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Suivi de l'ONU > L'ONU et les droits de l'homme

Le PNUD et le développement durable – tout est lié

Introduite en 1972 à la conférence de Stockholm, la notion de « développement durable » fait l’objet depuis lors d’un débat entre savants, fonctionnaires, politiciens et groupes de la société civile, débat ravivé par la publication du rapport Brundtland en 1988. Certaines personnes préfèrent parler de « pérennité » ou de « durabilité », considérant comme incompatibles les termes « développement » et « durable ».

De nouvelles expressions ont également vu le jour dans des cercles spécialisés, comme « écodéveloppement » et « durabilité économique », mais elles-mêmes donnent lieu à un débat en soi. Malgré toutes les critiques essuyées par le terme « développement durable », ce terme demeure un point de référence commun pour les groupes de tous les horizons qui souhaitent discuter et agir pour le mieux.

Le développement durable suppose une façon d’aborder tout projet, politique ou initiative en tenant compte des liens entre les systèmes socioculturels, économiques et environnementaux. En effet, bien que l’imbrication de ces trois systèmes ne soit pas contestée en théorie, nous héritons d’un mode de pensée séculaire qui consiste à isoler les objets de notre étude (réductionnisme), engourdissant ainsi notre aptitude à saisir le rôle et les effets des trois systèmes quand nous appréhendons le monde. Il demeure courant aujourd’hui de penser seulement à l’écologie quand on entend parler de développement durable.

Le rôle du PNUD en matière de développement durable

Le PNUD contribue activement aux efforts du système onusien en faveur du développement durable. Son objectif premier demeure cependant l’élimination de la moitié de la pauvreté extrême d’ici 2015. Quel est donc le rôle du PNUD en développement durable? Quels sont les liens entre la réduction de la pauvreté, l’aménagement des forêts naturelles, la conservation de l’environnement, la réduction des gaz à effet de serre, la préservation de la diversité biologique, la protection des droits de l’homme, le commerce et la protection civile?

Jetons un coup d’œil sur l’histoire de la population du district de Machakos, au Kenya, pour explorer la profondeur et la complexité des liens entre toutes les sphères de notre monde. Cet exemple illustre efficacement les problèmes auxquels s’attaquent l’ONU et le PNUD. Le système onusien cherche en effet à créer un monde où l’on pourra répondre aux besoins et aux aspirations des êtres humains sans trahir les besoins de l’environnement.

L’histoire des Akamba de Machakos (Kenya)

Source : World Resources 2000-2001, People and Ecosystems: The Fraying Web of Life, publié par le Programme des Nations Unies pour le développement, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, la Banque mondiale et l’Institut des ressources mondiales.

Le district de Machakos est situé au sud-est de Nairobi, capitale du Kenya, sur un plateau incliné passant de 1 700 mètres à 700 mètres d’altitude et ponctué de nombreuses hautes collines.

Les Akamba vivent dans ce milieu depuis le XVIIe siècle. L’histoire de ce peuple est une véritable histoire à succès. Ce peuple a pu transformer un paysage dévasté par l’érosion, la sécheresse et des lacunes d’aménagement pour se donner un milieu de verdure capable de nourrir la population. Comme pour bien des histoires vécues, cependant, quand on parle de « succès », c’est qu’on fait référence à un point dans le temps, mais non à un point final. Le processus de changement et d’adaptation continue pour les Akamba. L’écosystème et la population continuent de coexister dans un état de vulnérabilité.

Lorsque les Akamba se sont installés dans le district de Machakos, ils ont défriché la terre pour élever leur cheptel ovin et bovin et cultiver des aliments de base tels que grains, maïs et patates douces. Vers le début du XXe siècle, deux événements ont changé la vie des Akamba. Premièrement, des maladies comme la variole et le choléra ont décimé plus de la moitié de la population humaine et animale. Deuxièmement, le gouvernement colonial britannique a pris possession du territoire et confiné les Akamba aux « réserves autochtones ». Ainsi, pendant la soixantaine d’années du colonialisme, la population croissante des Akamba était entourée de terres domaniales et de fermes européennes installées sur les terres élevées, les plus productives. Lorsque la sécheresse s’est abattue sur le district plusieurs saisons d’affilée, cette tribu autrefois mobile a été obligée de surexploiter le sol, épuisant celui-ci. Le bétail et la population se sont rabattus sur les coteaux, dénudant le sol de la végétation et l’exposant à l’érosion pendant la saison des pluies. En 1936, la terre avait été ravagée par la sécheresse et l’érosion, aggravées par le doublement de la population depuis le tournant du siècle. Le gouvernement colonial est intervenu en imposant des mesures de conservation telles que réduction du cheptel, corvées et aménagement de terrasses. Les Akamba ont maintes fois protesté, car ces mesures ne réglaient concrètement aucun de leurs problèmes : sécheresse, érosion, famine.

