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Le Canada et l’ONU > Le rôle de Lester B. Pearson dans le FAO et l'ONU

"Le rôle de Lester B. Perason dans la création de l'Organisation pour l'alimentation et
l'agriculture (FAO) et dans d'autres activitiés des Nations Unies". Suite... (5e de 6)

Maintien et rétablissement de la paix

Pearson est convaincu que le Canada a la responsabilité et, en fait, qu'il y va de son intérêt national, de participer activement à toute activité internationale visant à diminuer les risques d'une nouvelle guerre mondiale. Aussi sera-t-il un ardent défenseur du rôle que doit jouer l'ONU dans le maintien de la paix et d'une forte participation canadienne aux opérations de maintien de la paix de l'ONU. Pearson participera aussi activement aux négociations qui mèneront à la création de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) en 1949. Les premiers efforts de résolution de conflits de l'ONU portent la marque distinctive de Pearson et du Canada.

a) Palestine (1947)

En 1947, le Royaume-Uni décide de mettre fin au mandat qu'il exerce sur le territoire palestinien depuis la Première Guerre mondiale. Pearson est élu président de la Commission spéciale des Nations Unies pour la Palestine (CSNUP), créée en mai, pour étudier le conflit naissant en Palestine. Après des débats et des négociations complexes, la CSNUP élabore une résolution selon laquelle la Palestine sera divisée en un État arabe et un État juif adhérant à une union économique, la ville de Jérusalem offrant une liberté de transit. Bien que la majorité des pays, y compris le Canada, appuie la partition assortie d'une union économique, les gouvernements arabes s'y opposent farouchement. Avant de déposer la résolution devant l'AGNU, Pearson déclare que les modalités de mise en œuvre doivent être clairement définies avant l'adoption de tout plan. Il recommande la formation d'un groupe de travail composé de quatre nations pour élaborer un plan de partition visant à s'assurer que le processus serait mis en œuvre de la façon la plus prudente possible. Le 29 novembre 1947, l'AGNU approuve la résolution modifiée qui explicite le plan de partition N8. En reconnaissance de sa contribution, Pearson sera décoré pour sa vaillance par le nouvel État d'Israël.

b) Corée (1950-54)

Lorsque la Corée du Nord envahit la Corée du Sud, le 25 juin 1950, le Conseil de sécurité de l'ONU réagit immédiatement (le jour même) en adoptant une résolution exhortant ses membres à fournir des unités militaires pour repousser l'invasion. À titre de Secrétaire d'État aux Affaires extérieures, Pearson est en mesure de favoriser un accord rapide et une participation du Canada. La contribution canadienne d'un bataillon d'infanterie sera la première d'une série de mesures prises par le Canada en vue de bâtir un système d'unités de réserve de l'ONU visant à appuyer ses décisions de résistance aux agressions.

Toutefois, la Force de l'ONU en Corée se discréditera aux yeux de beaucoup lorsque son commandant, le général MacArthur (É.-U.), en frôlant la frontière de la Mandchourie le long du fleuve Yalu, provoquera la Chine au point de la faire intervenir dans la guerre.

Pearson continue de participer aux activités diplomatiques de l'ONU visant à résoudre le conflit coréen au cours des trois années suivantes. Ainsi, en décembre 1950, il fait partie du comité de trois hommes mis sur pied par Nasrollah Entezam, le président de l'Assemblée générale de l'ONU, qui rédigera une déclaration de principe pour un accord de cessez-le-feu. Plus tard, il tentera de dissuader les États-Unis de présenter une résolution à l'ONU visant à condamner la Chine comme " agresseur ".

Durant son mandat de président de l'Assemblée générale de l'ONU en 1952-1953, Pearson se préoccupe principalement du conflit coréen. Il prend part à des négociations complexes visant à rédiger une résolution sur le rapatriement de prisonniers et à la faire accepter par l'AGNU, ainsi qu'un accord d'armistice qui sera signé le 27 juin 1953. Plus tard, dans une allocution prononcée à l'AGNU à titre de président sortant, Pearson déclarera : " J'espère que nous avons tiré des leçons de l'expérience coréenne. Nous avons appris entre autres que l'action collective contre l'agression peut être efficace, même si elle est incomplète du point de vue de l'organisation, de l'appui et de la participation. La Corée a consacré le principe de l'action collective, mais surtout, elle nous a montré ce qui pourrait se faire si tous les membres des Nations Unies étaient prêts, collectivement, à payer le prix pour rendre une telle action efficace31. "

