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Fiches d’information > Canada et l'ONU: le processus de revitalisation et de redéfinition

« La paix mondiale reste indubitablement un des objectifs de l'ONU... mais des questions telles que les droits de la personne, l'environnement, la santé et le désarmement constituent aussi des priorités. Dans les années à venir, nous aurons plus que jamais besoin des Nations Unies. La grande question est de savoir quelle orientation elles prendront. Les Canadiens ont la possibilité d'influer sur cette orientation et de contribuer à la revitalisation de l'Organisation. »

Michael Oliver, ancien président de l'ACNU

À TEMPS NOUVEAUX, BESOINS NOUVEAUX

Lorsque les dirigeants internationaux se sont réunis à San Francisco pour fonder les Nations Unies, il y a plus de 50 ans, le monde sortait, horrifié, de la Deuxième Guerre mondiale. Après une telle dévastation, il était naturel que la paix et la sécurité internationales soient la principale préoccupation et la grande priorité de la toute nouvelle organisation. Déterminés comme ils l'étaient à instaurer une paix durable, peu de dirigeants avaient prévu la polarisation Est-Ouest de la Guerre froide qui allait entraver le bon fonctionnement de l'ONU.

L'ONU a certes beaucoup accompli, mais la situation politique internationale l'a empêchée de réaliser son plein potentiel. Avec la fin de la Guerre froide, le contexte politique international (dans lequel l'ONU agit) a une fois encore été bouleversée, et ce changement a apporté son lot de nouvelles possibilités et de nouveaux défis. Parallèlement, d'autres problèmes sont venus se placer en tête des préoccupations internationales. Les conflits intérieurs, les violations des droits de la personne, la dégradation de l'environnement et le rôle des femmes dans la société ne sont que quelques exemples des problèmes mondiaux auxquels les architectes de la Charte des Nations Unies n'avaient pas pensé au départ, mais auxquels la communauté internationale doit trouver réponse si elle veut maintenir la stabilité, promouvoir un développement social juste et durable, et améliorer le sort de tous les peuples. Parce que ces problèmes n'étaient pas essentiels au moment de sa création, l'ONU paraît souvent incapable de les résoudre véritablement. Les temps et les besoins changeant, il devient nécessaire d'examiner l'Organisation afin d'en redéfinir les objectifs et, dans la mesure du possible, de l'améliorer pour en revitaliser le fonctionnement.

LE CINQUANTENAIRE OU L'HEURE DE LA RÉFLEXION ET DES RECOMMANDATIONS

Le 50e anniversaire des Nations Unies, en 1995, a été l'occasion de célébrer l'oeuvre et les idéaux de l'Organisation et aussi de réfléchir, notamment aux mesures à prendre pour améliorer les Nations Unies de manière à répondre aux besoins de tous les peuples. L'ONU a donc demandé au Canada et aux autres pays membres de participer au processus d'examen courant des efforts déployés par l'Organisation et de recommander des mesures qui permettraient d'en améliorer le fonctionnement. En cette époque de changements révolutionnaires, de promesses immenses et de défis extraordinaires, les pays membres s'efforcent de redéfinir et de revitaliser le rôle des Nations Unies à l'aube de l'an 2000.

En 1995 a été constitué le Comité canadien pour le 50e anniversaire des Nations Unies, afin de célébrer l'événement par toute une année d'activités qui souligneraient les réalisations de l'ONU et le rôle joué par le Canada dans celle-ci. Le Comité a formulé 52 recommandations, qui sont publiées dans Un plan d'action pour réformer l'ONU , Propositions sur les changements que les Nations Unies et le gouvernement du Canada pourraient apporter à leurs politiques et qui visent à aider à stimuler les réformes nécessaires pour que l'ONU s'adapte bien aux nouveaux besoins du monde. Ces recommandations ont été présentées au Premier ministre du Canada, aux députés et à des spécialistes de la politique étrangère. Plusieurs des idées des membres du Comité étaient reprises dans le rapport que le Comité parlementaire mixte spécial chargé de l'examen de la politique étrangère du Canada a publié en novembre 1994. Voici les principaux changements proposés par le Comité pour le 50e anniversaire des Nations Unies; ils sont présentés par catégorie, recommandation et justification :

