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Suivi de l'ONU > L'ONU et les droits de l'homme

Population

Le problème de l'accroissement de la population mondiale

La population mondiale connaît une progression phénoménale depuis 100 ans et cette croissance se poursuivra durant le siècle prochain, surtout dans les pays en développement, où le quart de la population vit dans un état de pauvreté extrême 1.

Le principe 8 de la Déclaration de Rio (CNUED) exhorte tous les pays à mettre en avant des stratégies démographiques au moyen ce que l'on appelle des « politiques démographiques appropriées ». Ces politiques sont jugées essentielles au développement durable en raison de la relation entre la surpopulation, la pauvreté et la dégradation de l'environnement2. Dans maints pays, l'accroissement rapide de la démographie entrave le développement en levant un lourd tribut sur les ressources des familles, des collectivités et des gouvernements. Elle exerce aussi une pression intenable sur le milieu naturel. Les pauvres, groupe démographique dont le taux de fécondité est le plus élevé, ont cruellement besoin des ressources naturelles pour obtenir un moyen d'existence, de la nourriture et des sources d'énergie. Lorsque ces ressources sont exploitées au-delà de leur capacité limite ou régénératrice, le milieu se dégrade. Il y a surtout lieu de s'inquiéter de l'effet de l'accroissement de la population sur les régions isolées et les régions communes, notamment les terres arides, les forêts tropicales humides, les marais, les prairies, les coteaux et les vallées fluviales. Tous ces milieux sont écologiquement fragiles3.

Dans les pays où les carences structurelles empêchent déjà la prestation des services de base à une très grande partie de la population, la progression de la démographie laisse les pauvres à eux-mêmes. La plupart du temps, leur vie est donc marquée par la maladie, l'analphabétisme, le chômage ou le sous-emploi chroniques et l'impuissance. La majorité d'entre eux vivent de l'agriculture. Toutefois, lorsque la division des terres est poussée à l'extrême et que les terres deviennent trop petites pour assurer la subsistance, le sol est labouré à outrance et s'épuise. Lorsque les gens cherchent de nouvelles terres, ils empiètent de plus en plus sur les régions à faible rendement, déjà moins productives et extrêmement vulnérables à la dégradation. Cette surutilisation des terres labourables, conjuguée à la pression croissante exercée sur les aires écologiquement fragiles, provoque des niveaux effarants d'érosion. Dans sa dissertation de 1995 intitulée So Many People, So Little Time, Ted Lewellen explique ceci :

"Le Programme des Nations Unies pour l'environnement estime que plus de dix-huit millions d'acres de terres labourables sont perdus chaque année en raison de l'érosion… On peut réduire l'érosion par des techniques comme la construction de terrasses, le paillage, la rotation des cultures et de longues périodes de jachère. Lorsque les populations sont nombreuses et que les récoltes sont faibles, il arrive toutefois que l'on néglige ces procédés longs et coûteux4."

Une dégradation encore plus importante est causée par la recherche incessante de combustible pour le chauffage et la cuisine, habituellement du bois, dont les sources s'épuisent rapidement, ce qui accentue l'érosion. La déforestation, l'érosion, la perte de biodiversité et la désertification aggravent ainsi la pauvreté5.

La réduction de la fécondité dans les régions vulnérables permettrait de diminuer la pression exercée sur l'environnement. Elle permettrait aussi aux familles de briser le cycle de la pauvreté en leur permettant de consacrer plus de ressources aux enfants. De fait, en offrant aux enfants une meilleure alimentation, des soins de santé et une éducation, on améliore leur revenu potentiel pour l'avenir. Les inégalités de revenus et le sous-emploi sont déjà des obstacles au véritable développement. L'augmentation du nombre de gens non qualifiés et non scolarisés qui entrent sur le marché du travail ne peut que faire chuter les salaires pour accentuer les inégalités actuelles6.

