![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() |
![]() |
| |
Le Canada et l’ONU > Le Canada au Conseil de sécurité des Nations Unies
Communication III - Observations issues d’une expérience récente au Conseil de sécurité H.E. Danilo Türk,Ambassadeur et représentant permanent de la Slovénie à l’ONU M. Türk fait part à l’auditoire de l’expérience récente de la Slovénie au Conseil de sécurité, décrivant certains problèmes liés au travail avec les Nations Unies et esquissant des solutions. D’après lui, l’année a commencé sur une note décourageante, mais on a vu des progrès sensibles pendant la deuxième moitié de l’année. Tout en reconnaissant les progrès accomplis ces derniers temps, M. Türk reste prudent. Il rappelle qu’aux Nations Unies, rien n’est garanti. Rien ne dit que les méthodes améliorées ou la conjoncture politique favorable actuelle seront institutionnalisées. De fait, les intérêts nationaux peuvent balayer les acquis à tout moment. Il commence par faire observer que les membres élus peuvent effectivement faire bouger les choses, et que pour ce faire, ils doivent savoir saisir les occasions au vol. Lorsque la Slovénie s’est jointe au Conseil de sécurité comme membre élu il y a deux ans, sa délégation refusait de croire à l’impuissance des membres non permanents. Tout comme le Canada en bonne partie, la Slovénie s’est employée à repérer les occasions d’agir et à intervenir de façon positive lorsque les circonstances étaient propices. Il fait toutefois remarquer que les perspectives varient selon le pays qui occupe la présidence et selon la conjoncture internationale. Le Conseil de sécurité est toujours en mouvance, et il n’est pas toujours possible d’assurer la continuité d’une présidence à l’autre. Il fait remarquer à quel point la conjoncture joue sur la présidence. La Slovénie a présidé le Conseil de sécurité en août 1998 et en novembre 1999. Pendant sa première présidence, prévoyant que la plupart des membres seraient en vacances, on avait décidé de centrer les discussions sur l’Afghanistan. Or, les crises se sont multipliées en août 1998, notamment en Irak, en Afghanistan et dans la République démocratique du Congo. C’est ainsi que la Slovénie a dû se contenter de gérer les crises et n’a pu agir de façon prospective dans aucun dossier. Inversement, en novembre 1999, il n’y a pas eu de crise majeure, et le climat du Conseil de sécurité était propice à la tenue de réunions publiques, ce qui a permis à la Slovénie de proposer des débats sur plusieurs questions. Quatre débats en séance publique ont eu lieu sur les questions de l’intervention dans les conflits armés et de la détérioration de la situation au Burundi. Ces séances ont permis d’effectuer une analyse politique utile et se sont traduites par un changement d’attitude à l’égard du Burundi, qu’on s’est mis à considérer comme un cas relevant du Conseil de sécurité et non seulement des intérêts régionaux. D’après M. Türk, le Conseil de sécurité devrait en principe être à la fois actif et proactif. Il doit s’appliquer à remplir la vocation qui lui est dévolue par la Charte afin d’éviter les récriminations si les efforts de sécurité régionale échouent. Sous la présidence de la Slovénie, on a débattu du rôle du Conseil de sécurité dans la prévention des conflits armés; la déclaration de la présidence qui en a résulté demandait aux ministres des Affaires étrangères de s’accorder sur des mesures de prévention. Le Conseil de sécurité peut parfois agir dans une optique préventive, comme il a été démontré avec l’opération de maintien de la paix en Macédoine (FORDEPRENU) en 1992. Cependant, le maintien de la paix n’est pas le seul instrument dont on dispose, et la diplomatie ainsi que les sanctions doivent être considérées comme des voies tout aussi valables. Le fond de la question est de savoir si le Conseil de sécurité est prêt à agir de façon proactive. M. Türk admet que le Conseil de sécurité ne peut pas tout faire, ne serait-ce que parce que ses ressources sont limitées et qu’il y aura toujours des moments où l’intérêt national prendra le dessus sur les priorités planétaires. Il donne deux exemples récents de membres du Conseil de sécurité ayant parrainé des débats sur des questions qui sont principalement d’intérêt national. M. Türk conclut que les sujets qui ont pour but de faire avancer des projets nationaux pourraient à l’avenir servir à préparer le terrain pour de nouveaux secteurs d’intervention du Conseil de sécurité. Il note enfin que la transparence accrue des délibérations du Conseil, surtout pendant la négociation des résolutions, est importante pour ne pas marginaliser les membres élus du Conseil. M. Türk souligne que le Canada a été un chef de file dans le domaine de la sécurité humaine, domaine qui suppose un travail de longue haleine. Le rapport du secrétaire général sur la protection des civils est très intéressant; il reste maintenant à lui trouver des applications plus concrètes. Compte tenu des reculs de l’an dernier, il est indéniable que le droit humanitaire doit être renforcé, mais les États peuvent et doivent agir rapidement en se servant des mécanismes qui existent déjà pour contrer les menaces qui compromettent la sécurité humaine. L’article 8 de la Convention sur le génocide prévoit un mécanisme par lequel toutes les parties peuvent soulever une question dans une enceinte appropriée de l’ONU avant qu’une situation ne s’envenime. L’action préventive fournit aussi l’occasion de mettre en avant des options non militaires. Ces vues sont peut-être trop optimistes, mais si l’ONU n’explore pas ces avenues, il lui sera difficile de faire des progrès sensibles. Revenant à la prudence, M. Türk insiste à nouveau sur le fait que bien que l’on observe une certaine évolution au Conseil de sécurité, ces progrès ne sont aucunement garantis. Il incombe donc aux membres de saisir toutes les chances qui s’offrent à eux pour apporter des changements significatifs à l’ONU. |