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Le Canada et l’ONU > Le Canada au Conseil de sécurité des Nations Unies
La sécurité internationale au XXIe siècle : Les défis des Nations Unies Introduction La fin de la guerre froide a marqué une courte période despoir pour les partisans de lOrganisation des Nations Unies (ONU). On espérait que la fin de la rivalité entre les superpuissances permettrait à lONU de jouer le rôle dinstrument de sécurité et de paix internationale dont rêvaient les auteurs de la Charte. En fait, lONU se voyait donner une « deuxième chance »1 . Mais ce vent doptimiste fut éphémère. Une série dévénements survenus en Somalie, en ex-Yougoslavie et au Rwanda ont donné à réfléchir et ont mis en lumière les limites de lONU. Sans compter que la crise financière de lONU ne semble pas vouloir se résorber. Toutefois, comme laffirme John Ruggie, si les attentes ont déjà été exagérées, cest maintenant les limites quon exagère2 . Quoi quon en dise, lONU est tout à fait capable de se renouveler; après tout, le maintien de la paix nest même pas mentionné dans la Charte, et lONU a sans contredit remporté des victoires et eu une influence certaine sur les conditions de laprès-guerre froide. Néanmoins, les efforts de gestion des conflits de lONU souffrent dun grave paradoxe. La majorité des questions de sécurité internationale actuelles se borne au territoire intérieur des États ou en chevauchent les frontières. Or, lONU est une organisation dÉtats, fondée en partie sur le principe de la souveraineté et de la non-ingérence, et soumise aux volontés contradictoires de ses membres lorsquelle réagit aux conflits transfrontaliers. Bien que les questions de sécurité internationale soient désormais moins centrées sur les États, toute solution exige une action collective. Voilà le problème que lONU doit résoudre si elle veut agir efficacement en regard des problèmes de sécurité actuels et futurs. Les États membres devront préciser ce que lONU peut faire ou ne pas faire en matière de prévention, de gestion et de résolution des conflits et de consolidation de la paix et jeter les fondements théoriques et institutionnels qui permettront de relever le défi élargi de la sécurité. Dans le présent document, nous étudierons la portée et la nature du problème contemporain de la sécurité auquel est confrontée lONU. Des contraintes despace nous empêchent de faire une étude approfondie de ces questions, mais celles-ci seront traitées plus en détail dans les exposés brefs. Les objectifs du présent document sont les suivants : définir les thèmes globaux, présenter les défis auxquels est confrontée lONU et donner des suggestions visant à améliorer lOrganisation. Thèmes généraux et questions conceptuelles Le problème contemporain de la sécurité internationale est animé par trois éléments de changement du système international : la mondialisation, les États déchus et la fin de la guerre froide. Les deux premiers éléments sont évolutifs, cest-à-dire que ce sont des facteurs de longue durée présents depuis des décennies3 . La mondialisation se définit par lextension de lactivité économique, politique et sociale au-delà des frontières des États et la sensibilisation accrue aux questions et aux acteurs liés à la sécurité transfrontalière (par exemple, la dégradation de lenvironnement et les organisations criminelles internationales). Les États déchus sont les États dont le gouvernement central a été écrasé ou est trop faible pour exercer son autorité contre les agitateurs internes ou externes ou pour fournir les services essentiels. Ainsi, les questions contemporaines de sécurité découlent de deux tendances divergentes au sein du système international, soit lintégration et la fragmentation. À lopposé, la fin de la guerre froide a constitué une coupure franche, un événement, qui, dans un laps de temps remarquablement court, a modifié la structure des interactions politiques et militaires du monde entier. De nombreuses questions liées à la guerre froide, comme la compétition entre les superpuissances au sujet des pays en développement et limpasse nucléaire mondiale, ont fait place à de « nouvelles » questions. Plus particulièrement, lhéritage laissé par la guerre froide survit dans les affaires souvent chaotiques des pays dits « de transition » de lEurope centrale, de lEurope de lEst et de lex-Union soviétique. Ensemble, la mondialisation, les États déchus et la fin de la guerre froide sont à la base des crises et des conflits internationaux qui caractérisent la politique internationale actuelle. La combinaison de ces facteurs a mis à lépreuve la capacité de lONU à répondre au vaste éventail de problèmes de sécurité internationale. Ce qui complique les choses, cest que la mondialisation, les États déchus et la fin de la guerre froide nont pas eu les mêmes répercussions partout dans le monde. En effet, la nature et lintensité des menaces à la sécurité, et le degré auquel elles touchent les gens et les gouvernements varient énormément à léchelle de la planète. Cela sexplique par différentes variables qui tiennent à cette réalité plus vaste que sont les disparités mondiales. De fait, les conséquences du changement sur la sécurité internationale doivent être évaluées dans le contexte des différentes régions géographiques, origines ethniques, réalités socio-économiques et structures sociales, des différents États et des réseaux dalliance et dhostilité. Ces variables, ou « filtres », influencent leffet de la mondialisation, des États déchus et de la fin de la guerre froide sur les différentes régions et les différents États, groupes et individus. Par conséquent, on a proposé que le monde soit divisé en « zones de paix » et « zones de troubles »4 . Les « zones de paix » sont celles où règnent la stabilité et la prospérité. La guerre et la violence organisée y sont inconcevables dans les relations entre les États et les personnes. Il existe un niveau élevé de coopération et dinstitutionnalisation en matière de sécurité et on peut réagir aux menaces à la sécurité grâce à des ressources importantes, à une flexibilité et à de bons mécanismes de gestion des conflits. Dans les « zones de troubles » règnent linstabilité et la pauvreté; la violence et les préjudices font partie de la vie de la majorité. Les questions de sécurité exacerbent les divisions et les clivages entre les États et les personnes, et il existe une forte méfiance et peu de coopération en matière de sécurité. On manque de ressources pour répondre aux problèmes existants, et à plus forte raison aux nouveaux, et les mécanismes de gestion des conflits sont faibles ou inexistants. Les « zones de troubles » sont les foyers des « urgences humanitaires complexes » auxquelles est confrontée lONU. Les désaccords conceptuels dans létude
