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Suivi de l'ONU > L'ONU et les droits de l'homme

Eau douce

Le défi de l’eau douce

« Le manque d’eau est une des principales causes du retard pris dans le développement. L’eau polluée est une des principales causes de mortalité que nous connaissons – elle est responsable de 27 000 décès par jour dans les pays les plus pauvres du monde. » (PNUE 1996)1

Le développement socio-économique de ces cinquante dernières années dans le monde entier a énormément grevé les ressources en eau douce de la planète. De plus en plus de pays cherchent à se moderniser et ce faisant, l’intensification de l’industrie, l’agriculture et la croissance urbaine s’accompagnent trop souvent d’une gestion non durable de leurs sources d’approvisionnement en eau. La surexploitation des nappes souterraines et la contamination des lacs, des rivières et des aquifères par les ordures ménagères et les déchets commerciaux, les eaux usées non traitées, les effluents industriels et les produits chimiques agricoles font peser une menace sur l’approvisionnement en eau futur et détruisent des écosystèmes aquatiques vitaux.2

Le développement reculera si l’on ne trouve pas de nouveau modèle qui insiste sur l’utilisation et la gestion durables de l’eau et qui accorde la priorité à l’évaluation des incidences

environnementales des pratiques liées à l’eau. La conservation et la lutte contre la pollution sont négligées dans presque toutes les planifications nationales, en particulier dans les pays en développement, parce que cela semble un luxe coûteux lorsque la prospérité économique est l’impératif primordial. Souvent, quand les résultats de cette négligence apparaissent, la population est malade et les écosystèmes aquatiques sont irrémédiablement perturbés. De fait, le coût est alors énorme.3 La politique relative aux eaux ne peut plus être un combat d’arrière-garde mené pour essayer de remédier à ce qui, dans certains cas, est tout simplement irrémédiable.

La situation difficile de l’eau douce et du développement est encore aggravée par le fait que les ressources en eau sont très inégalement réparties dans le monde. Sur toute la quantité d’eau que recèle notre planète, seule 3 p. 100 environ est douce, et tout juste un tiers de cette eau est accessible. Les sources, à savoir les sources, les ruisseaux, les rivières, les lacs et les aquifères souterrains, sont alimentés par les précipitations atmosphériques, autrement dit, par la pluie. Cependant, certaines régions reçoivent très peu de pluie ou n’en reçoivent qu’à certaines époques de l’année.4 Indépendamment des richesses individuelles en eau, une consommation non durable et la contamination grèvent l’approvisionnement, et la communauté internationale a fini par comprendre qu’il faut agir immédiatement et sérieusement si l’on veut que les pénuries que certains connaissent déjà ne se généralisent pas de manière irréversible.5

Les utilisations multiples de l’eau

Nous utilisons l’eau douce de bien des manières. À l’échelle mondiale, la plus grande partie sert à l’agriculture, l’industrie venant en second et la consommation ménagère loin derrière, en troisième position.6 Lorsque l’eau n’est pas abondante, et parfois même là où elle l’est, la concurrence entre les utilisations peut être rude, et cette concurrence est aggravée par l’exploitation non durable et la contamination de l’approvisionnement.

L’eau destinée à la consommation ménagère

À cause des pénuries, de la contamination, du manque de capacité des infrastructures, ou de leur gestion déficiente, plus de la moitié de la population mondiale ne dispose pas d’eau potable en quantité ou de qualité suffisantes. Cette population vit en majorité dans des pays en développement. Le chiffre de 27 000 morts par jour imputables à de l’eau insalubre que cite le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) s’explique en grande partie par le manque flagrant de services d’hygiène publique et d’épuration des eaux usées dans cette partie du monde. Les eaux usées déversées telles quelles dans les lacs et les rivières ou qui s’infiltrent dans les puits souterrains où la population puise l’eau qu’elle consomme, créent les conditions de développement de maladies telles que la dysenterie, le choléra et la typhoïde. En Afrique sub-saharienne et en Amérique latine, le problème de la contamination par les eaux usées est particulièrement grave parce que, dans ces deux régions, l’épuration des eaux est très limitée.7

