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Bulletin LIAISON > LIAISON Volume 3, numéro 4, juillet 1999

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Profil d’un réfugié congolais: "Courage, vous dites?"
Cathy Senay, Agente de communications de l'ACNU

Co-fondateur et ex-directeur exécutif de l’Association congolaise pour les Nations Unies, M. T., 41 ans et père de 4 enfants âgés de 4 à 14 ans, arriva en terre canadienne le 7 décembre dernier et ce, pour une toute autre raison que le plaisir de passer la période des Fêtes dans la neige.

Le 5 juin 1997 marqua le début d’un conflit civil au Congo-Brazzaville: "conflit en apparence", "coup d’état" en réalité. Cette période d’intense instabilité politique et économique, deuxième en seulement 5 ans, détruit la capitale et aurait fait entre 4 000 et 10 000 morts. Le mois d’octobre de la même année vit la fin du conflit avec la victoire militaire de l’ancien président, Denis Sassou Nguesso (1979-1992), rendue possible avec le soutien des forces armées angolaises, de même que la défaite du président sortant des dernières élections nationales, Pascal Lissouba.

M.T., fonctionnaire au sein du Ministère de la culture démocratique et des droits de l’homme sous l’ancien président, n’a pas été épargné d’une chasse aux sorcières visant à éliminer les intervenants en matière de droits de la personne entreprise par Nguesso. Bon nombre d’entre eux, y compris M.T., ont été incarcérés. Présentés comme des partisans de l’ancien régime par les médias nationaux, peu de ces boucs émissaires sont encore en vie.

Craignant pour la sécurité de M.T., un très bon ami de ce dernier a organisé son évasion. M.T. quitta donc son pays natal, laissant derrière lui épouse et enfants. Arrivé à Paris, il prit la décision de se diriger vers le Canada. Le Colloque international sur les droits de la personne à Edmonton se présentait alors comme un solide la plus solide option.

Une fois au pays, M.T. reçut l’aide de l’ACNU et d’une ancienne agente de programme de l’Association avec qui il avait collaboré lors d’un projet au début des années 90. Collecte de vêtements chauds, recherche d’un nouveau logement, commencement des démarches au sein des institutions canadiennes appropriées pour l’obtention du statut de refugié, M.T. ne devait pas seulement lutter chaque jour pour sa propre survie, mais rester en permanence avec l’idée traumatisante que sa famille continuait de vivre dans l’insécurité quelque part dans le sud du sol congolais: "J’avais l’impression de devenir fou puisque j’avais très peu de nouvelles de ma femme dans les premiers mois. Je voulais retourner là-bas. C’est tout aussi difficile maintenant que je les sais toujours vivants en pensant que les personnes que j’aime le plus au monde ne peuvent pas me rejoindre." M.T. doit s’armer de patience parce qu’une lettre prend six semaines à se rendre à destination. De plus, l’information qui circule au Congo-Brazzaville est contrôlée. Il y a en effet vérification systématique de tout ce qui s’écrit et se dit au pays. C’est la raison pour laquelle M.T. ignore où se trouve exactement sa famille depuis son départ.

M.T. a reçu son statut de réfugié le 26 avril dernier. Sa demande fut traitée dans la catégorie des cas d’urgence. Depuis, M.T. travaille dans un magasin de fruits et légumes et tente de ramasser suffisamment d’argent pour faire venir sa famille. Encore-là, patience est mère de vertu puisqu’avec toutes les procédures requises, la réunification familiale ne sera pas possible avant 1 an: "C’est un enfer que je vis. J’espère et je prie chaque jour qu’ils soient toujours en vie. C’est très difficile. Je me sens très impuissant." En fait, la majeure partie des cas de réunification familiale présentent un délai général de 8 mois, mais dans ce cas-ci, l’insécurité et la guerre persistante au Congo-Brazzaville ne permettent pas aux agents du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) de poursuivre leur travail. M.T. devra attendre plus longtemps, peut-être même beaucoup plus longtemps.

Perdre sa nationalité, son travail, son avoir, sa maison et surtout des membres de sa famille sont quelques obstacles auxquels les refugiés et les personnes déplacées font face à travers le monde. Le but ultime est de repartir à zéro, et quand on a de la chance, de le faire entouré des siens.

***Veuillez prendre note que le nom complet de M.T. n’a pas été divulgué pour des raisons de sécurité.