et lanalyse de la sécurité compliquent encore plus les
choses. Bien quà peu près tous les observateurs de la
politique internationale conviennent que le problème de la
sécurité internationale a beaucoup changé au cours des dix
dernières années, cest peut-être le seul point sur
lequel ils unanimes. Aucun paradigme ou cadre théorique ne fait
consensus pour orienter les questions, fixer les priorités ou
évaluer les solutions. Par conséquent, on ne sentend
même pas sur le sens du terme « sécurité ». Dans
lapproche traditionnelle, on définit la sécurité dans le
contexte du système dÉtat westphalien : la
sécurité est une protection politique et militaire contre les
menaces externes aux frontières et à la souveraineté interne
dun État. Pour ces Les nouveaux enjeux de la sécurité et les Nations Unies La dimension de plus en plus humanitaire de la guerre. Dans ses recherches sur la fréquence des guerres, Jack S. Levy a découvert que la fréquence des guerres a diminué de façon constante depuis le XVIe siècle, avec toutefois une légère hausse au XXe siècle7 . Laugmentation du caractère destructeur de la guerre est une autre tendance notable, surtout si on compte le nombre de victimes. Depuis 1500, il y a eu 589 guerres dans le monde, guerres qui ont fait 141 901 000 morts. Dans le présent siècle, quatre fois plus de personnes sont mortes en raison de la guerre que dans toutes les guerres des 400 années précédentes réunies8 . Le caractère destructeur de la guerre, en termes de victimes, a augmenté depuis 1945; plus de 23 000 000 de personnes sont mortes directement à cause de la guerre, et ce nombre dépasse les 40 000 000 lorsque lon compte les décès attribuables à la guerre9 . De plus en plus, les victimes sont des civils. Au cours de la Première Guerre mondiale, 15 p. 100 des victimes étaient des civils. Dans la Seconde Guerre mondiale, ce pourcentage est passé à 65 p. 100 (en comptant les victimes de lholocauste). Lors de la Guerre de Corée, cinq civils perdaient la vie pour chaque soldat au combat; au Viêt-nam, treize civils perdaient la vie pour chaque combattant. Dans les guerres survenues après 1945, plus de 90 p. 100 des victimes ont été des civils10 . Le nombre de victimes dans les populations civiles se reflète aussi dans la crise de plus en plus grave des réfugiés, crise provoquée par les conflits militaires : en 1951, on dénombrait 1 250 000 réfugiés dans le monde, il y en avait 2 800 000 en 1976, 19 000 000 en 1994 et 27 000 000 en 199511 . La dimension humanitaire croissante de la guerre résulte en partie du caractère de plus en plus destructeur des armes modernes; toutefois, dans la plupart des conflits armés de laprès-guerre froide, la grande majorité des pertes de vie humaine ont été causées par des armes légères moins sophistiquées et des mines terrestres. Les pertes de vie humaines et les mouvements de réfugiés sexpliquent par la vulnérabilité des civils dans les conflits intra-étatiques (où ils sont souvent des cibles visées) et par leffet cumulatif de la guerre sur la famine, la sécheresse, la pauvreté et léquilibre fragile entre la survie et les conditions naturelles invivables des régions pauvres et déchirées par les conflits. LONU a réagi à cette dimension humanitaire tout au long de son histoire, mais dans lère de laprès-guerre froide, de nombreux efforts de lONU (par exemple en Somalie et en Yougoslavie) ont été motivés, du moins au début, par un désir datténuer la souffrance humaine. Ces efforts ont été en partie alimentés par « leffet CNN » : la réaction émotive des populations aux images télédiffusées exerçant une pression qui pousse les gouvernements à agir. Laugmentation des conflits intra-étatiques. Après la Seconde Guerre mondiale, il y a eu 187 guerres dans le système international. De ce nombre, 129 (69 p. 100) étaient des conflits internes et intra-étatiques (voir le tableau 1). Il ny a eu aucune guerre interétatique dans le système international en 1997. Cela représente un phénomène notable dans lévolution de la guerre, phénomène qui remet en question les conceptions prédominantes sur la relation entre la sécurité et lÉtat. En effet, comme nous lavons vu précédemment, les conceptions « traditionnelles » de la sécurité et de la guerre définissent les menaces comme étant extérieures aux limites territoriales dun État. Toutefois, selon Kalevi Holsti, la source principale de la guerre depuis cinquante ans réside dans lexistence dÉtats faibles et déchus. Les régions peuplées par des États forts sont de façon générale paisibles alors que les régions peuplées par des États faibles et déchus, où règne lanarchie, sont propices à la guerre12 . Les origines de ce phénomène reposent sur lhéritage laissé par leffondrement du colonialisme et des empires multinationaux. Cela a mené à la création de nouveaux États indépendants dont le découpage territorial manque de logique. Les conflits qui ont éclaté en Afrique, au Moyen-Orient, en ex-Yougoslavie et dans lex-Union soviétique témoignent, à différents degrés, de cet héritage. Dans bon nombre de ces États, les menaces à la sécurité de lÉtat ne viennent pas de létranger; ce sont des menaces internes comme la sédition ou les mouvements séparatistes. La diversité laissée en héritage par la domination coloniale est maintenant une menace à lunité de nombreux États. Cest ainsi les principes de souveraineté et dintégrité des frontières et le principe dautodétermination sopposent. On cherche à encourager lunité en faisant la promotion de la loyauté à lÉtat plutôt quà la nation en faisant référence à des concepts d« union nationale ». Toutefois, ces efforts créent des menaces pour certaines collectivités (qui voient leur mode de vie compromis), ce qui favorise les conflits entre lÉtat