En tant que chef de la délégation canadienne à l'ONU, il prend part en 1954 à des rencontres supplémentaires visant à conclure un accord politique entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Ce processus échouera, mais les hostilités ouvertes ne reprennent pas et l'impasse militaire se poursuit. Si l'ONU ne réussit pas à obtenir une solution politique durable, elle aura arrêté l'invasion et mis fin aux combats.

c) Résolution " Union pour le maintien de la paix "

Peu de temps après le début de la guerre de Corée, les États-Unis déposent une proposition qui va profondément modifier la capacité de l'ONU à agir comme instrument de paix et de sécurité. Jusqu'à ce jour, le Conseil de sécurité de l'ONU a eu comme rôle principal le maintien de la paix. Toutefois, en raison des droits de veto, sa capacité d'agir peut être bloquée par n'importe quel membre permanent. Les États-Unis proposent donc que l'AGNU (dont les décisions sont prises par consensus majoritaire sans droit de veto) ait le pouvoir d'agir lorsque le Conseil de sécurité ne réussit pas à remplir ses fonctions de préservation de la paix. Qu'elle soit autorisée à se réunir dans un court délai et à recommander une action collective, action qui pourrait comprendre l'utilisation de la force au besoin, si le Conseil de sécurité s'avère incapable de prendre des mesures.

Pearson et le Canada appuient fortement la résolution puisqu'elle revient sur une de leurs premières préoccupations dès la création de l'ONU à San Francisco, soit le problème du veto. À la cinquième session de l'AGNU, Pearson déclare : " Notre délégation a toujours eu pour position que l'Assemblée devrait être une deuxième ligne de défense pour la sécurité des membres de l'ONU. La délégation canadienne salue les propositions des États-Unis, lesquelles permettront, dans les circonstances appropriées, de recourir à l'Assemblée générale en tant qu'instrument d'expression des peuples libres déterminés à résister aux agressions32.

d) Suez (1956)

Sans remonter aux origines complexes du conflit, disons qu'à la fin d'octobre 1956, une trêve fragile au Moyen-Orient entre le nouvel État d'Israël et ses voisins arabes dégénère en guerre. Les Britanniques et les Français, ayant tous deux des intérêts financiers dans le canal de Suez, s'interposent entre l'Égypte et Israël en occupant des points stratégiques le long du canal afin de le garder ouvert. Or, aucun des deux n'a le droit légal de le faire. Les tensions internationales issues de ce qui est rapidement devenu une impasse menaçaient sérieusement l'ordre mondial.

La menace pour le monde est triple : 1) risque de scission au sein du Commonwealth en raison des positions différentes au sujet du geste du Royaume-Uni, 2) désaccord majeur entre les États-Unis et le Royaume-Uni dont la coopération est à la base de l'alliance occidentale, 3) discrédit potentiel de l'ONU si jamais des pays prenaient unilatéralement des mesures militaires alors que le Conseil de sécurité de l'ONU n'ont pas fini d'étudier le conflit initial. Le Canada se trouverait aussi par conséquent dans la situation délicate de se voir forcé de choisir entre les États-Unis et le Royaume-Uni sur une question aussi importante et fondamentale.

Les résolutions de cessez-le-feu présentées au Conseil de sécurité sont rapidement rejetées par le Royaume-Uni et la France, tous deux membres permanents. Par conséquent, les États-Unis saisissent l'Assemblée générale, où il n'y a pas de droit de veto et où d'autres pays, comme le Canada, peuvent déposer des propositions et se prononcer sur une question de sécurité mondiale. Mobilisée par la crise, l'AGNU convoque une session d'urgence le 1er novembre 1956.

Lorsque Pearson arrive à la session de l'AGNU, le débat porte sur une résolution américaine qui demande un cessez-le-feu et le retrait de toutes les forces d'invasion, résolution qui sera finalement acceptée à 64 contre 5, avec 6 abstentionsN9. Le Canada fait partie des pays qui s'abstiennent; or, selon la procédure, Pearson peut expliquer ses motifs.

