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Le Canada et l’ONU > Le rôle de Lester B. Pearson dans le FAO et l'ONU

"Le rôle de Lester B. Perason dans la création de l'Organisation pour l'alimentation et
l'agriculture (FAO) et dans d'autres activitiés des Nations Unies". Suite... (4e de 6)

SECTION II: Autres activités aux Nations Unies

Durant les dernières années de la Deuxième Guerre mondiale et les premières de l'après-guerre, le mandat de Pearson à Washington (1942-1946) correspond presque exactement à la période de création la plus active des Nations Unies (1943-1947) et de ses premiers organismes. Aussi Pearson représentera-t-il le Canada à de nombreuses conférences internationales des Nations Unies lorsque l'on commencera à formuler des politiques pour régler les problèmes de l'après-guerre : alimentation, aide aux sinistrés, reconstruction, financement. Pearson défendra fièrement l'existence et le développement des Nations Unies et de ses organismes économiques et sociaux, prenant part à la création de la FAO et de l'Administration des Nations Unies pour les secours et la reconstruction (UNRRA) ainsi qu'aux discussions dont est issue la recommandation de créer la Commission de l'énergie atomique. Bien que nous ne rendrons pas compte ici des activités suivantes, soulignons que Pearson a joué un rôle dans la gestation du Conseil de sécurité de l'ONU, du Conseil économique et social des Nations Unies, du Fonds monétaire international (FMI), de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Pearson continuera de prendre part aux différents programmes et activités de l'ONU à son retour au Canada, à l'automne 1946. Quoiqu'il soit surtout connu pour ses interventions à l'ONU lors de plusieurs crises majeures (Palestine, Corée, Suez, Chypre) et pour avoir proposé la mise sur pied d'une Force d'urgence des Nations Unies à Suez, Pearson dirigera aussi les délégations canadiennes à l'ONU de 1948 à 1956 et présidera l'Assemblée générale en 1952-1953. De plus, il sera président de la Commission d'étude du développement international mise sur pied par la Banque mondiale en 1968. À deux reprises, le nom de Pearson a circulé comme candidat au poste de secrétaire général de l'ONU (1945 et 1953); chaque fois cependant, l'URSS opposera son veto.

Administration des Nations Unies pour les secours et la reconstruction (UNRRA)

L'UNRRA est une des nombreuses organisations internationales mises sur pied pendant et après la Deuxième Guerre mondiale par les nations alliées afin de contribuer à l'éclosion d'un monde meilleur. Créée à Washington le 9 novembre 1943, avant même la création officielle de l'ONU, l'UNRRA était " une promesse pour les territoires envahis et leurs habitants qui luttaient pour la cause commune par le sabotage, dans le maquis, dans la clandestinité, pour qu'une fois le joug des agresseurs levé, les territoires non envahis puissent regrouper leurs ressources afin d'envoyer des vivres, des médicaments, des vêtements et d'autres fournitures d'urgence21. " Mise sur pied seulement pour la période de transition de l'après-guerre (le problème de la reconstruction étant confié à d'autres institutions), son mandat consistait à aider les victimes de la guerre dans les territoires occupés et à fournir des secours et assurer une restauration rapides et efficaces dans les territoires dévastés par la guerre N4.

Pearson est convaincu que l'UNRRA pourra contribuer à bâtir un monde meilleur pour tous : " L'UNRRA ne doit pas simplement bien faire son travail, elle doit le faire tellement bien qu'elle donnera du cœur et du courage aux gouvernements qui, lentement mais sûrement, construisent la charpente internationale de la paix; tellement bien que par son exemple, elle donnera espoir aux hommes et aux femmes qui, si cette charpente s'écroule, seront encore une fois écrasés sous les décombres22. "

Étant donné que la création et l'existence de l'UNRRA coïncident presque parfaitement avec son affectation à Washington, Pearson participera à ses travaux du début à la fin. Il est le représentant canadien au comité qui lancera les travaux sur la question en 1942 et qui mènera à la création de l'UNRRA. À la création de l'UNRRA en 1943, le Canada ne fait pas partie des quatre pays représentés au Comité central (É.-U., Royaume-Uni, URSS, Chine), toutefois, Pearson est nommé président de l'influent Comité des approvisionnements et, à ce titre, est autorisé à siéger au Comité central. Durant la dernière année de l'UNRRA (1946), il devient président du Sous-comité pour les personnes déplacées, qui s'occupe des personnes ayant perdu leur foyer à cause de la guerre et de la persécution.

