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Le Canada et l’ONU > Le rôle de Lester B. Pearson dans le FAO et l'ONU Histoire de la création de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) - Extrait du document de recherche de l'Association canadienne pour les Nations Unies intitulé "Le rôle de Lester B. Perason dans la création de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et dans d'autres activitiés des Nations Unies". Suite... (2e de 6) SECTION I: La création de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) Dans The Story of FAO, Gove Hambidge énonce cinq particularités du début du XXe siècle qui ont rendu possible une collaboration internationale en matière d'alimentation et d'agriculture et déterminé la nature de cette collaboration :
Le processus de deux ans et trois mois qui donnera naissance à la FAO se déroule pendant que le monde entier vit une guerre mondiale incroyablement destructrice, dont la dernière année sera marquée par le largage de bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Les Alliés et l'opinion publique sont obsédés par le retour et le maintien de la paix mondiale. Le désespoir, l'espoir, et l'anxiété règnent : on se rend compte que la planète sera une ou ne sera pas; que les nations doivent et peuvent se donner la main pour empêcher l'éclatement d'autres conflits; que l'humanité peut miser sur l'abondance et la paix si les victoires de la science sont mises à la portée de tous. La première question sur laquelle se penchent les nations alliées est celle de l'alimentation et l'agriculture, besoin fondamental dont les répercussions et les acteurs débordent largement le cadre politique. Trois étapes importantes mèneront à la création de la FAO :
N. B. : Avant 1945, le terme " Nations Unies " désignait les nations alliées qui avaient uni leurs forces pour gagner la Deuxième Guerre mondiale. Il n'avait pas la signification actuelle faisant référence à l'institution née officiellement le 24 octobre 1945. a) Conférence des Nations Unies sur l'alimentation et l'agriculture, Hot Springs, Virginie (États-Unis), 18 mai - 3 juin 1943 En octobre 1942, l'Australien Frank L. McDougall signe une note intitulée A United Nations programme for freedom from want of food qui met en évidence le besoin de régimes de subsistances adéquats pour toutes les nations et non seulement les pays développés. D'après lui, la création d'une organisation internationale pour l'alimentation et l'agriculture serait la première étape vers la création d'un organisme mondial voué à la paix, au plein emploi et à l'amélioration du niveau de vie. Ayant lu la note, Eleanor Roosevelt organise une rencontre entre McDougall et Franklin Roosevelt. À la suite de cette rencontre (quoique après un certain temps), le président américain Franklin Roosevelt, en mai 1943, convoque les Nations Unies à Hot Springs pour une conférence sur l'alimentation et l'agriculture. " Ce n'était pas négligeable : en convoquant la conférence de Hot Springs, le président Roosevelt manifestait son intérêt pour la coopération internationale en matière d'alimentation et d'agriculture, ainsi que sa clairvoyance et sa sagesse pour la planification de la paix en temps de guerre. Ce fut la première rencontre des Nations Unies, et elle portait sur une des libertés fondamentales pour laquelle les hommes se battaient et mouraient en même temps : s'affranchir de la faim et de la privation1. " Au beau milieu de la guerre, des délégués de 45 pays se rendent en Virginie pour traiter des problèmes biologiques, sociaux et économiques les plus fondamentaux. Tout en espérant faire un apport utile à l'avenir de la coopération internationale, " personne ne semblait savoir sur quoi exactement porterait la conférence ni comment elle allait se dérouler2. " Ainsi, dès l'ouverture, " il régnait un sentiment unanime selon lequel il était peu probable que la Conférence donne un quelconque résultat3. " En effet, n'ayant aucune indication que la Conférence serait autre chose qu'un nouvel exercice de réflexion sur trois grands sujets, à savoir la mise en rapport de la consommation alimentaire et des besoins, l'augmentation de la production pour répondre aux besoins de consommation, et la contribution à une meilleure distribution, de nombreux pays n'ont ni délégué de diplomates ni élaboré de positions solides sur une politique éventuelle. Cependant, peut-être justement parce que les participants étaient principalement des experts techniques en nutrition, en agronomie, en pêche et en statistique plutôt que des diplomates et des politiciens, cette conférence plus ou moins improvisée sans objectifs précis à court ou à long terme s'est néanmoins avérée poser la pierre angulaire d'une organisation internationale vouée à l'alimentation et à l'agriculture. Elle marquait le point de départ concret d'une coopération internationale centrée sur l'approvisionnement en vivres pour la vie et la santé de tous comme condition essentielle de la paix dans le monde. Membre de la délégation canadienne, Pearson assiste à la conférence de Hot Springs à titre de ministre conseiller de la délégation canadienne à Washington. " En prenant part à cette conférence, j'ai amorcé ma carrière internationale dans un débat portant sur un sujet qui, c'est le moins qu'on puisse dire, n'était pas ma spécialité4. " Malgré sa connaissance limitée des dossiers étudiés, Pearson contribue à la conférence principalement de deux façons : grâce à ses qualités exceptionnelles de médiateur et grâce à ses talents remarquables pour traiter d'un