Taux de fécondité

Dans les pays industrialisés, la croissance économique et la modernisation se traduisent par une faible fécondité et des familles peu nombreuses. Toutefois, dans les pays en développement, la pénurie de services sociaux et institutionnels entraîne une grande fécondité et des familles nombreuses, considérées comme essentielles à la survie économique, voire physique. Chez les gens très pauvres, on estime qu'il faut beaucoup d'enfants pour assurer une main-d'œuvre suffisante pour la faire survivre famille et prendre soin des parents âgés. La dégradation de l'environnement ne fait que renforcer cet impératif. Beaucoup voient un danger démographique dans ce taux constamment élevé de fécondité combiné à la baisse du taux de mortalité rendue possible par la science moderne. Cependant, comme le souligne Ignacy Sachs dans un ouvrage publié par la United Nations University Press, les efforts visant à encourager la planification familiale dans les pays en développement " seront probablement vains s'ils ne sont pas intégrés à un ensemble de mesures de développement social comprenant l'instruction des femmes, des politiques efficaces en matière de santé publique pour diminuer la mortalité infantile, l'accès à des vivres subventionnés, rationnés ou distribués pour ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter le minimum, et une certaine forme de protection pour les personnes âgées7. "

La directrice exécutive du FNUPA, Nafis Sadik, affirmait au début des années 90 que l'aggravation des difficultés économiques dans les pays en voie de développement aurait les conséquences suivantes :

"...l'accroissement rapide de la population et le déséquilibre prononcé de sa répartition prendraient une très grande importance. Si la population double au cours des 25 à 30 prochaines années, comme on le prévoit pour de nombreux pays en développement, les gouvernements auront encore plus de mal à offrir un minimum de soins de santé, d'instruction, d'emplois, de logement et de services sociaux à un niveau raisonnable. L'atténuation de la progression démographique par la baisse de la fécondité diminuerait grandement le nombre de pauvres. Par exemple, la Banque mondiale a estimé qu'une baisse rapide de la fécondité réduirait le nombre de pauvres d'environ 100 millions d'ici l'an 2000 à l'échelle mondiale, de 20 p. 100 en Afrique subsaharienne, de 40 p. 100 en Asie du Sud et de l'Est (à l'exception de la Chine), et d'environ 70 p. 100 en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord8."

En raison du poids démographique qui se déplace inexorablement vers le Sud, il faudra effectuer une évaluation attentive de l'équation population/développement pour que cette région jouisse d'un développement durable. Les pays en développement devront trouver une façon d'investir les fonds publics nécessaires dans leurs " ressources humaines ". À moins d'obtenir une réduction du fardeau insoutenable de leurs dettes, ils n'auront pas cet argent. Ces pays seront incapables de briser l'emprise débilitante de la pauvreté sur leur population qui contribue à un accroissement de la population ou d'encourager une baisse de la fécondité. Dans ce cas, on peut s'inquiéter sérieusement pour la durabilité de l'environnement mondial au cours du prochain siècle9.

Que font les Nations Unies pour répondre à ce défi?

Entre les années 60 et 90, lorsque le lien entre la taille, la structure et la répartition de la population d'une part, et le développement et la santé de l'environnement d'autre part a été démontré, la communauté internationale et les Nations Unies ont essayé de concevoir une approche de la question démographique qui serait satisfaisante du point de vue des préoccupations politiques, éthiques et morales de tous les pays. La notion d'" intervention " gouvernementale directe dans les questions relatives à la population, comme l'établissement d'objectifs chiffrés de réduction du taux d'accroissement, ne satisfaisait pas à ces conditions. Toutefois, on s'est entendu sur le fait que les États membres intégreraient les considérations démographiques à leur réflexion sur le développement durable. La prestation de services de santé génésique serait encouragée, mais la planification familiale et la contraception ne seraient pas rendues obligatoires10.

Plan d'action pour la population

L'importance de la question démographique pour la viabilité environnementale mondiale est ressortie lorsque les Nations Unies ont mis sur pied le Comité préparatoire de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) qui s'est tenue au Caire en 1994, en tant qu'organe subsidiaire de l'Assemblée générale, ce qui conférait à la conférence du Caire une importance comparable à la Conférence des Nations sur l'environnement et le développement (CNUED) de Rio de Janeiro en 199211.

Le plan d'action issu de la CIPD oriente les travaux actuels des Nations Unies en matière de démographie. Il reflète aussi la conviction que le fait d'élever le niveau de vie diminuera le taux d'accroissement de la population et ses conséquences sur le développement et l'environnement, et que le meilleur moyen d'atteindre les objectifs fixés consiste en une approche globale traitant tous les besoins fondamentaux pour une vie de qualité. Les éléments primordiaux sont la justice et l'équité sociales, l'élimination de la pauvreté, l'autonomisation des femmes et l'accès universel aux services de santé génésique12.