Les préoccupations principales du Comité des approvisionnements sont la pénurie mondiale et la distribution des vivres. Pearson participe de près aux négociations complexes, surtout à celles portant sur le choix de l'institution qui sera responsable de la distribution internationale. Il contribue à faire échouer les efforts des États de l'Europe de l'Est qui voulaient que l'UNRRA se substitue à la Commission mixte des vivres (CMV) pour la distribution. Toutefois, reconnaissant que le nombre réduit de membres de la CMV (É.-U., Royaume-Uni, Canada) pose un problème, il préside le comité qui recommandera la mise sur pied d'un Conseil international de secours alimentaire (CISA) composé d'un vaste membership pour remplacer la CMV. Cette recommandation sera adoptée et donnera naissance au CISA.

Le rôle de l'UNRRA a pris tout son sens à la fin de Deuxième Guerre mondiale lorsqu'on lui a demandé d'aider les autorités militaires à rapatrier plus de six millions de personnes23 après " la libération des territoires occupés de l'Europe, de l'Asie du Sud-Est et du Pacifique. Les besoins en matière de reconstruction et d'aide aux sinistrés étaient énormes. Sans nier une certaine inefficacité et les gestes de corruption, il faut dire que sans l'UNRRA, il y aurait eu infiniment plus de souffrance et de misère après la guerre et le rythme de retour et de reconstruction aurait été beaucoup plus lent24. "

Collaboration et accords États-Unis-Royaume-Uni(-Canada) sur l'énergie atomique

Pearson s'intéresse vivement à l'avenir du nucléaire, dont il voit le grand potentiel comme source d'énergie non polluante et, surtout, les ramifications de son utilisation comme arme. Il représente souvent le Canada (dont la réserve d'uranium et les laboratoires de recherche sont d'une importance vitale pour les É.-U. et le Royaume-Uni, ce qui garantit sa participation) durant les négociations politiques et les discussions américano-britanniques de 1943 à 1946. Plus précisément, il est très engagé au sein du comité mixte d'orientation (CMO) qui coordonne les travaux entourant un accord bilatéral de collaboration dans l'utilisation de l'énergie nucléaire, ce qui comprend l'échange d'information, le contrôle international et la collaboration technique.

S'appuyant sur ses talents de diplomate et son idéalisme, Pearson contribue à la rédaction de deux documents importants :

  • En 1946, Pearson, avec le général Groves (É.-U.) et Sir Roger Makins (Royaume-Uni) rédigent une version révisée des documents directeurs pour remplacer l'accord trilatéral sur l'énergie atomique de 1943 portant sur l'échange d'information et la consultation en matière de politiques. Avec ces documents approuvés en mars 1946 par le CMO, le gouvernement canadien accède au statut de partenaire égal. Peu après, Pearson retourne au CanadaN6.

Création de l'Organisation des Nations Unies

Durant les dernières années de la Deuxième Guerre mondiale, les Alliés, menés par le président Roosevelt, sont déterminés à mettre en place une nouvelle institution internationale qui remplacera la Société des Nations, laquelle avait échoué. Décrits plus en détails dans Everyone's United Nations, les principaux événements qui ont mené à la création de l'Organisation des Nations Unies sont les suivants :

  • Le 1er janvier 1942, à Washington, 26 gouvernements alliés signent la Déclaration des Nations Unies dans laquelle " les gouvernements signataires proclament [...] leur conviction que la victoire complète sur leurs ennemis est essentielle à la défense de la vie, de la liberté, de l'indépendance, de la liberté de religion, des droits de la personne et de la justice ".
  • Le 31 octobre 1943, à Moscou, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'URSS et la Chine signent une déclaration reconnaissant la nécessité de fonder " une organisation internationale générale, fondée sur le principe de l'égalité souveraine de tous les États pacifiques et ouverte à tous ces États, petits et grands, pour la paix et la sécurité internationale ".
  • Le 16 mai 1944, à Londres, la Conférence des premiers ministres du Commonwealth approuve la création d'une organisation mondiale " fondée du pouvoir et de l'autorité nécessaires pour empêcher l'agression et la violence ".
  • Du 21 août au 7 octobre 1944, les quatre grande (États-Unis, Royaume-Uni, URSS, Chine) se réunissent à Dumbarton Oaks (Washington) pour dresser les plans concrets de la création d'une organisation formelle des Nations Unies et en préciser les buts, la structure et le fonctionnement.
  • Du 25 avril au 26 juin 1945, les chefs des gouvernements se réunissent à San Francisco à la Conférence des Nations Unies sur l'organisation internationale pour rédiger la Charte des Nations Unies, fondée sur la proposition de Dumbarton Oaks et les modifications apportées ultérieurement par les différents gouvernements. La Charte des Nations Unies sera adoptée à l'unanimité par les délégués le 25 juin et signée par 50 pays le 26 juin.
  • L'organisation naît officiellement le 24 octobre 1945, lorsque les cinq membres permanents (Chine, France, Royaume-Uni, États-Unis, URSS) et une majorité des autres signataires ont ratifié la Charte.