et les groupes nationaux qui y vivent. Pour les gouvernements de ces États, la sécurité se définit donc en termes de menaces à lautorité, et les forces militaires et paramilitaires cherchent à supprimer ces menaces qui visent le régime au pouvoir plutôt que la sécurité des frontières ou à la souveraineté de lÉtat. La persistance des conflits interétatiques. Bien que la fréquence des conflits intra-étatiques soit un élément essentiel à la compréhension de la situation contemporaine, le conflit interétatique traditionnel constitue toujours une source fondamentale de guerre et de tension dans le système international. Malgré le fait que 69 p. 100 des guerres ont été internes depuis 1945, il nen reste pas moins que 58 guerres internationales ont eu lieu depuis la Deuxième Guerre mondiale. Ce qui est remarquable dans les tendances des guerres interétatiques, cest lendroit où ont lieu ces conflits. Il ny a pas eu de guerre entre les grandes puissances, bien quelles aient participé à certaines guerres (Corée, Viêt-nam, Malouines, Guerre du Golfe). Les guerres ont eu lieu dans de petits pays ou dans des régions géographiques circonscrites. Il ny a eu aucune guerre interétatique en Amérique du Nord (depuis 1913-1915), en Europe de lOuest (depuis 1945) ni en Amérique du Sud (depuis 1941, sauf la guerre des Malouines entre lArgentine et la Grande-Bretagne). Par contre, les guerres interétatiques ont été plus fréquentes et destructrices dans dautres régions, surtout au Moyen-Orient et en Asie (voir le tableau 1). De plus, il existe toujours des menaces de guerres interétatiques permanentes : Inde-Pakistan, archipels de Spratly et Paracels (Chine, Viêt-nam, Malaisie, Brunei, Philippines), Chine-Taiwan, Israël-Syrie, Corée du Nord-Corée du Sud, Pérou-Équateur, Grèce-Turquie (Égée-Chypre), Arménie-Azerbaïdjan. De plus, les États continuent davoir recours à la force militaire par lintervention musclée et par la diplomatie coercitive; entre 1945 et 1991, on a dénombré 690 cas dintervention militaire directe dans le monde13 . Enfin, létat de préparation militaire demeure un facteur déterminant dans la sécurité dun État. La diminution des ressources financières consacrées aux fins militaires est encourageante. Depuis la fin de la guerre froide, il y a une tendance à la baisse dans les dépenses militaires mondiales. Ainsi, en 1994, les dépenses militaires mondiales atteignaient 840 milliards de dollars américains, le montant le moins élevé depuis 1966, représentant une baisse de 35 p. 100 par rapport au sommet de 1 300 milliards de dollars atteint en 1987. Toutefois, la majeure partie de cette réduction vient des compressions draconiennes des dépenses militaires de lEurope de lEst et de lex-Union soviétique14 . Limportance de lorigine ethnique dans les conflits. Lorigine ethnique est une des sources majeures de conflits dans le système international de laprès-guerre froide; en 1994, elle était un facteur déterminant dans 28 des 31 conflits armés dimportance dans le monde15 . Les violents conflits ethniques qui ont éclaté en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, au Libéria, au Sri Lanka et au Rwanda sont des exemples concrets de conflits ethniques internes. Il serait tentant dexpliquer ces conflits par une seule cause comme lhistoire ou la haine. Or, dans la plupart des cas, de nombreux facteurs sont à la base de ces conflits : chefs nationaux qui exploitent le sectarisme ou lintolérance, insatisfaction économique ou politique, recherche dautonomie ou dindépendance, changement social provoqué par lindustrialisation ou la commercialisation, confrontation entre le nationalisme de lÉtat et le nationalisme ethnique, incapacité de lÉtat à maintenir lordre et à empêcher lanarchie. La violence et la brutalité des conflits communautaires contemporains ont choqué et consterné la plupart des observateurs, qui ont constaté un retour en force de la « purification ethnique » et du génocide en politique internationale contemporaine. La purification ethnique se définit par lexpulsion forcée des peuples qui vivent dans une région; puisque les gains territoriaux résultant des guerres ethniques se reflètent dans la composition des peuples qui habitent ce territoire, les campagnes militaires visent dabord à chasser les populations. Un génocide est une extermination délibérée et systématique dune ethnie, dune race ou des membres dun groupe religieux ou national. Samuel Huntington a soulevé la possibilité que lorigine ethnique puisse avoir une influence encore plus forte et plus profonde sur le système international. Selon lui, on peut diviser le monde en huit civilisations, et bien que les États soient toujours les acteurs les plus puissants du système international, la principale source de conflit entre les nations et les groupes demeure la culture. Les guerres éclateront toujours le long des « lignes de faille » où se rencontrent ces civilisations16 . De plus, la mondialisation ne sert quà exacerber les différences et les conflits culturels puisque la diffusion mondiale de la culture et de la puissance occidentales provoque une réaction contre lOccident. Kishore Mahbubani affirme quant à lui que laxe principal des conflits mondiaux futurs pourrait très bien se situer entre la civilisation occidentale et les civilisations non occidentales du monde17 . Le rôle de léconomie comme source de conflit. En tant que question de sécurité internationale, léconomie a une dimension aussi interétatique quintra-étatique qui découle en grande partie de la mondialisation. Il y a toujours eu un lien étroit entre léconomie et la guerre entre les États. Par la guerre, les États pouvaient acquérir des territoires, des ressources naturelles, une population et un potentiel industriel. Durant la guerre, les cibles économiques ont souvent été une priorité. Même lorsquils ne sont pas en guerre au sens militaire, les États sont engagés dans une lutte pour le pouvoir économique. On craint que le système international contemporain ne se dirige vers un avenir marqué par une intense concurrence économique entre les États qui risque de dégénérer en rivalités politiques et militaires, voire en guerre. Depuis la fin de la guerre froide, le pouvoir économique est considéré comme lindice de pouvoir principal