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Suivi de l'ONU > L'ONU et les droits de l'homme

Ressources en sols Séries "En Route vers le Brésil" de l’ACNU - Chapitre 5-

Les ressources en sols: Introduction

L’un des principaux défis à l’échelle mondiale consiste à produire davantage de nourriture, d’eau pure, de fibres et de bois pour les populations qui augmentent rapidement. Plusieurs facteurs, toutefois, semblent rendre ce défi presqu’irréalisable.

Tout d’abord, les populations augmentent, de même que les exigences qu’elles imposent à la Terre. Il y a aussi les systèmes agricoles inadéquats comme l’utilisation des flancs de coteaux qui ne conviennent pas à l’agriculture. Il y a aussi les piètres systèmes agricoles qui ont été mis au point au cours des siècles derniers et qui ont contribué à l’accroissement de la salinité de la terre. Et finalement, il y a l’effet potentiellement dévastateur des changements climatiques -- come en témoignent les années de sécheresse dans la région du Sahel, en Afrique, au cours des années 1980. Tous ces facteurs ont été des causes importantes de la "dégradation" de la terre -- soit l’érosion du sol, la progression des déserts, la destruction des forêts et d’autres abus des ressources terrestres.

En outre, la dégradation des ressources naturelles (sols, pâturages, forêts et eau) semble être à la hausse. Si cette tendance se maintient, les conséquences pour l’agriculture, la foresterie et des économies entières pourraient être très graves. Il importe de s’assurer que ces secteurs demeurent non seulement productifs, maisqu’ils puissent augmenter leur productivité.

Les sols et l’agriculture

Selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) des Nations Unies, 60% de la population du tiers monde vit directement de l’agriculture. Cette proportion atteint 70% en Afrique et 75% en Asie. La capacité de ces agriculteurs de se nourrir et de tirer des revenus supplémentaires pour améliorer leur sort est vitale à la survie de sociétés entières.

Le défi est énorme. Tout d’abord, le nombre de bouches à nourrir augmente sans cesse. On s’attend à ce que la population mondiale d’ici l’an 2025 soit le double de celle de 1980. En second lieu, les agriculteurs doivent faire pousser leurs récoltes sur les mêmes terres agricoles ou pâturages. Pourtant, à mesure que l’agriculture de par le monde devient plus intensive et que de mauvaises méthodes agricoles comme la monoculture persistent (lorsque les mêmes produits sont plantés année après année), les terres deviennent de plus en plus vulnérables à l’érosion.

Les terres deviennent des déserts lorsque la croissance de la végétation est réduite à son minimum. La désertification -- la progression des déserts -- est le résultat de sècheresses, de précipitations moins importantes qu’à l’accoutumée, d’une surutilisation (trop de cultures et de pâturages) ou des vents. En Afrique, où le nombre des habitants et des animaux a considérablement augmenté, on estime que les pâturages de certains pays excèdent de 100% leur capacité.

Au fur et à mesure que les terres sont consacrées à des cultures permanentes, les bergers doivent se déplacer vers des terres marginales. Entre temps, les déserts progressent rapidement: selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), au début des années 1980, sur un total de 473 millions d’hectares de terres productives en Afrique sudano-sahélienne, 88% étaient classées comme désertifiées.1 En Amérique centrale, le problème d’une trop grande population sur des terres insuffisantes est aggravé par des mauvaises méthodes de distribution et d’utilisation des terres.

Les terres agricoles les plus riches des vallées où il y a une rivière, sont généralement utilisées comme pâturages -- alors que ces terres conviennent beaucoup mieux à des récoltes de base destinées à la consommation. Entre temps, les petits agriculteurs sont forcés de cultiver des flancs de coteaux ou d’abattre encore plus d’arbres. Toutefois, les flancs de coteaux non protégés sont plus sensibles à l’érosion et les sols sont balayés en quelques années, alors que le sol des forêts tropicales convient rarement à une agriculture intensive ou prolongée. par conséquent, les petits agriculteurs doivent se déplacer, traînant avec eux leurs habitudes destructives. En Asie, même si les causes peuvent être différentes, les conséquences sont malheureusement analogues. La diminution de la végétation en Inde a fait en sorte que la région sujette à des inondations a doublé en dix ans.

Cela s’explique par le fait que la surface de la terre ne permet pas de ralentir l’écoulement et le sol qui l’accompagne, et également parce que l’accumulation de sol dans le lit des rivières amène leur niveau à monter plus haut que d’habitude. L’ensablement a également entravé l’efficience des barrages hydro-électriques et d’irrigation. Les plaines d’Amérique du Nord produisent une grande quantité d’aliments, principalement pour l’exploitation, ce qui leur a valu la description de "corbeille du monde". Cependant, leur fertilité naturelle est en danger.

