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Le Canada et l’ONU > Le Canada au Conseil de sécurité des Nations Unies
Débat Dans la discussion qui s’ensuit, on convient généralement que la multiplication des débats ouverts et l’accroissement de la pluralité préconisés par le Canada, la Slovénie et d’autres membres non permanents constituent des progrès notables. Il reste au Canada à continuer sur cette lancée et à relever les défis qui subsistent. On discute principalement des visées du Canada en matière de sécurité humaine et du cadre conceptuel de l’intervention humanitaire. Un participant demande si on ne pourrait pas accroître l’efficacité du Conseil de sécurité dans la défense de la sécurité humaine en définissant des critères objectifs justifiant une intervention. Un autre souligne que le mot humanitaire évoque une réaction après le fait, alors qu’il y aurait lieu plutôt de se préoccuper des causes profondes. Il pourrait être plus constructif d’encourager activement les interventions qui reconnaissent les causes premières plutôt que de se doter d’un ensemble de lignes directrices cohérentes ou formelles. On souligne cependant par ailleurs que dans certains cas, on ne connaît pas vraiment les véritables causes historiques d’un conflit ni les moyens de les éliminer. Certains participants notent cependant que certaines mesures encourageantes ont été prises pour faire ressortir les causes premières. Ainsi, l’ONU est intervenue à Haïti pour contrer la violence de l’État, tout en reconnaissant toutefois que la pauvreté et l’existence d’un clivage social jouaient un rôle dans le conflit. Néanmoins, on insiste sur le fait que si l’on veut appliquer des mesures prospectives d’édification de la paix basées sur une analyse des causes premières, il faudra que les États membres et l’ONU soient prêts à adhérer à ce concept. On est d’accord avec les conférenciers de la matinée pour dire que les objectifs en matière de sécurité humaine doivent être considérés à long terme. Ainsi, plutôt que d’inciter le Conseil de sécurité à traiter de l’intervention humanitaire en tant que thème à part entière ou d’essayer d’établir des règles précises pour l’utilisation de la force dans ce contexte, le Canada devrait s’employer à bâtir un cadre conceptuel en insistant sur des questions comme la protection des civils et la prévention des conflits. Et surtout, il faut aborder les dossiers au cas par cas. Selon un intervenant, le Canada devrait aussi reconnaître que certains problèmes se règlent plus facilement au niveau national et qu’il convient parfois mieux de laisser l’État jouer de sa propre initiative plutôt que d’imposer une solution décrétée par la communauté internationale. Certains intervenants craignent que l’approche « maximaliste » préconisée par le Canada en matière de sécurité internationale ne soit au-delà des forces du Conseil de sécurité et n’occasionne un nouveau repli et le retour de l’inefficacité, ce contre quoi luttent actuellement le Canada et d’autres pays. On convient qu’il faut chercher un moyen d’arrimer le rôle du Conseil avec celui d’autres organes comme l’ECOSOC et l’Assemblée générale, qui sont traditionnellement les organes chargés des interventions humanitaires et de l’édification de la paix. Plusieurs intervenants tiennent à mentionner que l’ECOSOC et l’Assemblée générale ne sont pas prêts à renoncer à leurs prérogatives. Le conflit haïtien a été renvoyé à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité après les délibérations de l’ECOSOC. Dans ce cas, le clivage Nord-Sud à l’Assemblée générale a été surmonté et on a pu obtenir un consensus au Conseil de sécurité, en grande partie grâce au rôle actif des pays latino-américains. Le renvoi récent de la question du sida au Conseil de sécurité résulte également des délibérations de l’ECOSOC et de l’Assemblée générale. Ces cas ne sont pas appelés à se multiplier car l’Assemblée générale manifeste actuellement une malheureuse « apathie » qui rend difficile toute intervention ferme. Un autre participant fait observer que l’Assemblée générale n’a ni la capacité ni le pouvoir de gérer les missions de sécurité. C’est ainsi qu’on en vient à suggérer une revitalisation de l’ECOSOC. Ce faisant, cependant, il ne faut pas oublier le risque de voir l’utilisation de l’article 65 transformer l’ECOSOC en « corbeille à papier » qui n’hérite que des dossiers dont le Conseil de sécurité s’est lassé. Dans l’avenir, il faudra que l’Assemblée générale trouve un moyen de surmonter ses divisions et de répondre plus efficacement aux questions urgentes, comme elle l’a justement fait à Haïti. La concertation des grands organes de l’ONU est possible, et le Canada doit continuer de promouvoir cet objectif. Il n’y a pas toujours consensus au Conseil sur la nature des problèmes qui méritent l’attention du Conseil. Ainsi, les dossiers qui font les manchettes ou mobilisent l’opinion ont beaucoup plus de chances d’être mis à l’ordre du jour. Il est donc important pour le Canada de se pencher sur la capacité du Conseil de sécurité de s’attaquer à des problèmes multiples. Si le Conseil de sécurité traite d’une question parce qu’elle est dans l’actualité alors qu’il n’y a ni volonté politique de régler la question ni ressources pour agir, on court à l’échec tout en minant la crédibilité de l’organisme. Un intervenant reconnaît que la crédibilité que le Conseil de sécurité a réussi à récupérer depuis un an ne durera pas si la question de la cohérence de l’ECOSOC, de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité n’est pas réglée. Il ressort d’ailleurs clairement des interventions que le Conseil de sécurité apprend par l’expérience. Les attentes à l’égard de l’ONU sont très élevées actuellement, mais la crédibilité sera toujours un problème. De plus, il se peut que l’on doive parfois recourir à des moyens parallèles, comme les coalitions régionales, pour faire bouger les choses. Comme le fait valoir un participant, il s’agit de savoir ce qui est possible dans chaque situation. Les cas du Kosovo et du Timor-Oriental constituent des développements encourageants dans le domaine de la consolidation de la paix et de la prévention des conflits, car ces opérations complexes d’appui à la paix ont pour but d’empêcher une résurgence de la violence. Bien qu’il soit toujours nécessaire de s’attaquer au problème des États membres qui ne remplissent pas leurs obligations financières, on souligne l’importance, pour l’année qui vient, de préparer les capacités de maintien de la paix de l’ONU à relever les nouveaux défis de la sécurité comme la consolidation de la paix et la protection des civils. |