dans le monde. Comme laffirme Robert A. Isaac : « Bien que la guerre froide soit terminée, la prépondérance du problème de linsécurité de la quête infinie pour la sécurité ne lest pas. Là où la sécurité militaire est un fait, comme cest le cas dans la plupart des démocraties industrialisées, on a simplement réorienté linsécurité vers les domaines économiques ou psychologiques, les nations cherchant à augmenter leur compétitivité économique et à réduire leur taux de chômage »18 . Les États sont en concurrence pour obtenir un avantage économique parce quils craignent de voir les autres pays réaliser des gains19 . Selon Edward Luttwark, les États sont en concurrence pour obtenir le pouvoir économique et des « rôles désirables » dans léconomie mondiale, comme la suprématie industrielle et le leadership en matière de technologie et à dinformation20 . Léconomie provoque aussi des guerres à lintérieur des États. On remarque une augmentation des disparités dans la richesse et une distribution inégale de la richesse à travers le monde. Des 23 000 milliards de dollars américains de PIB en 1993, 18 000 milliards appartenaient aux économies industrialisées et seulement 5 000 milliards aux pays en développement, ces derniers représentant pourtant 80 p. 100 de la population mondiale. Cette disparité est exacerbée par le fait que bien que la croissance ait été très élevée dans 15 pays du monde et quelle ait fait augmenter les revenus de 1,5 milliard de personnes, 100 pays ont connu des taux de croissance décroissants ou stagnants. De ces États, 70 ont des revenus moyens inférieurs aux revenus de 1980. Dans les populations, les 20 p. 100 les plus pauvres du monde ont vu leur part de revenu global passer de 2,3 à 1,4 p. 100 au cours des trente dernières années, tandis que la part des 20 p. 100 les plus riches passait de 70 à 80 p. 100 au cours de la même période. Cela a doublé le ratio du partage du revenu mondial entre les 20 p. 100 les plus riches et les 20 p. 100 les plus pauvres de 30 pour 1 il y a trente ans à 61 pour 1 aujourdhui21 . Le lien entre ces données économiques sinistres et les conflits est bel et bien réel. Les inégalités mondiales ont eu un effet dévastateur sur la vie des habitants du monde entier. En tout, 1,3 milliard de personnes vivent dans une misère affreuse sans pouvoir répondre à leurs besoins élémentaires en matière dalimentation, de soins de santé, délimination des déchets ou de logement. Associée à des taux élevés de croissance démographique, cette situation engendre des tensions sociales dans maintes régions du monde. Les bidonvilles et les taudis sont des nids où se développent la criminalité, les gangs de rue, le trafic de stupéfiants et les mouvements politiques extrémistes. Le grand (et visible) écart entre riches et pauvres a engendré de nouvelles tensions ou empiré des tensions existantes dans de nombreuses sociétés. La pauvreté et la croissance démographique peuvent aussi exacerber les clivages ethniques, religieux et de classe au sein dune société et ainsi faire éclater ou alimenter des conflits intra-étatiques. Les conditions démographiques dun nombre de plus en plus grand de jeunes adultes, incapables de trouver du travail ou de faire vivre leur famille, engendreront une agitation intérieure ainsi quune migration à lintérieur ou à lextérieur des États. La dégradation de lenvironnement et les conflits internationaux.Tout comme les conflits économiques, la dégradation de lenvironnement possède une dimension interétatique et intra-étatique. Il y a toujours eu un lien étroit entre la rareté des ressources, les conflits interétatiques et la guerre, et ce lien a été très évident tout au long du XXe siècle. Une étude portant sur douze conflits du XXe siècle révèle que laccès au pétrole ou aux minéraux stratégiques était en cause dans dix de ces conflits et que cinq dentre eux portaient sur les terres agricoles ou le poisson22 . Dans le système international contemporain, le différend au sujet des archipels de Spratly et Paracels dans la mer de Chine méridionale pourrait dégénérer en conflit interétatique au sujet du droit dexploiter les gisements de pétrole et de minéraux dans le fond marin. Leau pourrait aussi devenir une cause de plus en plus importante des conflits interétatiques. Comme lexplique Peter H. Gleick, « leau et les réseaux dapprovisionnement en eau deviendront de plus en plus les objectifs des actions militaires et des instruments de guerre en raison de la croissance démographique, de lamélioration du niveau de vie, qui augmente la demande en eau potable, et des changements climatiques mondiaux, qui rendent lalimentation en eau et la demande plus problématiques et incertaines »23 . La menace de la guerre au sujet de leau est plus intense dans les régions arides, où les ressources en eau (lacs, rivières, nappes aquifères) sont contrôlées par des États ayant un passé de relations antagonistes. Les exemples les plus frappants sont le Moyen-Orient (surtout les vallées du Nil et du Jourdain), lAsie centrale et lAsie du sud24 . En plus de causer des conflits et des guerres
entre les États, la dégradation de lenvironnement et la
rareté des ressources risquent de provoquer des bouleversements
politiques, une instabilité sociale et des guerres à
lintérieur des États. Tout comme les États, les groupes
communautaires peuvent parfois se battre violemment pour le
contrôle des ressources vitales. Dans ces cas, la dégradation
de lenvironnement et la rareté des ressources contribuent
à augmenter la privation économique. Selon Thomas Homer-Dixon,
« un fossé de plus en plus grand entre les capacités de
lÉtat et les demandes qui lui sont faites, de même que
les interventions économiques inaptes quentraînent
souvent cet écart, provoquent et aggravent souvent les
réclamations du peuple et de lélite, augmentent la
rivalité entre les factions de lélite et minent la
légitimité de lÉtat »25 . Il en résulte
lérosion et leffondrement de lordre social à
mesure que lÉtat se désintègre lentement ou rapidement
pendant que les différents groupes et factions se battent pour
garder le peu quil leur reste. Tout ceci se produit dans
les régions du monde les moins bien préparées pour faire face à de telles crises ou
pour les gérer de façon efficace26 .