Bon nombre des terres en exploitation sont attaquées par l’érosion, particulièrement quand la sécheresse se prolonge. La possibilité d’un climat plus sec dans cette région a encouragé les gouvernments canadien et américain à élaborer des plans pour supprimer de la production les espèces les plus menacées, mais il n’existe pas encore de plan intégré d’exploitation des terres, qui assurerait des solutions à long terme.2

Forêts

On a décrit les forêts comme le coeur et le poumon du monde. Cette notion de coeur tient au fait que la majorité des systèmes des rivières prennent naissance dans la forêt. Les forêts empêchent l’érosion du sol, maintiennent la bonne qualité de l’eau et réglementent le débit de l’eau au fil des saisons, permettant ainsi à l’agriculture, à l’industrie et aux communautés de se développer.

On compare les arbres à des poumons parce qu’ils "inspirent" le dioxyde de carbone et "expirent" l’oxygène. Grâce à la photosynthèse, le carbone du dioxyde de carbone dans l’air est "fixé" (ou converti en matières solides) et devient une composane de la biomassa des forêts (bois, écorce et feuilles). Il s’agit là d’un élément important du réservoir mondial de carbone. Les forêts filtrent également la pollution en particules de l’air et améliorent les climats locaux et régionaux. Lorsqu’il pleut sur une forêt, jusqu’à 80% de l’eau est suscetible de retourner dans l’atmosphère par évaporation directe ou par le feuillage. Fondamentalement, la forêt agit comme une éponge ou une couche protectrice qui empêche la pluie de tomber directement aur la terre nue et donc de causer une érosion excessive.

Particulièrement dans les Tropiques, les forêts sont une source importante de la diversité génétique mondiale. Même si les forêts tropicales couvrent environ 9% de la surface de la Terre ou 1,2 milliard d’hectares, elles renferment plus de la moitié des espèces connues de planes et d’animaux, y compris 80% des insectes et 90% des primates.

Tragiquement, le monde fait face à une grave diminution des forêts. Dans un rapport qu’elle publiait récemment, la FAO indiquait que la déforestation annuelle dans les tropiques est passée de 9millions d’hectares en 1980 à 16,8 millions en 1990. À mesure que les populations continuent d’augmenter, toutes les forêts du monde sont menacées. De nmbreuses raisons expliquent cette crise. L’une d’entre elles est la pression exercée sur les terres: lespetits agriculteurs des pays pauvres "coupent et brûlent" les forêts pour pouvoir produire plus d’aliments et de récoltes commerciales. Cette pratique est doublement destructive car habiuellement, ces fermiers n’obtiennent même pas d’argent pour les arbres qui sont abattus.

En outre, les sols des forêts tropicales ne conviennet souvent pas à l’agriculture et cette dernière n’est pas fiable pendant plus que quelques années. La conversion des terres à d’autres usages constitue le problème majeur de la majorité des pays en développement. Au Brésil, par exemple, la majeure partie de la déforestation de l’Amazonie est imputable à la conversion des terres. Les arbres sont également abattus pour obtenir du bois à brûler. Le bois fournit 80% et plus des besoins énergétiques de l’Afrique. D’après la FAO, le rythme annuel de consommation de bois de feu dépassa d’environ 30% en Afrique le rythme de la repousse ou du reboisement.3

Les conséquences en sont déjà sérieuses et potentiellement catastrophiques. La suppression aveugle des forêts sur les bassins hydrographiques a eu des résultats désastreux: diminution des sols et de la productivité des terres, sédimentation des systèmes d’irrigation et des turbines et inondation dans les plaines. La destruction des forêts à grande échelle peut également avoir des conséquences néfastes sur la diversité génétique mondiale et sur les réserves génétiques des espèces individuelles.

La déforestation est également en partie responsable de l’effet de serre. La terre se réchauffe aujourd’hui en raison d’une augmentation du dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Les forêts emmagasinent plus de carbone que tout autre type de végétation sur Terre. La déforestation signifie qu’il y a moins d’arbres qui dégagent de l’oxygène, ce qui fait donc augmenter les quantités de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Le brûlage du bois de feu aggrave la situation en augmentant les émissions de dioxyde de arbone. La destruction des forêts au cours des siècles derniers a contribué substantiellement à l’augmentation des concentratioons de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Actuellement, elle représente de 15% à 20% de l’effet de serre total.4

Solutions!

Il existe de nombreuses solutions pour combattre la désertification et de nombreuses politiques pour favoriser la gestion viable des ressources terrestres. Le défi consiste à les faire appliquer. Aussi sensibles que ces solutions peuvent paraître à distance, leur mise en oeuvre s’oppose fréquemment aux intérêts économiques bien établis, aux croyances traditionnelles, à l’inertie politique et à une foule d’autres obstacles.

