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Bulletin LIAISON > LIAISON Volume 2, numéro 6, novembre 1998
Action Mines Canada ne lâche pas prise Action Mines Canada (AMC) doit se donner une stratégie au pied levé face aux sollicitations qu’elle reçoit de la part de plusieurs ministères. Toujours prudent à l’égard de toute collaboration avec le gouvernement, AMC a tout de même décidé d’étudier la possibilité d’accepter l’offre de siéger avec l’ACDI, le MAECI, le MDN et le secteur privé pour examiner les propositions donnant suite au traité d’interdiction des mines. Ce problème épineux n’est pas sans susciter un vif débat au sein de l’organisme. En effet, il faut répondre à des questions difficiles : Si l’organisme collabore avec le gouvernement, donnera-t-il l’impression d’appuyer les dépenses que désapprouvent les ONG? Ou encore, est-ce que « siéger à la table » signifie que la coalition disposerait d’un droit de veto et pourrait orienter l’utilisation des fonds vers les besoins les plus pressants? La Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel, corécipiendaire du prix Nobel de la paix en 1997, réclame depuis longtemps que les besoins soient établis par les milieux aux prises avec le problème des mines. Or, ces priorités entrent souvent en conflit avec les orientations et les politiques de dépenses du gouvernement. Le 26 octobre, AMC a présenté son point de vue à un groupe d’entreprises intéressées par les subventions de recherche-développement venant du Fonds des mines terrestres (100 millions de dollars en cinq ans). Le Canadian Centre for Mine Action Technology (CCMAT) a reçu 17 millions de dollars de ce montant (alors que les projets dirigés par l’ACDI n’ont eu droit qu’à une fraction de cette somme). La présentation d’AMC n’a pas plu à tout le monde, mais les représentants du domaine militaire, industriel et diplomatique ont fait des déclarations fermes en faveur de dépenses intelligentes pour une technologie appropriée. Les organisations non gouvernementales craignent que les frais généraux du nouveau CCMAT et les mégaprojets frivoles engouffrent des sommes dont les ONG qui s’occupent du déminage ont cruellement besoin dès maintenant sur le terrain. Le Mines Advisory Group, Norwegian People’s Aid, Halo Trust et d’autres groupes se sont plaints de l’insuffisance des sommes consacrées au déminage. Action Mines Canada s’était objecté dès le départ au morcellement du fonds de 100 millions du gouvernement canadien entre des ministères ayant chacun ses priorités et ses obligations. Comme le fait remarquer la coalition, l’action contre les mines consiste à intégrer les interventions dans un cadre de développement, et non de répartir les fonds entre le MDN et l’entreprise pour la technologie, l’ACDI pour le déminage et le MAECI pour la ratification. Quatre ministères, trois guichets, chaque guichet ayant ses propres règles. Au colloque du CCMAT, AMC a insisté sur la nécessité de se concentrer sur la dimension du développement. AMC appuie les principes de développement de la Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel décrits dans ce qu’on appelle maintenant les « lignes directrices de Bad Honnef », d’après le nom de la ville d’Allemagne où elles ont été formulées. Action Mines Canada souligne que ces lignes directrices reposent sur le principe selon lequel la guerre peut continuer après la signature d’un armistice, et ce parce que la guerre a des effets à long terme sur les deux sociétés en cause en général et sur les personnes qui habitent les zones touchées. « Par conséquent, les efforts de restauration nécessitent une approche globale de reconstruction et de développement, et non des mesures de rapiéçage. La répartition des fonds et les lignes directrices appliquées sont encore souvent déterminées par des intérêts politiques à courte vue ayant pour but de produire des résultats qui paraissent bien, même s’ils sont parfois superficiels. Souvent, cela signifie qu’on ne se demande pas vraiment si les routes déminées peuvent effectivement contribuer à faire renaître l’agriculture, si les personnes rapatriées réussissent à se redonner des structures durables, ou si les prothèses permettent effectivement aux amputés de guerre à se réintégrer. » Fin novembre l’an dernier, trois organismes humanitaires de déminage et de développement (Mines Advisory Group, Norwegian People’s Aid et Handicap International) ont formulé un ensemble de principes que la Campagne internationale, y compris Action Mines Canada, a adopté. Ces principes concordent parfaitement avec les lignes directrices de Bad Honnef. Elles reconnaissent en fait la nécessité d’analyser objectivement les besoins des collectivités touchées, de faire preuve de sensibilité culturelle, d’assurer correctement la sécurité des personnes affectées au déminage et de trouver de nouvelles méthodes et techniques de déminage. Action Mines Canada a été invité à siéger au Comité de gestion et au Comité de direction du Canadian Centre for Mine Action Technology (CCMAT). AMC a fait savoir que la coalition s’oppose à ce que le Fonds des mines terrestres serve à la promotion ou à l’utilisation de solutions de rechange aux mines. La recherche de « solutions de rechange » fait actuellement partie du mandat du Centre, quoique la nature de ces solutions demeure encore vague. Comme on pouvait s’y attendre, AMC a aussi fait savoir qu’elle s’opposait à ce que des sommes tirées du Fonds soient octroyées à des entreprises qui contribuent à la prolifération des mines terrestres. On a demandé aux entreprises ayant été mêlées à la production de mines terrestres dans le passé de déclarer publiquement qu’elles s’opposent maintenant aux mines terrestres et qu’elles s’engagent à travailler pour mettre un terme à la crise humanitaire causée par ces armes déclenchées par la victime. De même, AMC encourage la réinjection dans le Fonds des mines terrestres des recettes produites par les nouvelles techniques. AMC s’inquiète non seulement de l’affectation des recettes tirées des nouvelles techniques, mais aussi de la nature de ces nouvelles techniques. Les techniques appropriées au déminage humanitaire sont économiques, robustes, transportables, durables, d’un apprentissage facile, sans danger pour le démineur et son environnement, et EFFICACES pour détecter et éliminer les engins explosifs. Les exigences d’une « approche axée sur le développement » peuvent s’avérer trop nombreuses pour beaucoup de compagnies, surtout celles qui cherchent des capitaux de démarrage faciles et des profits rapides. Le concours de recherche lancé auprès des universités canadiennes fait boule de neige. Une grande partie de la documentation diffusée sur ce projet (grand projet de la coalition d’AMC cette année) vise à intéresser une nouvelle génération d’ingénieurs et de développeurs à la conception d’équipements aptes à répondre aux besoins définis par les collectivités touchées plutôt que de créer des nouveautés techniques en isolement. Le concours suscite un intérêt croissant et au début novembre, alors qu’il reste encore quatre semaines avant la date limite d’inscription, nous avions reçu plus d’une vingtaine de demandes d’information d’étudiants. On peut consulter le site web du projet (hébergé par la Section de la région de lacapitale nationale) à l’adresse suivante : www.ncrb.unac.org/landmines/competition.html. Action Mines Canada a entrepris un autre projet d’envergure cette année, soit la mise sur pied de la base de données en direct de surveillance des mines terrestres, projet ambitieux qui vise à consigner les éléments du problème des mines terrestres dans le monde et les voies de solution. AMC recevra ses informations de la part des membres de la Campagne internationale, des gouvernements et des citoyens. La base de données comprendra des descriptions de pratiques optimales, des résultats d’enquêtes, des noms de personnes-ressources pour les campagnes et des chiffres sur les victimes et les survivants. Il y aura des paliers de privilèges d’accès, notamment en raison du caractère délicat de certains renseignements et de la nécessité de vérifier les données et de s’assurer que les sources sont fiables et protégées. On peut visiter le site web d’AMC à l’adresse suivante : www.minesactioncanada.com.
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