Il affirme que la résolution américaine est " une proposition modérée exprimée dans des termes raisonnables et objectifs, sans condamnation injuste ou abusive ", mais il ajoute que d'après lui, elle est inadéquate et que c'est la raison pour laquelle le Canada s'est abstenu. " Elle ne prévoit aucune mesure à prendre par les Nations Unies en vue d'un accord de paix, sans lesquelles un cessez-le-feu ne serait au mieux que temporaire. Et qu'arrivera-t-il ensuite, dans six mois? Faudra-t-il tout recommencer? Retournerons-nous au statu quo? Un tel retour ne nous replacerait pas dans une position de sécurité ni même dans une position tolérable; ce serait plutôt un retour à la terreur, au carnage, au conflit, aux incidents, aux attaques et contre-attaques, et en définitive à une nouvelle explosion que l'organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve ne pourrait empêcher et sur lesquels elle ne pourrait peut-être même pas enquêter33. " Il insiste sur le fait qu'un simple cessez-le-feu et un retrait ne sont pas suffisants, qu'il faut prendre des moyens pour surveiller le cessez-le-feu et préparer un règlement politique. Enfin, il émet l'idée selon laquelle la solution serait l'établissement d'une force internationale de police. Bien que ce ne soit pas une idée nouvelle ni une idée entièrement canadienne, l'opportunité, le libellé et le rôle particulier de Pearson à l'ONU jetteront les bases de la création d'une Force d'urgence des Nations Unies. Pearson " a pu le faire parce que les Israéliens l'estimaient; il avait été président de l'Assemblée; il connaissait la moitié des ministres des Affaires étrangères par leur prénom; il avait l'appui des États-Unis; et le ministre Égyptien, Fawzi, pouvait lui parler de façon rationnelle34 " et il connaissait à fond les procédures et politiques de l'AGNU.

Après deux jours d'habiles négociations en coulisses avec des délégués importants et le secrétaire général Dag Hammarskjöld, et après avoir reçu l'approbation du cabinet canadien pour déposer une résolution particulière, Pearson présente la résolution canadienne à la session d'urgence de l'AGNU le 3 novembre 1956, en déclarant : " Il est temps pour l'ONU non seulement d'instituer un cessez-le-feu mais de se rendre sur place et d'en surveiller l'application tout en travaillant à un accord politique35. " La résolution du Canada est acceptée à 57 contre 0, avec 19 absentions (dont la France, le Royaume-Uni et l'URSS). Quelques jours plus tard, la Force d'urgence de l'ONU commandée par le major-général E.L.M. Burns (Canada) est déployée, le Royaume-Uni et la France ordonnent le cessez-le-feu, les forces israéliennes se retirent, le canal est rouvert et une paix temporaire est retrouvée.

En évitant de condamner, d'isoler ou d'opposer les belligérants, Pearson a pu mettre fin à la crise au moyen des Nations Unies en créant une force internationale de police qui pouvait séparer les belligérants, arrêter les combats et permettre au Royaume-Uni et à la France de se retirer de la crise sans trop perdre la face et avant d'être formellement condamnés par l'ONU.

e) Prix Nobel de la paix (1957)

Les réalisations diplomatiques remarquables de Pearson dans le maintien de la paix, et en particulier dans la résolution de la crise du canal de Suez par la création de la Force d'urgence des Nations Unies, seront reconnues et honorées lorsqu'on lui décernera le Prix Nobel de la paix en 1957. Dans son allocution de présentation, le Dr Gunnar Jahn, président du comité Nobel, déclarera : " Le Prix Nobel de la paix n'est pas décerné au politicien ou au secrétaire d'État mais bien à Lester Pearson, l'homme, pour ses qualités personnelles : l'initiative incoercible, la force et la persévérance dont il a fait preuve en essayant de prévenir ou de limiter la guerre et de rétablir la paix dans des situations où une action rapide, délicate et éclairée était nécessaire pour empêcher l'agitation de se propager et de dégénérer en conflagration mondiale ".

Cliquer ici pour lire l'allocution d'acceptation de Pearson, intitulée " The Four Faces of Peace " (en anglais seulement, langue dans laquelle elle a été prononcée).

f) Chypre (1964)

Pendant que Pearson est premier ministre du Canada, des hostilités éclatent à Chypre entre les Chypriotes grecs et turques. L'ONU autorise immédiatement l'envoi d'une force de surveillance pour séparer les belligérants. Le président américain Lyndon Johnson téléphone à Pearson et insiste sur la nécessité que le Canada participe à la force de l'ONU. Pearson demande immédiatement à l'armée canadienne de commencer à préparer les unités aéroportées, mais il doit obtenir l'approbation de la Chambre des Communes avant d'autoriser leur départ. Il dépose sa proposition dès que la Chambre est convoquée et reçoit un consentement unanime. L'arrivée rapide de la force de l'ONU, qui empêchera le conflit de dégénérer en crise, est un exemple frappant du potentiel de l'ONU pour éviter le déclenchement de la guerre.