La Commision mondiale sur l’environnement et le développement, mieux connue sous le nom de Commission Brundtland, faisait observer que la pauvreté elle-même est un véritable fléau mondial:

On voit souvent dans les agressions contre l’environnement le résultats d’une pression de plus en plus forte sur des ressources rares et la pollution née du relèvement du niveau de vie de ceux qui sont déjà relativement nantis. Or, la pauvreté en soi est aussi une pollution qui, à sa façon, agresse l’environnement. Les malheureux qui ont faim sont facilement amenés à détruire leur environnement immédiat pour survivre: ils abattent des forêts; leur bétail épuise les prairies; il font un usage abusif des terres marginales et ils envahissent des villes déjà congestionnées.5

D’un autre côté, conserver la base de ressources agricoles comporte trois avantages énormes. En premier lieu, disposant de ressources stables et de moyens d’existence suffisants, les agriculteurs sont amenés à adopter de bonnes méthodes d’exploitation et de gestion. En second lieu, l’exode rural est freiné, de même que l’obligation d’importer des aliments. En troisième lieu, en mettant de l’argent dans les poches du tiers monde, la croissance démographique est ralentie.6

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le nombre de têtes de bétail dans le Sahel a quintuplé. Cela tient au fait que les nouveaux pays ont nationalisé les terres et n’ont pas permis à la population locale de participer au processus décisionnel touchant leur utilisation. Auparavant, chaque village était propriétaire des terres. Les aînés décidaient de l’utilisation des terres, et du bétail qu’elles pouvaient supporter. L’utilisation des connaissances des autochtones demeure la meilleure solution à la dégradation des terres. Ces dernières doivent être remises entre les mains des villageois et ces derniers doivent en réglementer l’utilisation.

Il existe une méthode plus complexe, mais également plus coûteuse. Les pays en développement peuvent classifier les terres pour des usages divers en se fondant sur la meilleure utilisation possible. Cela signifie qu’il faut effectuer un inventaire de tous les pays, ce que le contrôle par satellite et d’autres nouvelles technologies rendent plus facilement réalisables. Cette méthode, combinée à une volonté politique et à des discussions mettant à profit le public, permettrait de mettre en oeuvre la différenciation des infrastructures, des services de soutien, des encouragements fiscaux, d’autres mesures d’encouragement et des règlements -- selon la désignation des terres.

Dans un même temps, il faut maintenir un équilibre délicat pour les forêts entre la conservation et le développement durable. Ici encore, des politiques saines doivent être fondées sur l’analyse scientifique de la capacité des forêts et de leur sol de remplir diverses foncions, et il faut faire participer les populations locales qui sont à la fois "les victimes et les agents de destruction et qui auront à supporter le poids d’un nouveau système de gestion".7 Par exemple, la sylviculture peut être jumelée à l’agriculture. On peut combiner une ou plusieurs espèces d’arbres à des cultures vivrières ou à l’élevage d’animaux sur les mêmes terres. L’agroforesterie a été partout par des agriculteurs traditionnels: elle est particulièrement appropriée pour les petits agriculteurs et les terres de piètre qualité. Le défi consiste à "faire revivre les anciennes méthodes en les améliorant, en les adaptant aux conditions nouvelles et en mettant au point de nouveaux procédés".8 Par contre, l’agroforesterie n’est pas une panacée: même si elle peut faire une différence marquée, le fait demeure qu’il n’exise actuellement aucun système qui sera en mesure de nourrir la population à prédominance urbaine de l’an 2000.

Efforts internationaux

Divers mécanismes internationaux ont été mis sur pied, mais ont connu un succès mitigé. Les Nations Unies ont élaboré en 1977 un plan d’action pour combattre la désertification. Il comportait trois objectifs:

  • stopper, puis renverser les processus environnementaux de la désertification;
  • adopter des utilisations des terres viables, productives et saines pour l’écologie; et
  • assurer la prospérité sociale et économique des personnes visées.

