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Bulletin LIAISON > LIAISON Volume 4, numéro 2, mars 2000

« Retour à LIAISON Volume 4, numéro 2, mars 2000

Pour une culture de la paix

Geneviève Talbot, agente de projet - paix et sécurité (ACNU)

Sentez-vous une nouvelle ambiance depuis le début du millénaire? Un vent de changement peut-être? Ne trouvez-vous pas que le monde est plus paisible? J’espère que oui, car nous venons d’entrer dans une ère nouvelle : celle de la culture de la paix. Le siècle qui vient de s’achever a été témoin de progrès remarquables en science, en technologie et en communication. Malheureusement, il a aussi été inégalé en violence et en génocides. Au tournant du siècle, nous n’avons pas réussi à mettre un terme à la violence et à la guerre, dont on voit les effets dévastateurs plus que jamais. Il est temps d’agir. Le changement de millénaire doit marquer un nouveau départ; nous nous devons de jeter de nouvelles bases pour l’action humaine, à l’échelle locale et planétaire! Relevons le défi, et ensemble, donnons-nous un avenir meilleur en adhérant au mouvement pour une culture de la paix. L’an 2000 a été déclaré par les Nations Unies « Année internationale de la culture de la paix ». Oui, culture de la paix.

Vous vous demandez peut-être : « Mais qu’est qu’une culture de la paix? » L’expression est employée pour la première fois en 1989, au Congrès international sur la paix dans l’esprit des hommes, à Yamoussoukro (Côte-d’Ivoire). Au fil des ans, l’idée fait son chemin. En 1994, Federico Mayor, ancien directeur général de l’UNESCO, lance un appel international pour l’établissement du droit à la paix; en février 1994, l’UNESCO inaugure son programme intitulé « Vers une culture de la paix »; en 1997, l’Assemblée générale des Nations Unies proclame l’an 2000 « Année internationale de la culture de la paix » (AICP); enfin, en 1998, la même Assemblée déclare la période allant de 2001 à 2010 « Décennie internationale de promotion d’une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde ».

Qu’entend-on par culture de la paix?

Si l’expression « culture de la paix » est née en 1989, le principe existait bien avant. La fondation même de l’UNESCO démontre l’existence de ce concept dès 1945. En effet, bien que l’UNESCO ait plusieurs mandats, elle a une unique mission, soit celle de bâtir la paix : « L’Organisation se propose de contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l’éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte des Nations Unies reconnaîtra tous les peuples. » (Article I de l’Acte constitutif de l’UNESCO)[FL1] . La notion de « culture de la paix » existait bien avant la naissance de l’expression.

Pourquoi une culture de la paix?

Génocide, violation des droits de la personne, conflits; voilà un vocabulaire que l’on associe sans peine aux réalités internationales. Qui a oublié les guerres au Kosovo, à la Sierra Leone, au Timor oriental? Les médias nous parlent de violation des droits de la personne dans tous les coins de la planète. Partout, en entend parler d’enfants à la guerre, de mines terrestres, d’armes nucléaires. Mais cela me concerne-t-il? Après tout, c’est à l’ONU qu’il appartient d’instaurer la paix et la sécurité dans le monde, alors pourquoi m’impliquer? Cependant, on ne pourra faire éclore une culture de paix en laissant le problème uniquement à l’ONU, à nos gouvernements, aux autorités et aux entreprises. La paix commence dans le cœur des humains, dans les pensées et dans les actions individuelles. La paix part de la base : il faut commencer au niveau local pour qu’elle existe au niveau international. En tant que Canadiens et Canadiennes, nous devons nous poser la question suivante : les idées, les attitudes et les actions qui habitent ma vie quotidienne concordent-elles avec les valeurs d’une culture de la paix? Dans une société démocratique, il appartient aux citoyens et aux citoyennes de créer la volonté politique d’où naîtra le changement. Il faut que la population incite les institutions locales, nationales et internationales à respecter leurs engagements. Il m’incombe de me plier moi-même aux codes internationaux de conduite et de les faire respecter dans mon milieu si je veux faire valoir les principes d’une culture de paix dans ma vie sociale, professionnelle et privée. Comme Gandhi l’a si bien dit : « Nous devons incarner les changements que nous voulons voir dans le monde. »

Comment faire pour bâtir une culture de paix? On sait que la paix commence chez soi, mais on ne sait pas toujours exactement ce qu’on peut faire pour promouvoir et appliquer une culture de paix. La culture de la paix comprend un éventail très large de domaines : prévention et résolution des conflits, consolidation de la paix, droits de la personne, justice, etc. Elle touche aussi l’éducation, les arts, le droit international, la communauté planétaire, la société civile et l’État. L’implantation d’une culture peut sembler une tâche colossale. Voyant la somme des gestes à poser, on ne sait plus par où commencer. Le Manifeste 2000 nous offre un bon point de départ.

Le Manifeste 2000 pour une culture de la paix et de la non-violence a été écrit par un groupe de lauréats du prix Nobel de la paix afin de faire naître un sens de la responsabilité prenant appui sur le plan personnel. Il ne s’agit pas d’un appel ou d’une pétition s’adressant à une autorité supérieure. C’est une expression de la volonté de chaque personne de mettre en pratique les valeurs, les attitudes et les formes de comportement qui inspirent la culture de la paix. On peut contribuer à cet objectif dans notre famille, dans notre milieu, dans notre ville, dans notre région et dans notre en pays en valorisant la non-violence, la tolérance, le dialogue, la réconciliation, la justice et la solidarité dans la vie quotidienne. On peut lire le Manifeste à www2.unesco.org/manifesto2000. On souhaite présenter 100 millions de signatures à la séance du millénaire de l’Assemblée générale des Nations Unies, en septembre 2000. Il est possible d’organiser des activités inspirées du Manifeste : table ronde, événements publics avec une école, une municipalité, des parlementaires, des groupes religieux, etc. L’ACNU travaille dans ce dossier en collaboration avec la Commission canadienne de l’UNESCO et le ministère du Patrimoine canadien.

Pour en savoir plus sur l’Année internationale pour la culture de la paix :

[FL1] Taken from the official French version of the Constitution of UNESCO.