Commission d'étude du développement international (1968 - 1969)

Presque tout de suite après son retrait de la vie politique canadienne, Pearson est contacté par Robert McNamara, président de la Banque mondiale, qui veut mandater un groupe d'experts indépendants pour mener une étude internationale d'envergure faisant le bilan de l'aide au développement et proposant des façons réalistes de réduire le fossé énorme entre pays riches et pauvres. Ayant posé comme condition qu'il devait pouvoir choisir les commissaires, le personnel, la procédure et la substance de l'enquête, Pearson accepte en août 1968 de présider la Commission d'étude du développement international en affirmant : " J'ai accepté parce que je crois qu'il n'y a pas de problème plus important pour l'avenir du monde36. "

Après des voyages incessants qui lui permettent de tenir de nombreuses rencontres et consultations avec les représentants de plus de 70 nations (autant des pays bénéficiaires que des pays donateurs), Pearson et les sept autres membres de la Commission d'étude publient leur rapport, Vers une action commune pour le développement du tiers-monde, en octobre 1969. Salué comme un ouvrage de référence exemplaire sur l'aide au développement international, le rapport affirme de façon convaincante et détaillée que les pays développés et en développement doivent travailler ensemble pour assurer le développement. Il présente aussi des informations solides et des recommandations qui sont de nature à persuader les pays donateurs de se montrer plus généreux. Le rapport n'aura peut-être pas d'effet directement perceptible sur les politiques des pays développés, mais il offre des munitions aux pays en développement et est encore fréquemment cité dans les débats sur le développement international.

Selon Edward Hamilton, directeur de la permanence de la Commission, Pearson " était le catalyseur grâce auquel le projet a pu être accompli ", et le rapport était " le rapport Pearson, non pas parce qu'il l'avait rédigé mais bien parce qu'il est difficile d'imaginer comment il aurait pu être réalisé sans lui37 ". En effet, au grand dam de Pearson et sans son autorisation, le rapport a été traduit dans plusieurs langues sous le titre de " Rapport Pearson ". Toutefois, " il fut en partie apaisé par l'argument technique valide selon lequel le mot anglais partners est presque impossible à traduire dans d'autres langues38. "

Même après la fin des travaux de la Commission d'étude, Pearson continuera de défendre avec fidélité et persuasion l'aide économique mondiale et la nécessité de placer la distribution, l'équité et l'emploi au centre des stratégies de développement.

Cours et conférences (1969 - 1972)

Durant les dernières années de sa vie, Pearson retournera à sa profession d'enseignant, traitant principalement des grands événements internationaux auxquels il a pris part, et prononçant des conférences sur la nécessité de renforcer l'ONU. Historien de formation, Pearson connaissait la valeur de la recherche historique et l'importance de tirer des leçons du passé et d'enseigner la nécessité de tenir compte des précédents au lieu de se lancer aveuglément dans une entreprise nouvelle. Ses étudiants ont eu l'unique privilège de profiter de l'expérience de Pearson, qui avait connu de l'intérieur la Société des Nations, la création de l'ONU et de ses différents organismes, les dangers de la guerre et la nécessité du maintien de la paix internationale, et de connaître son idéal, selon lequel l'ONU doit s'orienter vers " le progrès économique social et le recul de la pauvreté [...] vers la concrétisation progressive des droits humains et la reconnaissance de la dignité et de la valeur de la personne39. "

En 1969, la British Broadcasting Corporation honorera Pearson en l'invitant à prononcer les conférences annuelles et exclusives appelées Reith Lectures, série de six émissions de radio de 30 minutes. Grâce à ces émissions, Pearson a pu rejoindre un vaste auditoire pour exprimer ses convictions au sujet de la paix mondiale et de l'aptitude des Nations Unies de la réaliser. Soulignant que le nationalisme immodéré est l'obstacle le plus grand à l'émergence d'une communauté pacifique, et que les pays en développement ont besoin de la coopération et de l'aide économique mondiales, il propose des réformes visant à améliorer l'efficacité de l'ONU. " Nous devons appliquer la science et l'art de la politique aux affaires de la communauté internationale avec le même engagement personnel profond que nous le faisons pour les affaires intérieures. Il faut cultiver des idéaux internationaux, formuler des politiques internationales, renforcer les institutions internationales, et surtout les Nations Unies, de façon à ce que la paix et le progrès puissent être protégés dans la famille de l'homme40. "