Pourtant, jusqu’ici, ce plan d’action est presqu’un échec total. Combattre la désertification n’a pas de retombées immédiates; il s’agit d’un processus à long terme. Les pays donateurs éventuels et les bénéficiaires ont tendance à favoriser des projets comportant des objectifs de développement économique plus immédiats. En outre, le manque d’attention que l’on a accordé au plan d’action tient peut-être au fait que la désertification touche les habitants les plus pauvres et les moins politiquement influents d’un pays. À moins que la catastrophe ne soit à la fois importante et imminente -- comme dans le Sahel -- les gouvernements n’engageront pas d’importantes sommes d’argent dans des programmes qui ont de fortes chances d’échouer.9

Des critiques quelque peu différentes s’appliquent au Plan d’action forestier tropical, qui a été établi conjointement par le Programme des Nations Unies pour le développement, la FAO, la Banque mondiale et le World Resources Institute en 1985. Le Plan d’action a introduit un processus de planification uniforme et "imposé d’en haut" des légions de conseillers étrangers qui avaient souvent une connaissance inadéquate des institutions ou des méthodes de sylviculture, et qui connaissaient encore moins les conditions culturelles, sociales et économiques liées à l’exploitation des forêts. En outre, étant donné que le processus de planification était presqu’entièrement dominé par des experts forestiers, on a accordé peu d’attention au fait que la presque totalité de la déforestation dans les tropiques a été causée par l’agriculture.

Un tollé de protestations de la part d’organisations non gouvernementales a donné lieu à plusieurs examens du plan d’action et à une rencontre importante tenue à Genève en mars 1991 visant à établir une nouvelle structure permettant aux habitants locaux d’avoir un meilleur contrôle sur leurs ressources. Un article récent du magazine The New Scientist faisait remarquer que le défi pour les gouvernements, les groupes de citoyens, les habitants des forêts, les experts forestiers consiste à s’unir pour concevoir, pour leurs pays respectifs, un plan de gestion en mesure de satisfaire tous ceux qui ont un intérêt dans les forêts. Malheureusement, l’établissement de ce dialogue de la plus haute importance s’est avéré presqu’imposssible.10

Questions devant être traitées à la CNUED

  • une aide accrue des pays développés pour combattre la dégradation des sols, la déforestation et la désertification grâce à un accroissement de la recherche et des crédits;
  • des solutions de rechange viables aux changements de cultures qui seraient acceptables pour les petits agriculteurs;
  • l’identification de techniques de conservation de l’eau et des sols économiquement viables et axées sur les besoins des petits agriculteurs;
  • le développement durable des terres fermes fortement peuplées, y compris des moyens de subsistance supplémentaires;
  • des stratégies pour pallier la déforestation et la désertification engendrées par le rassemblement des réfugiés et de leur bétail dans des régions environnementalement fragiles;
  • l’élaboration de politiques nationales touchant les sols et visant à encourager des méthodes agricoles viables dans les pays en développement.

Le sommet de Houston de 1990 du groupe des Sept a demandé une convention sur les forêts tropicales et tempérées visant à protéger la biodiversité et à tenir compte des préoccupations touchant les changements climatiques. L’adoption d’une convention internationale sur les forêts pourrait s’avérer l’une des réalisations les plus importantes de la CNUED.

La FAO joue un rôle actif en fournissant un soutien analytique et en élaborant des idées pour l’établissament d’une telle convention. Il est à espérer que les négociations seront ouvertes par les pays membres dès que possible. Il s’agirait d’un processus en deux étapes: tout d’abord, un pays signe une convention ou une autre forme d’instrument juridique, ce qui signale son intention de le ratifier; ensuite, le pays travaille à faire concorder ses lois avec les dispositions de l’instrument, après quoi ce dernier peut être ratifié.

 

L’approche du Canada

À l’échelle nationale, en 1987, le Conseil canadien des ministres des forêts (représentant à la fois les ministres du gouvernement fédéral et des gouvernements provinciaux) a adopté, après une vaste consultation publique, une stratégie nationale du secteur des forêts.

Lors de la dernière réunion de ce Conseil, en octobre 1990, il a été convenu de réviser cette stratégie. Une série de tribunes régionales ont été organisées en 1991 pour consulter le plus de gens possible, l’objectif ultime étant d’avoir une nouvelle stratégie nationale sur les forêts, prête à être adoptée lors du Congrès national sur les forêts qui devait se dérouler à Ottawa en mars 1992. Ce processus devait permettre au Canada de se préparer aux obligations à respecter pour conclure lors de la CNUED, une convention mondiale ou d’autres types d’instruments juridiques sur la sylviculture.

En ce qui attrait à l’agriculture, la position canadienne se caractérise par une double approche. D’une part, on reconnaît que, à court terme, les ays en développement qu’ils élaboreront des politiques nationales touchant les sols, politiques qui leur permettront d’adopter graduellement des méthodes agricoles viables à long terme.

Les diplomates canadiens, à la CNUED et dans le cadre des travaux préparatoires, pourraient jouer un rôle crucial en établissant des ponts entre les diverses délégations nationales sur l’interrelation complexe qui existe entre la gestion viable des terres et leurs diverses utilisations. La façon dont nous utilisons les sols ou dont nous en abusons reflète fondamentalement notre vision de nous-mêmes de la terre où nous habitons.