Dans les pays industriels, les services d’hygiène publique et les usines de traitement des eaux usées sont beaucoup plus répandus, mais il reste des régions qui posent problème et où les risques connexes pour la santé demeurent. À l’instar de la plupart des régions du monde, aussi, les décharges publiques et les lieux où sont entreposés les déchets toxiques laissent passer des substances toxiques dans le sol, d’où elles s’infiltrent peu à peu dans les eaux de surface et les sources souterraines.8

Utilisation de l’eau dans l’industrie

L’industrie ne consomme sans doute pas autant d’eau que l’agriculture parce qu’elle la recycle souvent, mais elle peut gravement nuire à la qualité de l’eau si les produits chimiques industriels restent dans ses effluents.9 Lorsqu’ils s’accumulent dans les lacs, les rivières et les aquifères souterrains, ces produits chimiques ont des conséquences graves et durables pour l’environnement. Ils peuvent empoisonner l’eau potable, suffoquer les habitats aquatiques et y tuer la vie.10

L’activité industrielle peut également polluer des sources d’eau indirectement, en relâchant dans l’atmosphère des émissions qui contiennent de l’azote et de l’oxyde de soufre. Les « pluies acides » qui en résultent peuvent acidifier les lacs et les rivières sur de grandes distances et détruire leurs écosystèmes. Cela s’est produit avec des effets dévastateurs dans certaines régions d’Amérique du Nord et d’Europe du Nord-Ouest, où l’industrialisation est avancée. L’habitat peut également être détruit par des usines hydroélectriques qui rejettent l’eau utilisée dans le cours d’eau original à des températures telles que l’oxygène disparaît.11

Utilisation de l’eau dans l’agriculture : une équation positive et négative:

L’irrigation est ce qui consomme le plus d’eau en agriculture, et elle se révèle avoir de mauvais côtés. Elle promet de renforcer la sécurité alimentaire, mais elle est trop souvent source de gaspillages, voire de destruction des terres qu’elle est supposée aider. Les terres irriguées, même si elles ne représentent que 17 p. 100 des terres cultivées dans le monde, explique Gary Gardner dans Vital Signs 1997, produisent 40 p. 100 des denrées alimentaires mondiales, et l’on doit à l’irrigation plus de la moitié de l’augmentation de la production alimentaire mondiale entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 1980. Cependant, on estime que la moitié (ou plus) des eaux d’irrigation n’arrivent jamais aux cultures, car elles se perdent entre la source et la destination à cause de fuites, d’évaporation ou de drainage.12

À l’échelle planétaire, l’expansion des zones irriguées ralentit à cause de problèmes d’approvisionnement en eau. Dans bien des régions, affirme Gary Gardner, il n’y a tout simplement pas d’eau pour irriguer. Quelque 44 pays – la plupart africains et moyen-orientaux – manquent d’eau à présent, et la plupart ne peuvent pas satisfaire pleinement aux besoins en eau des agriculteurs, des usines, des ménages et de l’environnement naturel. Quand il y a moins d’eau, ce sont généralement les agriculteurs qui sont les plus durement touchés. Là où l’on continue d’irriguer, c’est souvent en pompant trop dans des aquifères souterrains qui se remplissent très lentement. Cela se produit dans des pays comme l’Iran, la Chine, l’Inde et même les États-Unis.13

L’arrosage artificiel des cultures peut accroître le rendement des terres et la productivité, mais s’il est mal géré, il peut conduire à la salinisation ou l’engorgement des sols.14 Les terres ne peuvent plus être cultivées. Ce problème, explique Graeme Aplin dans Global Environmental Crises:

« est évident aujourd’hui dans presque tous les projets d’irrigation par submersion à grande échelle réalisés dans le monde. Si le sol doit être irrigué parce qu’il est trop sec, il est très probable qu’il y a du sel en profondeur. Si l’on utilise trop d’eau, le niveau des eaux souterraines monte, ce qui crée le problème double d’engorgement et de salinisation. On estime qu’aujourd’hui, la moitié des terres irakiennes et syriennes, 30 p. 100 des terres égyptiennes, 25 p. 100 des terres indiennes, 23 p. 100 des terres pakistanaises et 15 p. 100 des terres iraniennes irriguées sont salines ou engorgées. »15

Tous les ans, deux millions d’hectares de terres sont rendus incultivables à cause de ce phénomène.16