La clé du succès de Pearson aux Nations Unies

Geoffrey Pearson, fils de Lester B. Pearson, a écrit : " Le succès en diplomatie, comme le succès en politique en général, [...] dépend de trois facteurs principaux : le moment, l'expérience et la personnalité. Si le moment n'offre aucun défi, ou au contraire, si les événements du moment sont plus forts que les hommes d'État, le résultat de la diplomatie restera dans l'ombre. Dans toute profession, une personne sans expérience est désavantagée, et si une personne donne une mauvaise impression à ses amis ou à ses adversaires, son expérience ne lui sera pas d'un grand secours. Pearson a eu du succès sur ces trois points... Il y avait vraiment un " nouvel ordre mondial " à créer dans les années qui ont suivi la guerre, et c'est à Washington, où il a été affecté de 1942 à 1946, que cette œuvre a débuté. Cependant, bien que l'époque et le hasard aient été favorables à Pearson, c'était à lui de les exploiter. C'est ce qu'il a fait, en profitant de la place nouvellement acquise par le Canada sur la scène internationale grâce à son effort de guerre et en cultivant des relations solides et durables avec les hommes d'État de son époque41. "

On a beaucoup écrit sur l'expérience de Pearson, sa carrière, ses talents et la coïncidence de sa présence à Washington au bon moment pour la participation à la création des Nations Unies et de ses organismes. On a aussi beaucoup écrit sur les horreurs et le désespoir de vivre deux guerres mondiales successives, motivations puissantes à travailler à la coopération internationale pour une paix durable. Pearson a non seulement vécu deux guerres, il a participé activement aux dernières années de la Première Guerre mondiale (1914-1918), œuvrant d'abord dans le Service de santé de l'armée canadienne pendant deux ans en Angleterre, en Égypte et en Grèce pour ensuite se joindre au Royal Flying Corps une fois atteint l'âge requis. Tout en poursuivant ses études pour obtenir un baccalauréat et une maîtrise en histoire moderne, il a vu le monde fonder ses espoirs sur la Société des Nations, créée en 1919 après la Première Guerre mondiale pour empêcher que n'éclate un nouveau conflit mondial. À la fin des années 30, en poste au High Office of the Commissioner for Canada à Londres, Pearson a participé à certaines des dernières réunions de la Société, observant avec douleur son potentiel et ses promesses se désintégrer et finalement échouer.

Toutes ces expériences n'ont jamais semblé diminuer son idéalisme, sa motivation, sa fougue et sa personnalité unique souvent décrite par ses collègues. Il est rare que l'on trouve des observations défavorables sur son caractère.

Lester Pearson devrait toujours rester dans nos mémoires comme un des hommes qui a eu une influence durable sur la création et l'orientation des Nations Unies, et surtout pour sa vision de ce que les Nations Unies pouvaient être. Défendant et définissant la manière dont il voyait la coopération internationale, et en particulier les Nations Unies, Pearson a affirmé dans son allocution d'acceptation du prix Victor Gollancz :

" Nous vivons une époque de troubles, de tension et de violence, mais aussi une époque de progrès et de réalisations remarquables. Notre monde promet une vie bien meilleure pour tous les hommes ou la disparition de la vie pour toute l'humanité. Quelle sera l'issue? "

Images et citations

" Sur la scène politique des dernières années, de rares personnes ont combiné pouvoir et sagesse. Ces personnes ne considéraient pas le pouvoir comme un moyen de s'élever ni même d'asseoir l'autorité de leur pays, mais bien comme un mandat de paix et de bonne entente entre les hommes pour le bien de toute l'humanité. Lester Pearson faisait partie de ces rares personnes. [Il avait] l'idéal d'un monde où la raison, la justice et la conciliation, et non pas le pouvoir, seraient les facteurs déterminants. "

Rajeshwar Dayal, service extérieur indien 1947-1968
Source : ICAI, " International Journal ", Vol. XXIX N° 1, 1973-74, p. 110

 

" La spécialité de Pearson était de faire avancer la chose publique. Après avoir fixé une orientation générale, il était extrêmement habile dans l'art subtil de faciliter, de guider et de faire lentement avancer les lourdeurs souvent hostiles de l'appareil d'État " " C'est à cause de son humanisme, et à cause de sa conviction qu'il pouvait trouver la même qualité chez ses interlocuteurs, que Mike Pearson fut un homme exceptionnel. Il nous a dirigés en faisant appel au meilleur de chacun d'entre nous. Il nous a montré qu'on peut travailler sérieusement sans trop se prendre au sérieux. Il nous donnait une leçon de noblesse d'esprit. "

