;  
    • Le Séminaire d’Amérique latine et des Caraïbes sur les technologies de l’information et le développement, tenu à Florianopolis (Brésil) en juin 2000, dont est issue la déclaration de Florianopolis;  
    • La Regional Round Table on Information Technology and Development pour la région de l’Asie-Pacifique, tenue à New Delhi (Inde) en juin 2000.  
  • Le rapport du secrétaire général et le rapport et le plan d’action du Comité d’experts de haut niveau demeureront des documents clés pour orienter les efforts visant à maximiser l’exploitation des TIC en faveur du développement. La déclaration ministérielle qui a résulté des débats de haut niveau de l’ECOSOC a été entérinée par l’Assemblée du millénaire en septembre 2000.  
  • Le Rapport du millénaire du secrétaire général traite en détail des défis qui se posent à l’humanité à l’aube du vingt et unième siècle et propose un plan d’action ambitieux. Il met en avant, entre autres, trois nouvelles initiatives ayant trait directement à l’utilisation des TIC en matière de développement :
    • Un corps de volontaires, le Service des technologies de l’information des Nations Unies (« UNITeS ») formera des équipes dans les pays en développement à l’utilisation et aux potentialités d’Internet et des technologies de l’information.  
    • Un réseau de santé InterNetwork établira dans des hôpitaux et dispensaires des pays en développement 10 000 points d’accès à Internet permettant de consulter des données médicales actualisées. Ce programme bénéficie du soutien du PNUD, de l’OMS, de la Fondation WebMD, de la Fondation des Nations Unies et d’autres partenaires.  
    • Un programme d’intervention en cas de catastrophe, « Les premiers sur place », mettra des téléphones portables et par satellite ainsi que des liaisons hertziennes à la disposition du personnel des secours humanitaires déployés en cas de catastrophe naturelle et dans des situations d’urgence. Ce projet s’effectuera sous la direction de la société de communication Ericsson, avec le concours d’organismes des Nations Unies et de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.  
      Source: « Nous, les peuples » : le rôle des Nations Unies au XXIe siècle.[FL1]  
  • Le Sommet du G-8, tenu à Okinawa (Japon) en juillet 2000, a débouché sur la production de la Charte d’Okinawa sur la société mondiale de l’information (en français ici). On rendra compte au prochain sommet du G-8, en 2001, des initiatives du PNUD, y compris l’initiative « OpportunITy » et les travaux du groupe d’experts du G-8 sur l’accès aux nouvelles technologies.  
 

Initiatives nouvelles, permanentes et à venir

Le plan d’action du PNUD visant à exploiter les TIC au service du développement est vaste et comporte des initiatives qui cherchent à répondre à la fois à des besoins mondiaux et à des besoins locaux. En voici quelques-unes.  

  • Parmi les grandes initiatives, le PNUD entreprend trois grands projets de partenariat :  
    • Le Groupe d’experts sur l’accès aux nouvelles technologies (GEANT), en partenariat avec la Banque mondiale, se consacrera au déploiement d’un cadre de mise en œuvre comprenant des échéanciers concrets et des objectifs nets pour réduire les écarts entre les pays avant la fin de la décennie. 
    • L’initiative « OpportunITy », en partenariat avec Anderson Consulting et la fondation Markle, comporte trois volets : 1) établir une approche stratégique globale pour réduire les disparités entre les pays avant la fin de la décennie; 2) mettre sur pied ou développer une série d’initiatives exemplaires un peu partout dans le monde; 3) mener une campagne pour convaincre tous les intervenants d’appuyer les projets de TIC au service du développement. L’initiative a été lancée au sommet du G8 en septembre 2000, et un premier rapport est prévu pour le sommet de l’an prochain au Canada.  
    • La Global Readiness and Resource Initiative, en partenariat avec la Fondation de l’ONU, la fondation Markle, IBM, le Forum économique mondial et le Center for International Development de la Harvard University, vise à fournir des ressources d’avant-garde aux PVD qui ont besoin d’un appui stratégique en matière de politiques, de réglementation et de connectivité. Grâce à des partenariats entre les secteurs public et privé, les PVD pourront évaluer leur état de préparation au virage électronique en profitant des ressources de l’APEC, de la Banque mondiale et d’autres intervenants.  
  • Le Rapport mondial sur le développement humain, principale publication du PNUD, sera consacré en 2001 à une réflexion sur les relations entre technologie et développement.  
  • Le Japon investira 15 milliards au cours des cinq prochaines années pour contribuer à l’exécution d’un plan ambitieux visant à réduire les écarts entre les pays en matière d’informatique. Dans le cadre de ce plan, le PNUD fournira un appui technique aux îles du Pacifique et aux pays africains.  
  • Le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), l’Union internationale des télécommunications (UIT) et le PNUD ont signé en juillet 2000 une entente visant à ce que les femmes prennent part activement au façonnement du mouvement des TIC à tous les niveaux.  

Liens

Liens internationaux

  • Choices, la revue du PNUD portant sur le développement humain, a consacré son numéro de juin 2000 à la question des technologies de l’information en service du développement.
  • Le rapport du secrétaire général aux débats de haut niveau de la session de juin 2000 du Conseil économique et social fournit plusieurs exemples d’initiatives réussies visant à favoriser le développement des TIC dans les pays en voie de développement et dans les pays en transition.
  • Le CyberSchoolBus des Nations Unies (site français ici) permet aux jeunes de mieux connaître l’ONU, fournit des outils aux professeurs, propose des programmes d’enseignement, propose des visites guidées de l’ONU, etc.