L’utilisation de l’eau à des fins agricoles contribue également à la pollution de l’eau douce dans le monde entier. Les engrais (nitrates), les pesticides et les déchets animaux pénètrent dans le sol et contaminent les eaux de surface et les sources souterraines. Les concentrations de nutriments provoquent l’« eutrophisation » des lacs et des rivières et une prolifération d’algues (relevée en Amérique du Nord et en Europe) qui empêchent l’eau de s’oxygéner.17

Eaux souterraines

Environ 97 p. 100 de l’approvisionnement en eau douce de la planète provient de sources souterraines. Pour certains pays, c’est même la seule source. La croissance démographique et l’intensification de l’activité agricole et industrielle entraînent une surexploitation des eaux souterraines. Si l’on puise dans les aquifères souterrains de façon démesurée et à un rythme insoutenable, on assèche les puits, on provoque des affaissements de sol (même dans les villes), et l’eau salée finit par s’infiltrer dans ces aquifères. Cela se produit lorsqu’une baisse trop rapide des nappes phréatiques dans les régions côtières crée un vide où l’eau de mer voisine peut s’infiltrer. Les dégâts causés aux sources souterraines est très inquiétant parce qu’il leur faut longtemps pour se remplir et qu’une fois contaminées, elles posent habituellement un problème d’assainissement que nous ne sommes pas en mesure de résoudre. Imaginez les obstacles pratiques que présentent la détoxification ou la désalinisation d’une masse d’eau importante qui se trouve dans une poche à une trentaine de mètres sous terre.18

Sédimentation

On entend par sédimentation l’envasement des rivières et des bassins fluviaux, des lacs, des réservoirs et des barrages. C’est le produit de grandes quantités de sol qui finissent dans les cours d’eau à la suite de pratiques agricoles, de surpâturages et de déboisement des flancs de collines et de montagnes. La sédimentation perturbe les habitats aquatiques (détruisant des pêches au passage), gène le fonctionnement des barrages et des usines hydroélectriques et bouche des voies utilisées pour le transport par voie navigable.19

Incidences transfrontières de l’utilisation de l’eau

Le partage des ressources en eau peut être la cause de tensions internationales, notamment lorsque surviennent des problèmes de quantité et de qualité. Dans la majeure partie du monde, la gestion de l’eau par les États peut avoir des répercussions internationales profondes. Comme Adam Rogers l’explique dans Taking Action :

« L’aire d’évacuation des déchets d’un pays peut être la source d’eau potable d’un autre pays. Le déboisement en amont peut provoquer des inondations ou des pénuries d’eau en aval, tandis que les usines hydroélectriques, les travaux d’irrigation et les services publics d’alimentation en eau d’un pays peuvent couper l’approvisionnement de son voisin. Environ 40 p. 100 de la population mondiale dépend de l’eau qui provient d’un pays voisin. Sur les quelque 200 réseaux hydrographiques que partagent deux pays ou plus, plusieurs sont déjà à l’origine de conflits internationaux. »20

Les conflits causés par l’eau se multiplieront inévitablement si l’on ne prend aucune mesure pour établir une relation plus durable entre les humains et l’eau qu’ils consomment.

Problèmes régionaux relatifs à l’eau

Afrique :

Cette région a d’énormes problèmes d’eau, tant sur le plan qualitatif que quantitatif. Le continent connaît toute la gamme des densités pluviométriques, mais la majeure partie de ses terres sont semi-arides. Depuis quelques années, les précipitations annuelles diminuent en Afrique et certaines régions sont frappées par des sécheresses à répétition. À cause des pratiques agricoles non durables et du déboisement (dû autant à une demande insatiable de bois de chauffage que de terres où s’installer), les sols de nombreuses régions ne peuvent plus retenir l’eau, ce qui a des répercussions non seulement sur l’approvisionnement en eau de surface, mais aussi sur les aquifères souterrains alimentés par le haut. Si l’eau ne peut pas s’infiltrer dans le sol, ces sources diminuent elles aussi. Même sans le problème de la dégradation des sols, l’Afrique n’utilise que 4 p. 100 de l’eau douce disponible parce que l’échec économique, le sous-développement, la pauvreté et la croissance démographique sont autant d’entraves à la capacité technique et financière d’en exploiter davantage. Donc, l’eau souterraine accessible est surexploitée. Elle est aussi contaminée par des eaux usées à un rythme alarmant, ainsi que par les produits chimiques et les déchets agricoles et industriels. Il en résulte, et cela sape les espoirs de développement de la région, que l’Afrique affiche la plus forte proportion mondiale de personnes ne disposant pas d’eau salubre en quantité suffisante. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ait aussi les plus forts taux de mortalité imputables à des infections liées à l’eau.21