1) Conseil de sécurité - Le Conseil de sécurité, seul organe des Nations Unies capable d'adopter des résolutions auxquelles les États membres doivent se plier, en est l'organe le plus puissant. Cependant, le groupe des membres permanents ne reflète plus la réalité du pouvoir mondial. En outre, la surreprésentation des États du Nord riches au Conseil nuit à la crédibilité de celui-ci, qui est censément un organe impartial. Afin que le Conseil soit plus représentatif et qu'il gagne en légitimité, il est recommandé, notamment, d'en élargir les rangs, d'y réserver une proportion fixe de sièges à des États du Sud et de poser comme condition à l'accroissement du nombre des membres permanents que d'autres sièges, eux aussi permanents, soient attribués à des États du Sud. Il est proposé, également, de limiter le droit de veto des membres permanents.

2) Finances - Contrairement au Canada, bon nombre d'États ne versent pas leur quote-part ou leur contribution aux opérations de maintien de la paix de l'ONU (et ce, pour diverses raisons). L'Organisation se trouve donc dans une situation financière précaire qui menace ses activités. L'Article 19 de la Charte de l'ONU stipule que tout membre qui accumule deux années d'arriérés s'expose à perdre son droit de vote. Une des réformes pourrait consister à appliquer cet article, car cela inciterait les membres à régler leur dû. Les dépenses de l'ONU sont également source de problèmes, au point que d'aucuns parlent d'inefficacité, de gabegie, voire, dans des cas extrêmes, de fraude interne. Afin de remédier à cette situation, l'Assemblée générale doit nommer un vérificateur général qui relèvera d'elle; par ailleurs, un système d'examen interne de la gestion, relevant du Secrétaire général, doit être mis en place, parallèlement.

3) Agenda pour la paix - La Charte de l'ONU ne s'applique pas aux crises intérieures qui secouent les États. Les crises humanitaires que viennent de connaître le Rwanda, l'ancienne Yougoslavie et la Somalie soulèvent un certain nombre de questions complexes. En effet, l'ONU est-elle habilitée à intervenir en cas de catastrophe humanitaire et, le cas échéant, doit-elle intervenir ? En outre, peut-elle le faire efficacement ? Le Comité a recommandé que le gouvernement canadien préconise la formation d'une force de réaction rapide des Nations Unies, à laquelle il fournirait un contingent et qui aurait pour mandat de protéger les secours humanitaires et les lignes de cessez-le-feu, et de prévenir l'escalade des conflits afin d'empêcher de futures catastrophes humanitaires (ou de les circonscrire).

4) Prolifération des armes - Les courses aux armements régionales et le commerce international des armes sont des causes de grande instabilité. En conséquence, le Registre des armes classiques de l'ONU doit être renforcé. De plus, il faut adopter des règlements politiques et conclure des accords de limitation des armements afin d'endiguer le commerce des armes et d'améliorer la sécurité mondiale.

5) Agenda pour le développement - Les Nations Unies ont beaucoup accompli en 50 ans sur les plans économique et social. Toutefois, leurs détracteurs soulignent des dédoublements, une faculté d'adaptation limitée et l'insuffisance de l'obligation redditionnelle à l'ONU en ce qui concerne le développement. En effet, 50 % des enfants africains souffrent de malnutrition, et l'écart entre les revenus des 20 % les plus riches et ceux des 20 % les plus pauvres de la population mondiale a doublé au cours des 30 dernières années, le ratio étant passé de 30 à 61 pour un. D'où la nécessité d'une réforme qui permette de renforcer l'action de l'Organisation en faveur du développement. Le Comité a notamment recommandé à cet égard de créer un conseil de sécurité chargé du développement durable; ce serait un organe décisionnel haut placé dans la hiérarchie onusienne et habilité à coordonner les travaux des institutions spécialisées de l'ONU.