Dans ces conditions, la réaction naturelle des populations est
de fuir pour échapper à la violence de la guerre ou au
dénuement économique. Les conflits liés à
lenvironnement peuvent ainsi créer dimportants
mouvements de réfugiés. Ces mouvements entraînent parfois des
conflits entre les peuples migrants et les peuples qui les
reçoivent. Cest le cas aussi bien des réfugiés
internationaux (ceux qui traversent les frontières du pays) que
des réfugiés déplacés à lintérieur du pays (ceux qui
fuient une région pour une autre dans le même pays). Comme
laffirme Nazli Choucri, « les masses de personnes
déracinées de force [...] peuvent devenir un élément clé
dans la dynamique de rétroaction mortelle entre la dégradation de
lenvironnement et les conflits violents »27 . On
peut trouver certains des exemples les plus graves du lien entre
la dégradation de lenvironnement, la rareté des
ressources et le dénuement économique en Afrique. Selon Bukar
Shaib, de la Commission mondiale de lenvironnement, les
crises africaines ont une origine essentiellement
environnementale : Les menaces transfrontalières et la mondialisation. Les problèmes de sécurité auxquels lONU doit faire face comprennent des inquiétudes relatives à la sécurité transfrontalière, inquiétudes alimentées par les progrès de la mondialisation. On pense entre autres à la prolifération des armes. Dans le système international contemporain, la propagation horizontale des armes de destruction massive (armes nucléaires, chimiques et biologiques) est le problème le plus préoccupant. Il en va de même de la multiplication des armes classiques, qui comprennent différents systèmes darmes tels les avions à voilure fixe ou tournante, les navires de guerre, les missiles et les véhicules blindés, ainsi que des armes individuelles plus petites comme les fusils dassaut et les mines terrestres. La prolifération des armes est cause danxiété puisque les courses aux armements régionales risquent dexacerber les tensions existantes ou daccroître la méfiance et lhostilité. De plus, si une guerre venait à éclater, les parties seraient équipées darmes extrêmement destructrices. Les groupes sous-étatiques, comme les organisations terroristes, soulèvent aussi des inquiétudes puisquils acquièrent des armes de plus en plus sophistiquées. La limitation de la propagation des armes est par conséquent considérée comme une contribution importante à la prévention de la guerre et à la réduction du degré de violence des guerres futures. Le terrorisme international est toujours une préoccupation. Toutefois, le nombre dincidents terroristes internationaux nest pas à la hausse. Les activités terroristes internationales ont connu leur paroxysme dans les années 80, atteignant 665 incidents en 1987. Ce nombre a ensuite diminué dans les années 90 pour descendre à 296 en 1996, le nombre le plus faible en vingt-cinq ans30 . Néanmoins, les incidents terroristes ont tendance à être spectaculaires et très publicisés, et par conséquent, les gouvernements sont incités à réagir et à faire des gains tangibles dans la lutte au terrorisme international en raison de lindignation du public. En fait, il faut se demander si le terrorisme international mérite toute lattention quil suscite. Sans minimiser leffet quun acte terroriste peut avoir sur une personne, on peut douter du fait que cela représente une menace importante à la sécurité nationale et internationale comparativement à dautres questions de sécurité31 . Dun autre côté, on peut sinquiéter de voir le terrorisme non réprimé se répandre, ce qui minerait les normes démocratiques et les droits individuels, provoquerait des actions autoritaires des gouvernements et créerait une impression de désordre et de vulnérabilité. Traditionnellement, le crime organisé était perçu comme un problème politique intérieur pour les sociétés et les gouvernements. Bien que ce soit toujours le cas en grande partie, les activités criminelles sinternationalisent. Lors du sommet tenu à Halifax en 1995, les pays du G-7 ont affirmé que le crime organisé transnational représentait une menace à leur sécurité32 . Aujourdhui, ce problème est considéré comme une question de sécurité internationale grave en raison de son ampleur (la valeur au détail du commerce mondial de la drogue est évaluée entre 180 et 300 milliards de dollars américains par année)33 , de son expansion dans léconomie mondiale (le crime organisé sest infiltré dans les milieux internationaux des banques, des placements, de la finance et du commerce), et de la menace quil pose à lautorité des gouvernements et à léconomie ouverte (en Italie, la mafia a commis des assassinats et à des attentats à la bombe pour intimider le gouvernement et les autorités policières; en Russie, le crime organisé représente la majeure partie de lactivité économique, activité qui échappe aux lois et aux règles fiscales édictées par le gouvernement). Linternationalisation de la criminalité et la communication et la coopération de plus en plus grandes entre les syndicats du crime organisé ont été facilités par la croissance de linterdépendance mondiale. Linstauration des zones de libre-échange et des unions douanières (surtout en Amérique du Nord et en Europe) a rendu plus facile la circulation des produits et services criminels entre les frontières. Laffaiblissement de lautorité de lÉtat dans de nombreux pays a atténué laptitude de la police et des systèmes judiciaires à lutter contre le crime organisé. Dans dautres cas, il y a une étroite relation entre le gouvernement et le crime organisé. Le problème contemporain de la sécurité et la gestion des conflits par l'ONU : faaire face aux défis Notre analyse du problème contemporain de la sécurité internationale montre lampleur des défis auxquels est confrontée lONU. La mondialisation, les États déchus et la fin de la guerre froide ont alimenté ou exacerbé nombre des facteurs déterminants de la guerre et créé de nouveaux défis. Comme laffirme Michael T. Klare, la nouvelle « cartographie » de la sécurité doit faire entre en ligne de compte les facteurs économiques, démographiques et environnementaux34 . Il faut ajouter à ces facteurs une multitude de questions transfrontalières allant de la migration au crime organisé. On ne peut