Asie occidentale (de l’Iraq à l’Afrique du Nord) :

Les quantités d’eau que reçoit la région varient et la zone désertique est étendue. La plupart des pays sont confrontés à des pénuries d’eau qui ne se feront que plus sentir si les taux de consommation par habitant, qui sont déjà élevés, augmentent et si le problème de la contamination n’est pas réglé. Les États qui ont des eaux de surface, comme la Libye, la Syrie et l’Iraq, puisent un approvisionnement supplémentaire dans les sources souterraines pour répondre

à la demande. D’autres, comme l’Arabie saoudite et les États du désert qui bordent la Péninsule arabique, dépendent presque entièrement de l’eau souterraine, qu’ils complètent, peut-être, en dessalant l’eau de mer.

L’avenir de la santé humaine et du développement socio-économique en Asie occidentale sera hypothéqué si l’on ne trouve pas des solutions de gestion qui permettent aux populations de maximiser de façon durable leurs ressources en eau naturellement limitées. Des améliorations s’imposeront dans le domaine de l’épuration des eaux usées et de la lutte générale contre la pollution. Comme ailleurs également, les sols se détériorent sous l’effet de l’irrigation et de l’eau salée s’infiltre dans les aquifères.22

Asie et Pacifique :

Dans son ensemble, cette région ne manque pas d’eau, mais la répartition est inégale et elle peut être variable. L’Afghanistan, l’Iran et des parties de l’Inde et de la Chine connaissent actuellement des pénuries d’eau. La pollution touche les sources d’eau douce dans toute la région à cause du déversement d’eaux usées et de la contamination due aux déchets agricoles et industriels. L’intrusion saline pose un grave problème, tout particulièrement dans les petits pays insulaires. La surexploitation des aquifères est à l’origine d’affaissements de terrain dans des villes comme Bangkok et Jakarta. Si l’on ajoute à la croissance démographique une industrialisation et une urbanisation grandissantes, la demande d’eau ne fera qu’augmenter dans cette région et il sera difficile de préserver qualité et quantité.23

Amérique latine et Caraïbes :

Une partie de cette région se trouve sous les tropiques, mais les deux tiers sont semi-arides. Dans certains endroits, la pluie est saisonnière et ailleurs, « le cycle hydrologique est tellement variable qu’il entraîne une succession ruineuse de sécheresses prolongées et d’inondations destructrices qui rendent l’agriculture peu réaliste. » La qualité de l’eau est diminuée par des polluants industriels, des produits chimiques agricoles et des pesticides, par les effluents des mines et par des eaux d’égout non traitées. Le déversement de ces dernières dans les cours d’eau autour des centres urbains en expansion prend des proportions atterrantes.

Même le trafic de stupéfiants contribue à la dégradation de l’eau. En Bolivie, en Colombie et au Pérou, ceux qui transforment la drogue lavent la pâte de cocaïne dans les affluents de rivières. La récolte du bois entraîne l’érosion des sols, la sédimentation et l’altération du tracé des cours d’eau. Dans les régions côtières, on assiste à une intrusion saline dans les aquifères surexploités. L’irrigation intensive à laquelle on se livre dans la région est à l’origine de niveaux élevés de salinisation et d’alcalisation de sols.24

Amérique du Nord :

Le continent compte quelques régions arides, mais de façon générale, il est bien pourvu en sources d’eau douce. La qualité de l’eau potable est généralement bonne ou assez bonne, même s’il existe des problèmes ça et là. Dans certaines régions rurales, on note une contamination par les eaux usées et les produits agricoles chimiques, et les pluies acides ont causé des ravages dans certains lacs et rivières. Les Nord-Américains sont familiers avec l’expression « lac mort » qui est associée avec le phénomène des pluies acides. En raison de la forte concentration démographique, et l’activité agricole et industrielle importante, le réseau des Grands Lacs connaît de sérieux problèmes de pollution et ses écosystèmes sont perturbés. Depuis plusieurs années, les deux pays nord-américains coopèrent afin de renverser cette situation, et les résultats sont assez encourageants. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour ramener ces nappes d’eau douce à des niveaux de salubrité acceptables. Le Canada et les États-Unis ont la plus forte consommation d’eau sur terre par habitant, en partie parce que l’eau y est assez bon marché pour le consommateur. La qualité et la quantité sont deux grands sujets de préoccupation dans cette région parce que, comme dans bien d’autres endroits, l’exploitation et la contamination agricoles et industrielles font peser des pressions sur les sources d’eau. La conservation et la protection sont, et resteront, des questions de politique importantes.25

