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Bulletin LIAISON > LIAISON Volume 4, numéro 2, mars 2000
Plus jamais? Des excuses de l’ONU Geoffrey Pearson, président national de l’ACNU Deux rapports publiés à la fin de 1999 (sur la chute de Srebrenica en 1995 et le génocide du Rwanda en 1994) ont incité Kofi Annan à faire amende honorable. Le premier était signé par le secrétaire général (15 novembre) et l’autre par une commission d’enquête indépendante de trois personnes nommée par lui (16 décembre). Annan a réagi en exhortant les États membres à « engager un processus de réflexion et d’analyse visant à renforcer la capacité de l’Organisation de faire face à divers types de conflits » tout en promettant de déposer des recommandations. Entre-temps, quelles sont les leçons à retenir? On peut les grouper en deux grandes catégories. La première catégorie concerne le fonctionnement de l’ONU, par exemple la détection avancée des conflits, la coordination entre le personnel et les organismes onusiens et avec les organismes régionaux, l’information rapide du Conseil de sécurité lorsqu’une crise voit le jour, les méthodes d’évacuation et la préparation d’un « plan d’action » pour prévenir les génocides. On peut supposer que le secrétaire général traitera de toutes ces questions en s’adressant aux membres de l’ONU, quoiqu’il reste à voir ce qui se passera par la suite. La seconde catégorie des leçons à retenir touche le Conseil de sécurité. Cette question est plus difficile. Par exemple, qui au Conseil savait ce qui se préparait au Rwanda et comment cette information a-t-elle été communiquée à l’ONU? L’a-t-elle seulement été? Le rapport ne se pose même pas la question, alors que ce facteur aurait pu être déterminant dans la décision des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France, dont aucun n’était prêt à appuyer une présence onusienne marquée au Rwanda. Au lieu de cela, le rapport répète des conseils que l’on connaît depuis des années : que les mandats du Conseil devraient être adaptés à la situation sur le terrain, et que les membres devraient montrer une volonté politique d’utiliser la force et de fournir des ressources en conséquence. Bien que le rapport résume brièvement les débats du Conseil, on n’y analyse nulle part les motifs invoqués par certains membres pour s’opposer à une intervention malgré la demande expresse des États africains. Assurément, les membres de la commission n’ont pas pu ou pas voulu parler aux personnes en cause, mais en l’absence de pareille information, on ne peut que former des hypothèses sur les raisons qui expliquent réellement pourquoi l’ONU n’a pas réussi à empêcher le génocide au Rwanda. Le rapport sur le massacre de Srebrenica en Bosnie est un peu plus loquace sur les déclarations des membres du Conseil, mais lui aussi, comme il est d’usage dans les études émanant du Secrétariat, ne laisse transpirer aucun commentaire sur la position des États membres individuels. Le Conseil a été bloqué par le refus de la Russie et de la Chine d’entériner une action de force contre les Serbes de Bosnie (ce qui a ouvert la porte à une intervention militaire de l’OTAN) et par l’« ambivalence contagieuse » des membres qui avaient des troupes sur place, dont le Royaume-Uni et la France, qui avaient un mandat de maintien de la paix et non d’exécution des résolutions. Ainsi, on en conclut dans le rapport qu’à l’avenir, le Conseil devrait, dans ses résolutions, établir une distinction claire entre le maintien de la paix et les mesures de guerre et, dans ce dernier cas, prévoir « des moyens crédibles de dissuasion militaire ». Par conséquent, dans les deux cas, il faut croire que si les membres permanents n’ont pas tous intérêt à ce que l’ONU recoure à la force et si au moins un d’entre eux n’est pas prêt à mettre ses forces sur le terrain (comme l’ont fait les États-Unis et le Royaume-Uni lorsque l’Irak a envahi le Koweït), il y a peu de chances que l’ONU donne davantage suite à ces conseils dans l’avenir que dans le passé. Malgré tout, il est presque certain que le maintien de la paix après la fin d’un conflit, comme au Kosovo et au Timor oriental, demeurera un des rôles essentiels de l’ONU.
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