Edward K. Hamilton, chef du personnel de la Commission d'étude du développement international
Source : ICAI, " International Journal ", Vol. XXIX N° 1, 1973-4, pp. 140 et 142

 

" Tout au long de sa brillante carrière d'homme d'État international, Lester Pearson a présenté deux caractéristiques, l'une caractérisée par la stabilité et la rectitude inébranlables, et l'autre par la sensibilité et le dynamisme. Son éternel principe était le dévouement total à l'idéal d'une communauté internationale fonctionnelle où, comme à l'intérieur d'un pays, le pouvoir serait fondé sur le droit et les intérêts communs et non sur la domination par la force brute ou sur la dangereuse instabilité de l'équilibre du pouvoir, et surtout de l'équilibre nucléaire. Il était animé par sa très grande sensibilité aux changements de la société mondiale et de la condition humaine et par la mesure dans laquelle ceux-ci doivent concourir au vaste objectif de la réalisation d'un ordre mondial fonctionnel. Ses principes ont fait de lui un idéaliste, sa sensibilité un réaliste. Il s'agit là d'une combinaison exceptionnelle qui permet d'expliquer l'influence extraordinaire qu'il a pu exercer sur la scène internationale, autant sur le plan personnel que professionnel. "

Barbara Ward
Source : " Freedom and Change: Essays in Honour of Lester B. Pearson ", p. 244

 

" C'était un homme persévérant, qui se laissait rarement abattre par un échec ou intimider par les obstacles et qui ne se laissait pas impressionner par la tradition et les formalités... comme diplomate, les qualités associées à son sourire et à sa poignée de main lui ont servi à obtenir des appuis en faveur des principes qu'il défendait. Ses qualités lui ont aussi permis de se faire aimer de ses employés et de ses collègues au ministère, ce qui a beaucoup contribué à son efficacité professionnelle. "

Geoffrey Pearson
Source : " The Diplomacy of L.B. Pearson ", Bout de papier, vol. 14, n° 3, Association professionnelle des agents du service extérieur, Ottawa, 1997, p. 19

 


Notes

N8 Les États arabes ont rejeté la résolution de l'AGNU. À la suite du retrait du Royaume-Uni de la région et de la proclamation de l'État d'Israël, les forces israéliennes ont pris le contrôle d'un territoire débordant les frontières qui avaient été fixées par l'ONU. De nouveaux efforts du Conseil de sécurité des Nations Unies et de l'Assemblée générale ont mené à une armistice fragile et non à un règlement permanent. [Back]

N9 Les cinq opposants étaient les suivants : Australie, France, Israël, Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni. Les six absentions venaient de l'Afrique du Sud, de la Belgique, du Canada, du Laos, des Pays-Bas et du Portugal. [Back]


Références (anglais)

31 Lester Pearson, Mike, Vol II, University of Toronto Press, Toronto, 1973, p 190 [Back]

32 F.H. Soward & Edgard McInnis, Canada and the United Nations: National Studies on International Organization, Manhattan Publishing Company, New York, 1956, p 163 [Back]

33 John Robinson Beal, Pearson Phenomenon, Longmans Canada Limited, Toronto, 1964, p 109-110 [Back]

34 John Robinson Beal, ibid., p 117 [Back]

35 Kurt Waldheim dans Freedom and Change: Essays in Honour of Lester B. Pearson, McClelland and Stewart Limited, Toronto, 1975, p 13 [Back]

36 Bruce Thordarson, Lester Pearson: Diplomat and Politician, Oxford University Press, Toronto, 1974, p 220 [Back]

37 Edward K. Hamilton (chef du personnel de la Commission d'étude du développement international), " Thoughts on the Chairman " dans Institut canadien des affaires internationales, International Journal, vol. XXIX, N° 1, Hiver 1973-74, CIIA, Toronto, p 140 [Back]

38 Edward K. Hamilton, ibid., p 138 [Back]

39 Bruce Thordarson, op.cit., p 72 [Back]

40 Bruce Thordarson, ibid., p 227-28 [Back]

41 Geoffrey Pearson, " The Diplomacy of L.B. Pearson ", Bout de papier, vol. 14, N° 3, Association professionnelle des agents du service extérieur, Ottawa, 1997, p. 18. [Back


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