Europe et Communauté des États indépendants :

Sous la direction de la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe, cette région s’est révélée être un leader mondial dans les réponses coordonnées aux problèmes d’eau. En effet, plusieurs conventions ont été conclues en ce qui concerne les eaux transfrontières, l’objectif étant d’éliminer les pratiques non durables en matière de gestion de l’eau.26

Des progrès sont enregistrés, mais la vigilance reste de rigueur. Il reste des problèmes de quantité et de qualité. Les taux de distribution et de consommation sont variables, tout comme les degrés de développement national. Dans certaines régions, on continue de déverser dans les cours d’eau des eaux usées non traitées, et des cas de choléra et de typhoïde ont été signalés (ex. : Lettonie et Albanie). On relève encore des cas d’acidification des lacs et des niveaux dangereux de contamination par le phosphore, l’azote et les métaux lourds. Malheureusement, le superbe lac Baïkal (Russie), qui abrite un écosystème aquatique unique (et 20 p. 100 de l’eau douce du monde), est contaminé par des effluents industriels.27

La surexploitation des eaux souterraines est préoccupante dans cette région. D’après le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) :

« Environ 60 p. 100 des centres industriels et urbains européens sont proches de zones où l’eau est surexploitée et certains connaissent d’ailleurs des pénuries d’eau. Ainsi, 25 p. 100 des terres humides situées à l’ouest de l’Oural sont menacées par des nappes d’eau souterraines qui ont baissé et, dans de vastes étendues le long des côtes de la Méditerranée, de la Baltique et de la mer Noire, on relève une intrusion saline dans les eaux souterraines. »28

Que font les Nations Unies pour relever le défi posé par la gestion de l’eau douce de la planète?

Les Nations Unies ont commencé à étudier les problèmes d’eau dans les années 1950, par le biais de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). En 1975, devant de récentes sécheresses catastrophiques qui avaient frappé le Sahel, en Afrique, l’UNESCO a mis sur pied le Programme hydrologique international (PHI) qui avait pour mission de mettre en évidence le lien entre les activités humaines et la salubrité des ressources en eau, de manière à en améliorer la gestion grâce à des solutions qui permettraient d’éviter de futures catastrophes. Le PHI a été renouvelé et maintenu dans les années 1990.29

En 1977, les Nations Unies ont organisé une conférence internationale sur l’eau, qui s’est tenue à Mar del Plata, en Argentine. Les participants y ont défini un plan d’action (PHI-III) destiné à promouvoir la conservation et la gestion internationales de l’eau douce. Ce plan devait faire intervenir le système des Nations Unies et les gouvernement nationaux. Ses principes en matière de conservation et de gestion devaient être intégrés dans les efforts de développement nationaux et internationaux, avec l’aide des institutions spécialisées de l’ONU (OMS, UNESCO, OMM, FAO et AIEA), des commissions régionales des Nations Unies, de la Banque mondiale, de l’UNICEF et du PNUE. Ce dernier devait servir de coordinateur.30

Cette même année, les Nations Unies ont mis en place le GEMS, ou Système mondial de surveillance continue de l’environnement, auquel participent l’UNESCO, l’OMS, l’OMM et le PNUE. Il a pour fonction de surveiller et d’évaluer la qualité de l’eau de la planète, et de réunir des données à ce sujet en s’appuyant sur un réseau mondial de stations de surveillance.31

Les problèmes de santé dramatiques qui sont liés à l’eau dans les pays en développement ont incité les Nations Unies à déclarer les années 1980 Décennie internationale de l’eau potable et de l’assainissement. La Décennie avait pour objectif de réduire considérablement le nombre de personnes qui, dans le monde, n’ont pas accès à de l’eau potable sans risque et d’améliorer sensiblement les installations sanitaires dans tous les pays. Malheureusement, les résultats sont loin de l’objectif ambitieux qui était de fournir à 500 000 personnes par jour de nouveaux services ou de meilleurs services.32 Comme Mostafa Tolba, ancien directeur exécutif du PNUE, l’explique :