6) Agenda pour les droits de la personne - Les membres de l'ONU sont certes des États, mais nombre des objectifs que l'Organisation s'était donnés visaient à promouvoir des valeurs humaines. Or, les deux ne sont pas toujours compatibles, et bien des États jugent qu'il est dans leur intérêt de limiter le rôle des Nations Unies par rapport aux droits de la personne. Plusieurs organismes de défense de ces droits ont évolué de manière à surveiller la conduite des États à ce chapitre, mais dans son évolution, le système pèche par un manque de coordination et de division rationnelle du travail. Ces problèmes, entre autres, rendent inefficaces, voire vains, les efforts déployés pour protéger les droits de la personne. Pour remédier à la situation, il serait bon de mettre en place un système de préalerte, avec l'aide d'organismes de l'ONU tels que le Haut Commissaire aux droits de l'homme et le Haut Commissaire pour les réfugiés. Les fonctions devraient être mieux coordonnées entre les organismes spécialisés de l'ONU et le Secrétariat. Il conviendrait d'adopter un programme qui relèverait du Haut Commissaire aux droits de l'homme et qui permettrait à celui-ci d'assurer une véritable présence sur le terrain lorsqu'il y a violation ou risque de violation des droits de la personne, de mieux informer la communauté internationale et de jouer un rôle dissuasif.

Ce ne sont là que quelques-unes des nombreuses recommandations que le Comité canadien pour le 50e anniversaire des Nations Unies a formulées afin d'améliorer le fonctionnement de l'ONU et, par voie de conséquence, la vie de tous les peuples et leur sécurité. Elles constituent une contribution importante au débat actuel sur la réforme de l'Organisation auquel prennent part des particuliers et des groupes dévoués du monde entier. Le processus de redéfinition et de revitalisation du rôle des Nations Unies ne s'est pas terminé à la veille du cinquantenaire. En juillet 1997, le Secrétaire général Kofi Annan, qu'assiste le Canadien Maurice Strong, annoncera une réforme du Secrétariat de l'ONU, fera des recommandations aux États membres quant aux changements structurels à apporter à l'ONU et présentera de nouvelles mesures destinées à revitaliser l'Organisation. Les efforts consentis pour améliorer les Nations Unies, tâche devenue prioritaire en 1995 pour la communauté internationale, ont incité celle-ci à poursuivre le processus de réforme actuel.

OBSTACLES AUX RÉFORMES DE L'ONU

Cependant, réformer l'ONU n'est pas une mince affaire. Si les membres conviennent de la nécessité d'amorcer des réformes, peu s'entendent sur les types de réforme nécessaires. Ainsi, les membres permanents du Conseil de sécurité ne veulent pas voir leur droit de veto s'affaiblir. Il est donc fort improbable qu'ils soutiennent une réforme de ce droit. Les États qui souhaitent moins d'interventions de la part des Nations Unies n'appuieront pas les réformes proposées par les partisans d'une organisation qui serait habilitée à intervenir davantage. Souvent, les intérêts nationaux amèneront des États à s'opposer à des réformes de l'ONU. Or, celles-ci reposeront pour beaucoup sur un consensus, et le processus de réforme même sera probablement lent. Il peut s'agir, en l'occurrence, d'un changement fondamental ou d'un réaménagement purement symbolique. Cela risque d'être décevant à court terme, mais il n'en demeure pas moins qu'il est encourageant de voir la communauté internationale convenir de la nécessité d'un changement et examiner des mesures qui permettraient d'améliorer les Nations Unies.

Le Canada a un rôle important à jouer en ceci qu'il peut influer sur la façon dont l'organisation internationale abordera les nouveaux problèmes mondiaux. L'Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) s'attache à favoriser un dialogue permanent entre l'ONU ainsi que les dirigeants et la population canadiens. Par ses campagnes de sensibilisation du public, ses forums éducatifs, ses colloques et ses entretiens avec des responsables, l'ACNU travaille à faire en sorte que le Canada continue d'influer sur le processus de redéfinition et de revitalisation de l'ONU.

Pour se procurer, à prix modique, un exemplaire du rapport intitulé Plan d'action pour réformer l'ONU , Propositions sur les changements que les Nations Unies et le gouvernement du Canada pourraient apporter à leurs politiques, prière de s'adresser à l'ACNU.