Dans un discours prononcé à l'occasion de la Journée mondiale de la population, le 10 juillet 1998, Klaus Töpfer, directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement, a résumé en ces mots la position des membres des Nations Unies qui travaillent sur la question :

"Les questions de religion, d'appartenance ethnique, de rôle sexuel et de moralité ont souvent tendance à plonger dans la controverse toute étude objective de la dimension démographique du problème du développement durable. Toutefois, lorsqu'elles sont étudiées à la lumière des valeurs universelles de protection du bien-être des générations futures, du respect des droits humains et de la dignité, de la protection et de l'amélioration de l'environnement humain et de la réduction de la pauvreté, des inégalités et du gaspillage, il semble être plus possible de mener une action efficace13."

CIPD+5

Du 30 juin au 2 juillet 1999, les Nations Unies tiendront une session extraordinaire de l'Assemblée générale pour faire le bilan des cinq premières années de la mise en œuvre du Plan d'action de la CIPD14.

Principaux acteurs en matière de démographie

Au sein des Nations Unies, la Commission de la population et du développement (CPD), créée en 1946, est responsable de la formulation de politiques et de la surveillance en matière de démographie. La CPD recueille les statistiques des États membres et conclut des accords de recherche dans des domaines comme la fécondité, la mortalité, la morbidité, la migration et l'urbanisation. Dans le contexte du développement durable, elle envisage des politiques et programmes susceptibles d'aider les pays en développement à établir des stratégies démographiques. La CPD est aussi chargée de la coordination de la mise en œuvre du Plan d'action de la CIPD.

Sur le terrain, les travaux en cette matière sont confiés au Fonds des Nations Unies pour la population, mis sur pied à la fin des années 60 pour canaliser les contributions financières destinées à intégrer les facteurs démographiques aux travaux de développement des Nations Unies. Le FNUAP travaille avec les gouvernements des États membres, les organisations non gouvernementales et d'autres organismes nationaux et internationaux pour consolider le Plan d'action de la CIPD « sur le terrain » et favoriser une augmentation des investissements pour le bien-être humain. Il aide aussi les gouvernements à intégrer les facteurs démographiques à leurs stratégies de développement durable dans tous les secteurs de la société15.

Adresse du FNUAP

Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP)
220 East 42nd Street
New York, NY 10017
États-Unis

Liens

Voir la section portant sur la CPD dans notre site pour en savoir davantage sur la Commission et le FNUAP et pour obtenir des informations sur la population mondiale et les travaux dans le domaine du sida.

Voir la page sur la pauvreté, qui fournit de plus amples informations sur les effets de l'accroissement de la population sur les aires écologiquement fragiles.

Popin : Le Popin est un service d'information sur la population mondiale. Il a été créé en 1981. Son site web comprend des estimations et des projections à jour des Nations Unies (voir : http://www.undp.org/popin/popin.htm).

Estimations et projections : http://www.popin.org/pop1998

Tendances sur la population mondiale : http://www.undp.org/popin/wdtrends/wdtrends.htm

Femmes
Le renforcement de l'autonomie des femmes et la possibilité pour elles de faire des choix par l'accès à l'instruction, à la formation et aux services de santé génésique sont des thèmes centraux des efforts des Nations Unies en matière de démographie. Le site web Womenwatch offre un aperçu complet et accessible des questions et activités des Nations Unies concernant les femmes : http://www.womenwatch/un/unagency.htm.

FNUAP
Le site web du FNUAP est complet, instructif et accessible à l'adresse : http://www.unfpa.org. Il comprend un accès à la documentation sur la CPD, le Plan d'action de la CIPD, des communiqués de presse des différentes sessions et des informations sur les travaux en cours des Nations Unies relativement aux activités liées à la CIPD : http://www.unfpa.org/ICPD/ICPD.HTM.

Archives

Sadik, Nafis, « Global Development Challenges: The Population Dimension. » Change: Threat or Opportunity?, sous la direction d'Uner Kirdar, New York, ONU, 1992.

Lindahl-Kiessling, Kerstin et Hans Landberg (sous la direction de), Population, Economic Development, and the Environment, Oxford, Oxford University Press, 1994.