« La lenteur des progrès dans la réalisation des objectifs de la Décennie internationale de l’eau potable et de l’assainissement, notamment dans les régions urbaines, est attribuée à plusieurs facteurs, y compris la croissance démographique, l’exode rural, la conjoncture économique mondiale défavorable et le fardeau de la dette des pays en développement, qui constitue un obstacle majeur à l’investissement dans des projets d’infrastructure. Cependant, on a acquis assez de connaissances et d’expérience pour atteindre l’objectif de la Décennie d’ici la fin du siècle, à condition de faire les investissements nécessaires, de fournir des technologies à faible coût et d’arriver à une plus grande participation du public. »33

CNUED

Les problèmes d’eau mondiaux se sont encore accentués. En janvier 1992, une Conférence internationale sur l’eau et l’environnement a eu lieu à Dublin, en Irlande. En juin, les problèmes relatifs à l’eau étaient inscrits à l’ordre du jour de la Conférence internationale des Nations Unies sur l’environnement et le développement (CNUED), autrement appelée Conférence de Rio. Lors de cette rencontre, il a été réaffirmé qu’une approche intégrée de la gestion de l’eau tenant compte des impératifs de préservation de la qualité de l’eau et reconnaissant les demandes concurrentes, était nécessaire. Les participants ont également insisté sur la place d’une politique solide et d’évaluations des incidences environnementales. Les personnes réunies à ce « Sommet de la Terre » comprenaient bien que le développement durable, thème de la conférence, serait contrarié si l’on ne parvenait pas à gérer l’eau de façon durable.

Le chapitre 18 du Plan d’action de la CNUED, Action 21, présente une évaluation globale des problèmes d’eau et explique que la clé et le défi consistent à faire en sorte que les générations présentes et futures disposent d’assez d’eau douce sans perturber le cycle hydrologique naturel ou les écosystèmes terrestres. L’approche pratique recommandée pour atteindre cet objectif consistait en une planification et une gestion intégrées des ressources en eau, intégrées en ceci qu’il fallait s’occuper des eaux de surface et des eaux souterraines, et rester sensible aux multiples utilisations qui sont faites de ces sources. Il est aussi question de la nécessité d’une coopération internationale dans la gestion et la protection des eaux transfrontières. 34

Sept domaines de programme sont proposés :

1. « Mise en valeur et gestion intégrée des ressources en eau », ce qui laisse entendre que les pays doivent essayer de centraliser et de coordonner des stratégies de planification relatives à

l’eau qui reconnaissent l’importance de la qualité et de la quantité d’eau pour les écosystèmes et pour le développement socio-économique durable. Ces efforts doivent comprendre une reconnaissance de la nécessité de bien calculer le coût de l’approvisionnement en eau, de la conservation, et d’insister sur une politique à long terme.

2. « Bilan des ressources hydriques », ce qui vise à une durabilité à long terme en repérant les domaines où il est nécessaire ou pourrait être nécessaire d’agir, comme en cas d’inondations ou de sécheresse probables. Les pays sont encouragés à faire des prévisions, à recueillir des données et à faire des projections qui serviront de base à la formulation de politiques pertinentes. Toute l’entreprise doit reposer sur une coordination efficace des acteurs, sur la technologie voulue, sur des ressources financières suffisantes et sur le renforcement des institutions concernées.

3. « Protection des ressources en eau, de la qualité de l’eau et des écosystèmes aquatiques », ce qui laisse entendre que l’accent doit aussi être mis sur la prévention moyennant l’élaboration de modèles sensibles à l’environnement et des efforts d’éducation du public.

4. « Approvisionnement en eau de boisson et assainissement », ce qui vise tout particulièrement les problèmes des pays en développement, où les maladies liées à l’eau font tant de victimes et pèsent tellement sur la productivité. Il semblerait que l’approche la plus constructive consisterait à fixer des objectifs nationaux en ce qui concerne les améliorations à apporter dans ce domaines.