La participation du Canada commence véritablement lorsque le processus de planification concrète s'amorce à Dumbarton Oaks. Bien que le Canada ne soit pas officiellement partie prenante à Dumbarton Oaks, Pearson s'emploie activement à faire connaître en coulisses les positions du Canada aux représentants britanniques et américains à Washington. " La tâche de la Légation était de rester au fait de ces discussions afin de faire connaître les préoccupations du Canada [...], dans l'espoir d'éviter, ou du moins de diminuer, les conflits et les différends publics plus tard à [San Francisco] 26. "

Autant à Dumbarton Oaks que par la suite à San Francisco, Pearson et le Canada se battront vigoureusement contre le principe du veto et pour " réduire l'écart entre les droits et obligations des grandes et des petites puissances [...] de façon à faire de l'Organisation un instrument efficace de maintien de la paix et de changement pacifique27. " Plus précisément, le Canada tient à ce que " rien ne devrait faire en sorte, ou sembler laisser croire, que trois ou quatre puissances contrôlent la destinée du monde, pendant que toutes les autres, sans distinction, seraient regroupées sous l'étiquette "autres membres des Nations Unies"28. " Pour le Canada, si chacune des cinq grandes puissances (États-Unis, Royaume-Uni, URSS, Chine, France) doit avoir un statut particulier de membre permanent au sein de l'ONU avec des responsabilités et des pouvoirs particuliers, ce statut ne doit pas être exclusif. D'autres membres doivent être reconnus, et il faut une certaine forme de " principe fonctionnel " qui définirait et reconnaîtrait avec plus de précision les différents niveaux de pouvoir et de responsabilité.

Le Canada veut aussi que l'on définisse mieux le rôle du Conseil économique et social et la façon dont l'Organisation des Nations Unies assurera une coordination efficace des activités de ses organismes fonctionnels et spécialisés (existants ou futurs).

Pearson, quant à lui, est " davantage préoccupé par les propositions qui portent sur l'organisation de la sécurité et sur les mesures visant à prévenir et à faire échouer les agressions29 ", éléments qui allaient être au cœur de la Charte de l'ONU.

" De tous les problèmes internationaux auxquels j'ai travaillé pendant mes années à Washington, […] le plus important a été celui qui consiste à trouver le moyen d'atteindre à une paix juste et durable et de créer une organisation des Nations Unies qui puisse la garantir. " " J'étais persuadé que si nous n'arrivions pas à dresser les plans d'établissement d'un nouvel ordre mondial au moment où les atrocités de la guerre et l'objectif commun de la victoire nous unissaient, il serait encore plus difficile de le faire plus tard lorsque les fiertés et les préjugés nationalistes et les concepts étroits d'intérêt national reprendraient leurs droits30. "

Pendant toute sa vie, Pearson ne doutera jamais du potentiel des Nations Unies et profitera de toutes les tribunes pour le dire. Il était fier d'être considéré comme un idéaliste et un utopiste, affirmant dans son allocution d'acceptation du prix humanitaire Victor Gollancz en 1972 que " l'idée d'une paix et d'une sécurité mondiale par l'action et les institutions internationales peut sembler utopique dans le monde actuel, mais comme l'a déjà écrit Anatole France : "L'utopie est le principe de tout progrès. Sans les utopistes d'autrefois, les hommes vivraient encore misérables et nus, dans les cavernes. " "

Président de l'Assemblée générale de l'ONU (1952 - 1953)

À titre de 7e président ordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies (AGNU), Pearson en préside les réunions et travaille dans les coulisses pour en faire avancer le programme. Sa préoccupation principale et son plus grand défi au cours de cette année sera le règlement du conflit coréen (voir plus loin la section sur le maintien de la paix).