sujet dans une perspective à long terme. Malgré le caractère éminemment apolitique des questions abordées, il y avait des divergences d'opinions, surtout en matière d'économie, par exemple dans le conflit entre la protection des producteurs et la protection des consommateurs. On ne s'entendait pas non plus sur ce que la conférence essayait de réaliser : les États-Unis proposaient la création d'une commission intérimaire pour " continuer " le travail que la conférence n'avait pas terminé tandis que le Royaume-Uni avait présenté " un document très élaboré et d'une grande portée5 " orienté vers un contrôle international dans le domaine de l'alimentation et de l'agriculture. Pearson se fait alors médiateur pour définir le but de la conférence de Hot Springs. Il propose des compromis, et participera étroitement à la rédaction des documents finaux de Hot Springs. Plutôt que d'appuyer les suggestions et les perspectives des États-Unis ou du Royaume-Uni, il préconise une approche à long terme qui non seulement aura une incidence sur les futures négociations en matière d'alimentation et d'agriculture mais dont on s'inspirera aussi dans les conférences à venir des Nations Unies. De sa propre initiative, Pearson propose " que la conférence publie une brève déclaration non technique mais mobilisatrice sur la volonté des Nations Unies de résoudre les problèmes de la faim et de la malnutrition une fois la guerre terminée, quelque chose qui serait utile non seulement à ce moment-là, pendant que la guerre politique faisait rage, mais qui pourrait aussi servir à convaincre les gens de tous les pays que l'action et la coopération internationales ne resteront pas lettre morte après la victoire. Pour me punir d'avoir fait cette proposition, on m'a invité à rédiger la déclaration; deux semaines plus tard, elle était publiée6. " La conférence se termine dans l'enthousiasme et jette les bases des prochaines conférences des Nations Unies. Pearson déclarera vingt-cinq ans plus tard : " Nous avons résolument opté pour une approche sociale, et non belliqueuse, axée sur le progrès, la sécurité et le bien-être […] Nous avons opposé une fin de non-recevoir à la doctrine mesquine favorisant la stabilité économique et le progrès par la pénurie. Nous avons dénoncé une situation mondiale dans laquelle une minorité vivant dans l'abondance et le confort tandis que les deux tiers des habitants du monde étaient dénués et affamés. Et surtout, pour traduire nos bonnes idées en actions, nous nous sommes mis d'accord pour mettre en place une commission intérimaire composée des représentants des gouvernements présents à Hot Springs7. " Après deux semaines de rencontres, de débats et d'ébauches, la Conférence de Hot Springs dépose un acte final composé de trente-trois recommandations, trois rapports sur la production, la consommation et la distribution, et enfin une résolution. " Comme c'est toujours le cas dans les conférences de ce genre, aucune recommandation n'était exécutoire; une recommandation a toujours une certaine force morale mais ici, une seule recommandation liait les gouvernements. Elle portait sur l'exécution d'une étude plus poussée du problème et, plus précisément, sur l'élaboration de plans pour la création d'une organisation internationale permanente vouée à l'alimentation et à l'agriculture8. " À cette fin, la Conférence de Hot Springs crée une commission intérimaire de l'alimentation et de l'agriculture qui doit préparer un plan précis visant la mise en place d'une organisation permanente dont les travaux devaient commencer le 15 juillet 1943 à Washington (centre de planification et d'élaboration des politiques de guerre des Alliés). Les réalisations de Pearson à Hot Springs seront applaudies par d'autres délégués. " Pearson, jeune, modeste, attentif, intelligent, possédant un vif sens de l'humour et un flair pour obtenir des compromis efficaces, a fait excellente impression à la Conférence de Hot Springs9. " De façon plus concrète, en reconnaissance de ses talents de médiateur (et reconnaissant l'importance du Canada comme État agricole) et malgré son peu d'expérience dans les domaines de l'alimentation et l'agriculture, les Américains demandent à Pearson, à son retour à Washington après la conférence de Hot Springs, de présider la Commission intérimaire. À ce titre, il doit élaborer le cadre institutionnel nécessaire pour concrétiser les projets de Hot Springs. En acceptant ce poste, Pearson montre son désir de créer un organisme international qui aidera à nourrir un monde affamé, et le succès qu'il remportera à titre de président sera le point de départ d'une longue suite de réalisations politiques, tant aux États-Unis qu'au Canada. Images et citations
Références (anglais) 1 Canada, ministère de l'Agriculture, Lester Pearson's written contribution to Canada and FAO commemorating the 25th Anniversary of FAO, Information Canada, 1971, Ottawa, p 85 [Back] 2 Lester Pearson, Mike: The Memoirs of the Rt. Hon. Lester B. Pearson, Volume I, University of Toronto Press, Toronto, 1972, p 246 [Back] 3 Lester Pearson, ibid. - Mike, Vol. I, p 246 [Back] 4 Canada, ministère de l'Agriculture, op.cit. - Canada and FAO, p 85 [Back] 5 John English, Shadow of Heaven - The Life of Lester Pearson, Volume I, Lester & Orpen Dennys Publishers, Toronto, 1989, p 276 [Back] 6 Lester Pearson, op.cit. - Mike, Vol. I, p 248 [Back] 7 Canada, ministère de l'Agriculture, op.cit., p 85 [Back] 8 Gove Hambidge, The Story of FAO, D. Van Nostrand Company Inc., New York, p 51 [Back] 9 Gove Hambidge, ibid., p 51 [Back] |