5. « L’eau et l’urbanisation durable ». L’urbanisation s’accélérant dans presque toutes les régions du monde (bientôt, 50 p. 100 de la population mondiale sera urbaine), la capacité des administrations locales et nationales de fournir une eau salubre et des services d’hygiène publique et de lutter contre la pollution, surtout dans les pays en développement pris à la gorge financièrement, est dépassée. Il est noté que :

« Une meilleure gestion des ressources urbaines en eau, y compris l’élimination de schémas de consommation non durables, peut contribuer sensiblement au soulagement de la pauvreté et à l’amélioration de la santé et de la qualité de la vie des pauvres des régions urbaines et rurales. Une forte proportion de grandes agglomérations urbaines se trouvent le long d’estuaires et dans des zones côtières. Cela entraîne une pollution par les décharges municipales et industrielles combinée à une surexploitation des ressources en eau disponibles et menace le milieu marin et l’approvisionnement en eau douce. »

Ce domaine de programme a pour but d’aider les pays membres à élaborer des stratégies qui garantiront un approvisionnement en eau durable et minimiseront les répercussions environnementales des concentrations humaines.

6. « L’eau et la production vivrière et le développement rural » est un élément de programme qui repose sur le lien entre l’eau et la sécurité alimentaire, ainsi que l’agriculture et la question plus générale de l’approvisionnement. Parce que l’agriculture est la plus grande consommatrice d’eau, plus d’efficacité dans ce secteur peut contribuer à un meilleur approvisionnement ailleurs. L’objectif est de gérer l’eau de manière à ce que l’on puisse répondre à tous les domaines de demande et à ce que le développement puisse se mettre en place. Les États membres doivent mieux utiliser les terres en culture sèche et améliorer les techniques d’irrigation afin d’éviter la dégradation des sols par la salinisation et l’engorgement. Pour promouvoir la gestion durable de l’eau, il faudrait procéder à des évaluations des incidences environnementales à l’étape de planification des projets d’irrigation.

7. « L’impact des changements climatiques sur les ressources en eau » est un domaine où l’on ne connaît pas encore grand-chose. Les États membres sont encouragés à étudier le lien et à accumuler des données afin d’être prêts, si possible et si nécessaire, à prendre des mesures préventives.35

Travaux et études en cours

Les Nations Unies continuent de travailler à la promotion de la gestion durable des ressources en eau douce par l’intermédiaire de leurs différents organismes, y compris la Commission du développement durable, et de ses institutions spécialisées. En tant que coordonnateur de la politique environnementale de l’ONU, le PNUE encourage vivement une bonne planification et une bonne gestion de l’eau dans le cadre des efforts de renforcement des capacités que déploient les Nations Unies parmi les pays membres. Il préconise fortement aussi la coopération internationale en ce qui concerne la gestion de l’eau. Grâce aux activités internationales, les problèmes relatifs à l’eau douce sont mieux connus, et des progrès ont même été enregistrés dans leur solution. Néanmoins, les problèmes graves qui demeurent exigeront des efforts continus de la part des Nations Unies et l’engagement des États membres.

LIENS

Lien avec la CDD, FORÊTS et PAUVRETÉ sur ce site.

Le site que les Nations Unies consacrent au développement durable contient quantité de renseignements sur la question de l’eau douce, y compris de nombreux documents pertinents. Une fois sur ce site, cliquez sur Issues puis sur Freshwater. Cela vous mènera à d’autres liens avec des documents de la CDD, à des rapports du Secrétaire général, à des rapports nationaux à la CDD, et à des sites Web connexes (organisations du système des Nations Unies qui s’occupent de questions relatives à l’eau douce dans le cadre de leurs activités). Il y a aussi une reproduction très accessible d’Action 21 en anglais (Agenda 21), où vous pourrez choisir facilement le chapitre qui vous intéresse. Voici l’adresse pour aller à Issues puis Freshwater : http://www.un.org/esa/sustdev/water.htm

Pour les rapports soumis par le gouvernement du Canada à la Commission du développement durable, notamment sur la question de l’eau douce, voir : http://www.un.org/agenda21/natinfo/countr/canada/natur.htm#freshw

Pour aller sur le site Web de l’Institut international du développement durable (IIDD) afin de consulter les rapports de suivi canadiens à la CNUED, voir : http://www.iisd.ca/worldsd/canada/projet/c18.htm