plus se représenter la sécurité seulement en termes de sécurité de lÉtat. Le cadre du système de lÉtat est toujours essentiel à titre de variable explicative et de toile de fond aux efforts déployés par les États pour intervenir face aux questions de sécurité internationale. Toutefois, la capacité de comprendre et de résoudre ces questions dépend de plus en plus de la mesure dans laquelle leffet dautres processus et dautres acteurs sera compris et pris en compte. Dès que les questions de sécurité sont conceptualisées en termes de dynamique intra-étatique et transfrontalière, les anciens mécanismes de gestion des conflits perdent leur importance et leur pertinence. Il faut donc adopter de nouveaux mécanismes ou adapter les anciens capables de réduire les clivages au sein des pays et entre les pays. La tâche qui attend lONU sera daméliorer sa capacité à prévenir les conflits, à gérer ceux qui éclatent malgré tout et à contribuer à la résolution des conflits et à la consolidation de la paix. Cette dernière étape est aussi importante que les autres puisque la consolidation de paix est une forme de prévention des conflits. La nature intra-étatique de la grande majorité des conflits mondiaux contemporains a mis à lépreuve les engagements de lONU visant à respecter la souveraineté et lintégrité des frontières. La réponse instinctive de lONU (et des gouvernements du monde entier) aux États déchus a été de préserver lintégrité territoriale de lÉtat. Bien que cela soit compréhensible dans la mesure où lon veut éviter un redécoupage général des frontières internationales, lONU devait dans certains cas essayer de forger un État en labsence des conditions préalables essentielles à cette entreprise (comme la volonté des parties daller dans ce sens). Le phénomène des États déchus a amené lONU à déployer des efforts « dédification de la paix » ou « de reconstruction nationale » visant à assurer la viabilité dun État faible ou déchu. Ces efforts comprennent la promotion délections, la création dinstitutions politiques, lentraînement des forces policières, la restructuration des systèmes judiciaires, le désarmement des belligérants, le rapatriement des personnes déplacées et lapport dune aide administrative. Ces efforts sont fondés sur la prémisse que la libéralisation politique et économique (démocratie et économie libérale) favorisent la stabilité et la paix. Toutefois, certains signes révèlent que lédification de la paix souffre de failles conceptuelles. La libéralisation politique peut renforcer et ancrer les différends politiques et diviser les gens. La libéralisation économique peut accroître les inégalités et créer des ratés économiques. Ces deux tendances minent la réconciliation nationale nécessaire à une réussite à long terme.35 De plus, les inquiétudes des États participants au sujet des « stratégies de sortie » et la peur de vivre des impasses a mené à ladoption déchéanciers opérationnels trop courts. Le succès peut exiger des engagements à long terme de dix ans ou plus afin de maintenir lintégrité et la gestion de leffort de reconstruction. Dans des cas particulièrement difficiles (Somalie et Bosnie), lONU devra peut-être envisager des solutions de rechange à lédification de la paix, dont la coopération avec des dirigeants plus autoritaires capables de mettre en uvre des ententes et la rédaction daccords de paix qui ratifient la désintégration ou la partition ethnique des États. Ensemble, la purification ethnique, les génocides, et la souffrance humaine causée par la guerre ont été à lorigine des efforts contemporains de mise en place de doctrines et de capacités dintervention humanitaire pour le système onusien. Dans ce domaine, lONU a protégé la livraison dapprovisionnement de secours, géré les populations de réfugiés et créé des « zones de sécurité ». Toutefois, la pratique de lintervention humanitaire nest pas encourageante. Sans nier à quel point ces efforts peuvent effectivement soulager la souffrance, les motifs humanitaires ont poussé lONU à déployer des efforts de secours durant des hostilités ou des cessez-le feu fragiles. Dans ces conditions, le personnel de lONU court de grands dangers, il est difficile de rester impartial et il est presque impossible de calibrer les mandats et les règles dengagement dans lutilisation de la force. Les défis aux activités de lONU ont montré labsence dune action solide derrière les efforts humanitaires, un manque de crédibilité qui a atteint un point culminant lorsque les zones de sécurité de lONU sont tombées en Bosnie. Lexpérience malheureuse en Somalie a entraîné la faible mobilisation au Rwanda au moment précis où une intervention humanitaire relativement ferme aurait pu sauver des milliers de vies. Les efforts visant à mettre en place une doctrine générale et quasi universelle en matière dintervention humanitaire sont probablement voués à léchec en raison du désaccord généralisé des membres de lONU quant au bien-fondé et à la teneur dune telle doctrine36 . En matière de sécurité, les conflits liés à la mondialisation noffriront aucun repos à lONU. Au contraire, la mondialisation créera des occasions de conflits et rendra plus difficiles les efforts de gestion liés aux nombreuses questions de sécurité transfrontalières dont nous venons de parler. Il y a deux façons de voir la mondialisation. Selon la première, la mondialisation et linterdépendance économique créent un monde moins propice aux conflits : les gens qui sont rassemblés et les économies qui sont liées ensemble créent des liens réciproques forts et des avantages qui seraient détruits par la guerre. Dans lautre, on souligne que linterdépendance engendre la vulnérabilité. Dans la mesure où cette vulnérabilité représente une menace à la sécurité des États et des personnes, la mondialisation risque de causer des conflits, voire une guerre. Pour agir sur les questions de sécurité interétatiques et transfrontalières, il devra y avoir un lien plus fort entre lONU et les mécanismes régionaux de gestion des conflits et dinstauration de la confiance, en particulier la mise en place dinstitutions régionales et daccords de contrôle des armes. Ces accords favoriseront la coopération en matière de politique et de sécurité en vue de prévenir ou