Lewellen, Ted, Dependency and Development: An Introduction to the Third World, Westport, Conn., Bergin and Garvey, 1995.

Colombo, Bernardo, Paul Demeny et Max F. Perutz (sous la direction de), Resources and Population: Natural, Institutional, and Demographic Dimensions of Development, Oxford, Clarendon Press, 1996.

Demeny, Paul et Geoffrey McNicoll (sous la direction de), The Earthscan Reader in Population and Development, Londres, Earthscan Publications Ltd., 1998.


1  Alexander King, « Europe and the World: Cooperating with Nature », Europe by Nature: Starting-Points for Sustainable Development, Amsterdam, Conspectus Europae, 1992, 29; Nafis Sadik, « Global Development Challenges: The Population Dimension », Change: Threat or Opportunity?, sous la direction de Uner Kirdar, New York, United Nations, 1992, 13-19.
2  Commission mondiale de l'environnement et du développement (CMED), Notre avenir à tous, La Commission, 1987, 11 env.
3  Nancy Birdsall, « Government, Population, and Poverty: A Win-Win Tale », Population, Economic Development, and the Environment, sous la direction de Kerstin Lindahl-Kiessling et Hans Landberg, Oxford, Oxford University Press, 1994, 173-180; Ted C. Lewellen, Dependency and Development: An Introduction to the Third World, Westport, Conn., Bergin and Garvey, 1995, 197; PNUD, Rapport mondial sur le développement humain 1997, Paris, Économica, 1997, 69 env.; Notre avenir à tous, 30 env.; Sadik, 25-27.
4  Lewellen, 196-197.
5  Lewellen, 201-202; Amir Muhammed, « Population and Agricultural Resources in Developing Countries », Resources and Population: Natural, Institutional, and Demographic Dimensions of Development, sous la direction de Bernardo Colombo, Paul Demeny et Max F. Perutz, Oxford, Clarendon Press, 1996, 88; Rapport mondial sur le développement humain 1997, 32; Nations Unies, Rapport du PNUD sur la pauvreté 1998, New York, Programme des Nations Unies pour le développement, 1998, 66-68 env.
6  Birdsall, 175-175, 181-182; Sadik, 23-25.
7  Ibid., 174-175; Norman B. Ryder, « Sociology of Fertility Reduction in High-Fertility Countries », The Earthscan Reader in Population and Development, sous la direction de Paul Demeny et Geoffrey McNicoll, Londres, Earthscan Publications Ltd., 1998, 178; Geoffrey McNicoll, « Institutional Analysis of Fertility », Population, Economic Development, and the Environment, 199; John I. Clark, « The Impact of Population Change on Environment: An Overview », Resources and Population, 254; Ignacy Sachs, « The Environmental Challenge », The Uncertain Quest: Technology and Development, sous la direction de Jean-Jacques Salomon, Francisco R. Sagasti et Celine Sachs-Jeantet, Tokyo, United Nations University Press, 1994, 305.
8  Sadik, 23.
9  Lewellen, 154, 188; Sadik, 24-25; voir aussi Muhammed, 89. Muhammed croit que d'ici l'an 2000, 79 p. 100 de la population mondiale vivra dans les pays en développement. L'accroissement de la population sera particulièrement forte en Afrique subsaharienne et en Asie.
10  Lewellen, 211; Stanley P. Johnson, World Population and the United Nations: Challenge and Response, New York, Cambridge University Press, 1987, xxviii-xxix; Basic Facts About the United Nations, New York, Département de l'information des Nations Unies, 1995, 165; Département des affaires économiques et sociales internationales des Nations Unies, Interrelations: Resources, Environment, Population and Development, actes d'un symposium des Nations Unies tenu à Stockholm du 6 au 19 août 1979, New York, ONU, 1980, v, 4,61-62; et Notre avenir à tous, 9-11 env.
11  Nations Unies, Summary of the Programme of Action of the International Conference on Population and Development, New York, ONU, 1995, 4-5.
12  Ibid., 8-9; Sadik, 27-28.
13  Nations Unies, Communiqué de presse 1998/72 du PNUE, 3.
14  POPIN; Report on the Thirty-First Session of the Commission on Population and Development, archives du Conseil économique et social, 1998, New York, ONU, 1998.
< 15  Nations Unies, UNFPA Annual Report 1997, voir : http://www.unfpa.org/about/report97/introduc.htm.