[1]Programme des Nations Unies pour l’environnement, Groundwater: A Threatened Resource, UNEP Environment Library No 15 (Nairobi : Programme des Nations Unies pour l’environnement, 1996) 3.
[2]voir Adam Rogers (sous la dir.), Taking Action: An Environmental Guide for You and Your Community (Nairobi : Programme des Nations Unies pour l’environnement, 1995) 137-142; Programme des Nations Unies pour l’environnement, The Pollution of Lakes and Reservoirs, UNEP Environment Library No 12 (Nairobi : Programme des Nations Unies pour l’environnement, 1994) 4-5; et Programme des Nations Unies pour l’environnement, Groundwater: A Threatened Resource, 3.
[3] Programme des Nations Unies pour l’environnement, Groundwater: A Threatened Resource, 4-5; Tolba, Saving Our Planet: Challenges and Hopes (Londres : Chapman & Hall, 1992) 49; et Rogers, 142.
[4]Ibid.; Programme des Nations Unies pour l’environnement, Safeguarding the World’s Water, UNEP Environment Brief No 6 (Nairobi : Programme des Nations Unies pour l’environnement, 1988 (?))1-2; et Rogers, 139.
[5]Ibid., 85-86.
[6]Mostafa K. Tolba, The World Environment 1972-1992: Two Decades of Challenge (Londres : Chapman & Hall, 1992) 85; et ibid., Saving Our Planet, 46-47.
[7]Programme des Nations Unies pour l’environnement, Freshwater Pollution, UNEP/GEMS Environment Library No. 6 (Nairobi : Programme des Nations Unies pour l’environnement, 1991) 4; Rogers, 138; et Tolba, Saving Our Planet 49 et The World Environment 1972-1992, 95.
[8]Tolba, Saving Our Planet, 47.
[9]Tolba, The World Environment 1972-1992, 97; et le Programme des Nations Unies pour l’environnement, Safeguarding the World’s Water, 2.

[10]Programme des Nations Unies pour l’environnement, Safeguarding the World’s Water, 2, Groundwater: A Threatened Resource, 3; et Tolba, Saving Our Planet, 49.
[11]Tolba, The World Environment 1972-1992, 90-91; Programme des Nations Unies pour l’environnement, Freshwater Pollution, 4-5; et Rogers, 137.
[12]Gary Gardner, « Irrigated Area Up Slightly », Vital Signs 1997: The Environmental Trends That Are Shaping Our Future, Lester R. Brown, Michael Renner, et Christopher Flavin, (sous la dir.) Linda Starke (New York : W.W. Norton & Co., 1997) 42; et Tolba, The World Environment 1972-1992, 93.
[13]Gardner, 42.
[14]Tolba, The World Environment 1972-1992, 94.
[15]Graeme Aplin (et coll.), Global Environmental Crises: An Australian Perspective (Melbourne : Oxford University Press, 1995) 54.
[16]Gardner, 42.
[17]Tolba, The World Environment 1972-1992, 91-92; et le Programme des Nations Unies pour l’environnement, Groundwater: A Threatened Resource, 3-4, et Safeguarding the World’s Water, 3.
[18]Programme des Nations Unies pour l’environnement, Groundwater: A Threatened Resource, 3-5; et Rogers, 140, 142.
[19]Tolba, The World Environment 1972-1992, 93-94; et le Programme des Nations Unies pour l’environnement, Safeguarding the World’s Water, 2.
[20]Rogers, 140.
[21]les données présentées ici résument celles fournies dans : Programme des Nations Unies pour l’environnement, Global Environment Outlook (New York : Programme des Nations Unies pour l’environnement (Oxford University Press), 1997) 30-32.
[22]Ibid., 108-110.
[23]Ibid., 45-46.
[24]Ibid., 84-85.
[25]Ibid., 98-100.
[26]Voir Tolba, Saving Our Planet, 50.
[27]Résumé du Programme des Nations Unies pour l’environnement, Global Environment Outlook, 65-67.
[28]Ibid., 66.
[29]Programme des Nations Unies pour l’environnement, Safeguarding the World’s Water, 4.
[30]Ibid.
[31]Programme des Nations Unies pour l’environnement, Freshwater Pollution, 4.
[32]Tolba, Saving Our Planet, 53; et le Programme des Nations Unies pour l’environnement, Safeguarding the World’s Water, 5.
[33]Tolba, Saving Our Planet, 53.
[34]Nations Unies, Chapitre 18, Rapport de la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement [Action 21] à http://www.un.org/esa/sustdev/agenda21chapter18.htm, 1.
[35]Ibid., 1-18.