de réduire les conflits et instaureront une collaboration pour les problèmes de sécurité transfrontalière comme la prolifération des armes, le terrorisme et la criminalité. Nous navons pas pour but ici de formuler des suggestions détaillées de changement pour le système onusien; cela a déjà été fait dans des études beaucoup plus complètes37 . Toutefois, il est bon de mentionner certaines orientations générales portant sur les thèmes plus vastes abordés dans le présent document : Prévention des conflits :Les origines et les dynamiques intra-étatiques des derniers conflits rappellent le besoin de délaisser quelque peu les méthodes traditionnelles de prévention (diplomatie, organisations internationales) pour sefforcer plutôt datténuer les pressions démographiques, économiques et environnementales qui causent linstabilité et les conflits. Ainsi, les efforts de développement devraient porter sur les besoins humains fondamentaux et la création de filets de sécurité sociale locaux et nationaux. Il faut encourager les gouvernements à promouvoir les débouchés économiques et scolaires et à respecter les droits des minorités et lautorité locale. Les mesures de développement visant les femmes et les enfants renforceront la stabilité et la vigueur des communautés. La réduction des budgets consacrés à laide internationale détruit les instruments les plus fondamentaux de prévention des conflits, mais la réaffectation des fonds et la coopération avec les organisations non gouvernementales devraient réussir à atténuer certaines des conditions propices aux conflits. Gestion des conflits :LONU doit continuer de prendre des mesures pour développer sa capacité à répondre plus rapidement aux situations de crise. Il faudrait accélérer la mise en place de mécanismes dalerte rapide et la planification générale des cas durgence. On pourrait détecter plus tôt les indicateurs de conflits imminents (« éléments déclencheurs ») : multiplication des violations des droits de la personne, rhétorique incendiaire dans les médias, mépris des procédures institutionnelles ou légales de changement de gouvernement, prolifération des armements, répression politique et économique des groupes dissidents. Une équipe dalerte rapide pourrait surveiller ces événements et faire rapport régulièrement au secrétaire général. Certains indicateurs entraîneraient une mobilisation automatique de lONU et du Conseil de sécurité pour favoriser une action préventive rapide, avec laccord du Conseil de sécurité. On pourrait avoir recours à la diplomatie préventive, aux mesures économiques (sanctions ou incitations) et à des déploiements préventifs. LONU doit aussi prévoir les exigences opérationnelles qui lui permettraient de réagir rapidement en sinspirant des suggestions du Canada. Résolution des conflits et consolidation de la paix Le succès des efforts de gestion des conflits de lONU dépendra en grande partie de sa capacité à adapter ces efforts aux circonstances précises de chaque cas. À cette fin, lONU doit continuer de coordonner les organisations militaires, politiques et non gouvernementales. Plus précisément, lONU doit assurer une continuité entre les efforts de secours humanitaire et le développement à long terme, en commençant par une coordination plus étroite des équipes responsables au sein du système onusien. LONU doit aussi mettre sur pied des organisations locales qui peuvent rebâtir la société civile et créer des modèles de coopération et des instruments de gestion des conflits qui bâtiront la paix à long terme et ouvriront la voie au pays hôte pour quil assume la responsabilité de la gouvernance et du bien-être. Conclusions LONU a prouvé quelle est capable de sadapter à des paramètres de sécurité en évolution. Une coopération accrue entre les grandes puissances au Conseil de sécurité lui a permis de chercher à prendre des moyens pour sadapter aux nouveaux problèmes de sécurité. La loyauté absolue au concept de la souveraineté sest amoindrie en faveur des réponses internationales aux crises humanitaires38 . LONU a cherché à élargir sa coopération avec les organisations régionales en vue de leur permettre dassumer un rôle plus grand dans la gestion de conflits. Le mode « traditionnel » de maintien de la paix sest adapté pour comprendre de nouveaux rôles et de nouvelles tâches nécessaires pour répondre aux urgences complexes. En réponse aux crimes de guerre et au génocide, lONU a mis sur pied des tribunaux internationaux de guerre pour lex-Yougoslavie et le Rwanda. La réforme du Département des opérations de maintien de la paix et du Département des affaires humanitaires a rendu ces équipes plus efficaces. On continue de prendre des moyens pour créer une capacité de réaction plus rapide. On remarque de plus une amélioration de la communication et de la coordination avec les organisations non gouvernementales. Bref, des progrès ont été accomplis pour sadapter au paradoxe de la gestion des conflits contemporains et réagir aux conflits internes et aux questions de sécurité internationale au moyen dune organisation composée dÉtats. Il serait malheureux que lONU sen tienne strictement à linterprétation « traditionnelle » du maintien de la paix dans ses efforts de gestion des conflits futurs39 . Bien que le maintien de la paix « traditionnel » ait toujours un rôle important dans le « coffre à outils » de lONU, il sagit dune vision excessivement restreinte du rôle que lorganisation pourrait jouer dans le monde. Néanmoins, malgré les progrès réalisés grâce aux dures leçons de 1992-1995 (qui ont gravement miné la crédibilité de lONU), lONU devra continuer de faire beaucoup defforts si elle veut répondre de façon plus efficace aux problèmes de sécurité de lavenir. Allen Sens est professeur de science politique à la University of British Columbia, à Vancouver, et agrégé de recherche à lInstitute of International Relations. Il sintéresse entre autres à la sécurité européenne, au maintien de la paix et à la politique étrangère canadienne. 1 Boutros Boutros-Ghali, Agenda pour la paix, New York, Nations Unies, 1995, pp. 39, 69. [retour] 2 Voir John Ruggie, « The United Nations and the Collective Use of Force: Whither or Whether? » International Peacekeeping, vol. 3, n° 4 (hiver 1996), pp. 1-20.