Nouvel espoir

Plusieurs événements ont entraîné un revirement de situation pour donner lieu à ce qu’on appellera « le miracle de Machakos ». Mentionnons les suivants : 

  • La fin de la dictature du gouvernement Maher a permis aux Akamba de choisir des méthodes d’aménagement mieux adaptées à leurs besoins. 
  • Les hommes de la collectivité qui avaient combattu au sein des forces britanniques avaient connu de nouvelles pratiques agricoles qu’ils ont su appliquer dans le district. 
  • Le gouvernement a décidé d’autoriser les cultures commerciales comme le café, qui nécessitent justement l’utilisation de terrasses dans des zones en pente. Ces terrasses ont en outre permis de protéger les pentes de l’érosion et d’améliorer le rendement global. 
  • Le gouvernement a remplacé les équipes de travail obligatoires par les groupes de travail traditionnels, ce qui permettait aux collectivités de s’organiser elles-mêmes et d’élire leurs chefs. 
  • Puisque la plupart des hommes du district travaillaient hors du district, les femmes étaient nombreuses aux fonctions de direction. Cette situation a eu pour effet, entre autres, de favoriser la scolarisation des filles et d’encourager des pratiques agricoles nouvelles comme la plantation d’arbres. 
  • L’essor économique des années 70 s’est traduit par la mise sur pied d’usines de transformation de café et d’autres produits agricoles comme la mangue. On a ainsi multiplié les emplois et les sources de revenu non agricoles. L’accès accru aux ressources financières a également donné à la collectivité la capacité de réinvestir dans les pratiques agricoles novatrices, améliorant le rendement et la conservation de l’écosystème. 

Défis actuels

La population a continué de progresser, et on a continué de diviser les terres entre héritiers. Ainsi, chaque famille doit vivre avec un domaine de moins en moins grand. Les agriculteurs installés dans le haut des collines peuvent se servir du produit de leurs cultures commerciales (et des sources de revenu non agricole) pour investir dans des pratiques agricoles novatrices. La construction de réservoirs d’eau, par exemple, constitue une entreprise coûteuse que seuls les agriculteurs les plus fortunés ont pu mener à bien. Les riches ont acheté des terres aux pauvres, créant des disparités entre cultivateurs et obligeant les pauvres à se retirer dans des terres marginales et écologiquement fragiles.

De plus, le manque de capitaux risque d’annuler les effets des mesures de conservation prises à ce jour, comme la protection contre l’érosion par la plantation d’arbres ou la construction de réservoirs. On pourrait simplifier le tableau en décrivant deux scénarios. Dans le premier, l’accès aux terres productives, lui-même déterminé par la fertilité du sol et par l’eau, génère un revenu qui permet des investissements dans les cultures commerciales. Ces cultures donnent aux fermiers un accès aux marchés commerciaux et à des techniques agricoles plus coûteuses qui leur permettent d’accroître la rentabilité de leurs terres. On arrive ainsi à protéger la terre, à payer l’école pour les enfants et à toucher un revenu non agricole que l’on réinvestira en partie dans l’amélioration des fermes.

Selon le deuxième scénario, les agriculteurs les moins fortunés sont incapables de vivre de leur terre et sont donc obligés de la vendre pour survivre dans l’immédiat. Ils s’installent bientôt sur les terres moins productives, dans les zones en pente, par exemple, Le cycle de la survie est maintenu au prix de la dégradation du sol causée par l’utilisation de techniques agricoles à courte vue et par la culture de terres sujettes à l’érosion. Les enfants sont obligés de quitter l’école et de rester sur la terre pour leur propre survie.

Au-delà du district, d’autres facteurs influeront sur le destin des Akamba : règles du commerce international, aide publique au développement (APD), cours mondiaux, demande à la consommation, soubresauts des puissances économiques telles que les États-Unis et la Chine, grands événements environnementaux comme El Niño.

Et si...?

On pourrait ajouter des éléments hypothétiques mais non impossibles à l’histoire des Machakos. Et si...

  • Les changements climatiques réduisaient de moitié la pluviométrie au sommet des collines? Quelles conséquences ce phénomène aurait-il sur l’équilibre complexe entre les facteurs qui déterminent actuellement le succès du district? 
  • Un conflit éclatait entre les habitants du haut des collines et ceux du bas, ou entre les riches agriculteurs et les pauvres de plus en plus marginalisés? 
  • De plus en plus d’Akamba se voyaient dans l’impossibilité de posséder une terre? Chez les Akamba, la terre est un trait de valorisation et d’identité culturel fondamental. Quel effet ce phénomène aurait-il sur la relation entre la population et la terre et sur les mesures de conservation que les Akamba ont patiemment mis au point? Comment modifierait-il l’équilibre précaire qu’ils ont réussi à atteindre dans leur fragile écosystème? 

L’histoire des Akamba illustre à merveille la complexité des problèmes comme l’érosion, la destruction des terres et la restauration des sols. Inévitablement, des facteurs socioculturels entrent en jeu (y compris des facteurs historiques) ainsi que des facteurs économiques et environnementaux. L’histoire des Akamba n’est pas une exception. On pourrait tisser une toile mettant en lien tous les systèmes à partir de n’importe quelle situation. Essayez!