Une des contributions les plus importantes de Pearson durant sa présidence se fait durant la deuxième moitié de son mandat, lorsqu'il dépose une proposition qui fera de l'ONU une organisation plus universelle. Depuis son inauguration, l'ONU compte 51 membres. L'URSS a bloqué l'adhésion de pays comme l'Irlande, l'Italie et la Finlande pour répondre à l'objection des États-Unis d'admettre la Mongolie-Extérieure, les Américains considérant cette dernière comme une sorte de colonie russe. Tout juste avant son départ pour une visite officielle en URSS, Pearson demande au chef de la délégation canadienne aux Nations Unies, Paul Martin, de discuter avec le représentant soviétique de son projet de voyage et de lui demander si l'impasse pouvait être résolue. L'idée de Pearson et la diplomatie de Martin permettront de conclure une entente globale portant sur l'admission de 16 nationsN7 aux Nations Unies le 14 décembre 1955 et ouvrant la voie à la future croissance de l'organisation.


Images et citations

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" Il n'y a aucune autre solution efficace à part les Nations Unies pour obtenir des ententes (de politique internationale), aucun autre tremplin concret pour nos aspirations. Les problèmes liés à l'élimination du désordre mondial actuel parallèlement à l'édification de la charpente d'un futur ordre mondial sont les plus redoutables que puissent connaître les peuples de la Terre. En effet, ils supposent des changements dans les attitudes et les relations, une ouverture totale des horizons de nos préoccupations et de nos sympathies, et la connaissance des techniques nécessaires pour réaliser des changements politiques, sociaux, économiques et culturels sans recourir à la force. C'est au sein des Nations Unies que nous devons montrer notre patience, nos aptitudes et notre compréhension des problèmes actuels, ainsi que nos espoirs et notre foi en l'avenir. "

Lester Pearson
Source : Pearson, Gross & Dean, " A Critical Evaluation of the United Nations ", pp. 23-24

 

" Il n'est pas facile de dire la gaieté, la bonne humeur, la simplicité et souvent l'insouciance qui cachaient son professionnalisme vivant, informé et dévoué. C'était toujours agréable de travailler avec lui. "

Lord Sheffield (anciennement Sir Roger Makins), service extérieur britannique 1928-1956
Source : ICAI, " International Journal ", Vol. XXIX N° 1, 1973-74, p. 89

 


Notes

N4 L'UNRRA se concentrait sur le rapatriement de ceux qui désiraient retourner dans leur pays d'origine et qui étaient capables de le faire. Une institution internationale distincte, le Comité intergouvernemental pour les réfugiés (1939-1946), était chargée de trouver des possibilités d'émigration pour les autres réfugiés. En décembre 1946, ces deux organisations ont été remplacées par un organisme spécialisé non permanent des Nations Unies, l'Organisation internationale pour les réfugiés (OIR), qui, en 1951, devenait un organisme spécialisé permanent de l'ONU, le Haut Commissionnaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), qui travaille toujours à protéger les intérêts des réfugiés. [Back]

N5 Les travaux de la commission s'achèvent finalement sans résultat en 1947. [Back]

N6 En 1947, la politique et l'évolution rapide du secteur de l'énergie atomique mèneront au déclin de la coopération Royaume-Uni-États-Unis-Canada et l'échange d'information sur les applications militaires et civiles de l'énergie atomique sera réduite presque à néant. Sept ans plus tard, en 1954, les É.-U. et le Royaume-Uni recommencent à échanger leurs informations sans réserve. Entre-temps, le Canada a choisi de ne pas développer les applications militaires de l'énergie atomique et de se concentrer sur des objectifs énergétiques civils. [Back]

N7 TLes 16 nations admises aux Nations Unies le 14 décembre 1955 sont les suivantes : Albanie, Autriche, Bulgarie, Cambodge, Ceylan, Espagne, Finlande, Hongrie, Irlande, Italie, Jordanie, Laos, Libye, Népal, Portugal et Roumanie. [Back]


Références (anglais)

21 Administration des Nations Unies pour les secours et la reconstruction (UNRRA), The Story of UNRRA, UNRRA Office of Public Information, Washington, 1948, p. 3. [Back]

22 Lester Pearson lors de la réunion du Conseil de l'UNRRA, 1944. Source : discours de remise du prix Nobel du Dr Jahn, p. 3. [Back]

23 Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, An Instrument of Peace, UNHCR, p. 95. [Back]

24 Lester Pearson, op.cit. Mike, Vol. I, p 256 [Back]

25 Lester Pearson, ibid., p262 [Back]

26 Lester Pearson, ibid., p268-69 [Back]

27 Lester Pearson, ibid., p270 [Back]

28 Lester Pearson, ibid., p267 [Back]

29 Lester Pearson, ibid., p272 [Back]

30 Lester Pearson, ibid., p264 [Back]