[retour] 3 Terminologie empruntée à Ferdinand Braudel, The Structures of Everyday Life: The Limits of the Possible. Vol. 1, New York, Harper and Row, 1981. [retour] 4 Voir Max Singer et Aaron Wildarsky, The Real World Order: Zones of Peace/Zones of Turmoil, Chatham, N.J., Chatham House, 1993.[retour] 5 Voir, par exemple, Independent Commission on Disarmament and Security Issues, Common Security: A Blueprint for Survival, New York, Simon and Schuster, 1982; Jessica Matthews, « Redefining Security », Foreign Affairs 68 (printemps 1989), pp. 162-177; et Barry Buzan, People, States, and Fear, 2e éd., Boulder, CO, Lynne Rienner, 1991.[retour] 6 Voir le Rapport mondial sur le développement humain 1994 de lONU, New York, Nations Unies, 1994. [retour] 7 Jack S. Levy, War in the Modern Great Power System, 1496-1975, Lexington, University Press of Kentucky, 1983, p. 117.[retour] 8 Ruth Leger Sivard, World Military and Social Expenditures, 1991, Washington, D.C., World Priorities, 1991, p. 20. [retour] 9 Lire Hal Kane, The Hour of Departure: Forces that Create Refugees and Migrants, Washington, D.C., Worldwatch Institute, 1995, pp. 18-19. [retour] 10 Lire G. Strada, « The Horror of Landmines », Scientific American (mai 1996), p. 40; Rapport mondial sur le développement humain 1995 de lONU, New York, Nations Unies, 1995, p. 45; et James F. Dunnigan et Albert A. Nofi, Dirty Little Secrets: Military Information Youre Not Supposed to Know, New York, William and Morrow, 1990, p. 199. [retour] 11 Voir Paul Lewis, « UN Hopes Number of Refugees Falls », New York Times (20 mars 1994), p. 11; et Rapport mondial sur le développement humain 1995 de lONU, p. 14.[retour] 12 Kalevi J. Holsti, « War, Peace, and the State of the State », International Political Science Review, vol. 16, n° 4 (1995), p. 319. [retour] 13 Charles W. Kegley, Jr., et Eugene R. Wittkopf, World Politics: Trend and Transformation, 6e éd., New York, St. Martins Press, 1997, p. 428.[retour] 14 World Military and Expenditures and Arms Transfers, 1995. United States Arms Control and Disarmament Agency (Washington, D.C.: United States Government Printing Office, 1996), pp. 1-2. [retour] 15 Données du Stockholm International Peace Research Institute, citées dans Michael T. Klare, « Redefining Security: The New Global Schisms », Current History 95, novembre 1996, p. 356. [retour] 16 Samuel P. Huntington, « The Clash of Civilisations? », Foreign Affairs 72, été 1993, p. 22[retour] 17Kishore Mahbubani, « The West and the Rest », The National Interest, été 1992, pp. 3-13.[retour] 18 Robert A. Isaac, Managing World Economic Change: International Political Economy. 2e éd., Englewood Cliffs, N.J., Prentice Hall, 1995, p. 30.[retour] 19 Voir Michael Mastanduno, « Do Relative Gains Matter? Americas Response to Japanese Industrial Policy », International Security 16, été 1991, p. 78, et Joseph M. Grieco, « Anarchy and the Limits of Cooperation: A Realist critique of the Newest Liberal Institutionalism », dans Charles W. Kegley Jr. (dir.), Controversies in International Relations Theory: Realism and the Neoliberal Challenge, New York, St. Martins Press, 1995, pp. 151-171. [retour] 20 Edward Luttwak, « The Coming Global War For Economic Power », The International Economy, 7, septembre-octobre 1993, p. 20.[retour] 21 Données du Rapport mondial sur le développement humain 1996, New York, Oxford University Press, 1996, p. 2.[retour] 22 Arthur Westing (dir.), Global Resources and International Conflict: Environmental Factors in Strategic Policy and Action, Oxford, Oxford University Press, 1986, pp. 204-210.[retour] 23 Peter H. Gleick, « Water and Conflict: Fresh water Resources and International Security », International Security 18, été 1993, p. 79.[retour] 24 Lire Thomas Naff et Ruth Matson, Water in the Middle East: Conflict or Cooperation?, Boulder, Westview Press, 1984, et Miriam R. Lowi, « Bridging the Divide: Transboundary Resource Disputes and the Case of West Bank Water », International Security, 18, été 1993, pp. 113-138.[retour] 25 Homer-Dixon, « Environmental Scarcities and Violent Conflict », p. 25.[retour] 26 Voir Paul Kennedy, Preparing for the Twenty-First Century, New York, Random House, 1993.[retour] 27 Nazli Choucri, « Environment, Development, and International Assistance: Crucial Linkages », dans Sheryl J. Brown et Kimber M. Schraub (dir.), Resolving Third World Conflict: Challenges for a New Era, Washington, D.C., United States Institute of Peace Press, 1992, p. 101. [retour] 28 Cité dans F. Akpan, « Environment and Development », APRI Newsletter, 5, septembre-octobre 1990, p. 18.[retour] 29 Voir Robert Kaplan, « The Coming Anarchy », The Atlantic Monthly, février 1994, pp. 44-76.[retour] 30 Patterns of Global Terrorism, 1996, Washington, DC, United States Department of State, 1997[retour] 31 Voir J. Simon, « Misunderstanding Terrorism », Foreign Policy, été, pp. 104-120.[retour] 32 Robert Chote et Peter Norman, « Leaders Zero in on Crime and Nuclear Safety », Financial Times, 19 juin 1995, p. 5.[retour] 33 P. Williams, « Transnational Criminal Organizations: Strategic Alliances », The Washington Quarterly 18, 1994, pp. 57-72.[retour] 35 Roland Paris, « Peacebuilding and the Limits of Liberal Internationalism », International Security 22, automne 1997, pp. 54-89.[retour] 36 Lire Adam Roberts, « Humanitarian Action in War », Adelphi Paper 305, London, Oxford University Press, 1996, p. 30.[retour] 37 Voir, par exemple, Peacemaking and Peacekeeping for the Next Century, Report of the 25th Vienna Seminar, March 2-4, 1995, New York, International Peace Academy, 1995; Commission on Global Governance, Our Global Neighborhood, New York, Oxford University Press, 1995; et Kofi Annan, Rénover lOrganisation des Nations Unies: Un programme de réformes, New York, United Nations, 1997.[retour] 38 Voir Roberts, pp. 19-20.[retour] 39 Quand on parle de maintien de la paix « traditionnel », on fait référence au chapitre 4, qui porte sur les observateurs habilités ou les missions dinterposition qui reposent sur des casques bleus impartiaux et peu armés déployés avec le consentement des belligérants afin dappuyer un accord de paix ou un cessez-le-feu. 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