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Bulletin LIAISON > LIAISON Volume 2, numéro 5, septembre 1998

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Une chance à saisir à l’ONU
Par Geoffrey Pearson, Vice-président national Association canadienne pour les Nations Unies

Le Canada brigue un mandat de deux ans au Conseil de sécurité de l’ONU pour la session 1998 de l’Assemblée générale cet automne. S’il est élu, ce sera la sixième fois depuis 1948. Pourquoi le gouvernement convoite-t-il le fardeau et les épreuves que peut receler cette charge à une époque où le rôle de l’ONU dans les affaires internationales est de plus en plus miné par le doute et la controverse, surtout à Washington, où se situent les principaux intérêts du Canada? La réponse à cette question est au cœur de la politique étrangère canadienne.

Les espoirs suscités par la fin de la Guerre froide et par ce qui s’annonçait comme une nouvelle ère prometteuse pour le maintien de la paix par l’ONU au début des années 90, chantés par les chefs de gouvernement à la réunion du 50e anniversaire de l’Assemblée générale en 1995, ont été refroidis; et ce, pour deux raisons.

La première s’explique par les obstacles inattendus auxquels s’est heurtée l’ONU en intervenant dans des conflits en Afrique, malgré le succès relatif du volet humanitaire. Les pertes de vie en Somalie et au Rwanda et l’échec des tentatives d’organisation d’une intervention dans l’ex-Zaïre ont donné à réfléchir aux gouvernements occidentaux anxieux de renforcer l’autorité de l’ONU. D’ailleurs, pour certains pays (Afghanistan, Algérie, Congo, Sri Lanka), on parle même de massacre et non d’efforts de maintien de la paix de l’ONU. La plupart de ces conflits armés sont civils; or, malgré l’ampleur et l’intensité des affrontements, nombreux sont les membres de l’ONU qui hésitent à autoriser celle-ci à faire entorse au principe du respect de la souveraineté. Enfin, les initiatives du Canada et des autres partisans traditionnels du maintien de la paix visant à renforcer la capacité de l’ONU à réagir rapidement en cas de conflit imminent, problème patent dans le cas du Rwanda, progressent à pas de tortue.
Le deuxième motif d’inquiétude est le déficit budgétaire grandissant de l’ONU, qui se chiffre maintenant à près d’un milliard de dollars, et dont presque les deux tiers sont dus par les États-Unis. La quote-part budgétaire des États-Unis est établie à 25 %; or, le pays a posé comme condition au versement de sa cotisation et des arriérés la réduction de cette quote-part à 20 %, ainsi qu’une réforme de la gestion de l’ONU. Si la réforme est en cours, rien ne garantit que la réduction de la quote-part sera approuvée par l’Assemblée. S’ils persistent, les États-Unis risquent de perdre leur droit de vote au début de l’an prochain.

Cependant, malgré ces obstacles, le besoin d’une organisation quasi universelle vouée aux objets de la Charte – dissuasion des agressions, médiation, promotion du développement et des droits de la personne – n’a jamais été aussi grand. Les armes de destruction massive se multiplient, le changement climatique nous menace, la pauvreté alimente la maladie et la criminalité et la progression démographique dépasse la croissance du revenu. En fait, la majorité de gouvernements sont incapables d’offrir à leur population la sécurité que suppose leur souveraineté. Parler de l’" État déchu " est maintenant un lieu commun. Dans ces circonstances, la coopération internationale visant à éliminer ces fléaux et les autres menaces au bien-être de l’humanité est une nécessité, et les organisations mises sur pied à cet effet sont indispensables. Les groupes régionaux peuvent être utiles, mais nul ne peut agir isolément lorsqu’un danger est d’ordre planétaire.

L’ONU peut convoquer et convoque effectivement ses 185 membres pour favoriser la coopération ou concevoir des moyens juridiques de conjurer ces menaces – comme les problèmes écologiques et les crimes contre l’humanité – et les organismes spécialisés assument depuis longtemps le rôle d’organismes de réglementation ou de normalisation. La mise en application des règles ainsi adoptées demeure toutefois un problème dans un monde d’États souverains, mais avec le développement des démocraties et l’influence grandissante des ONG – témoin leur rôle récent dans la négociation de l’établissement d’une cour pénale –, ces problèmes pourraient être aplanis.

Par ailleurs, le travail de Kofi Annan comme secrétaire général ravive les espoirs des partisans de l’ONU. Kofi Annan a rationalisé le secrétariat, réduit les coûts et accordé une importance accrue aux grands mandats de l’ONU comme l’édification de la paix, les droits de la personne et le désarmement. En prenant l’initiative dans les négociations avec l’Irak, il a renforcé l’autorité de sa charge, et en proposant de nouvelles formes de collaboration avec les ONG et la " société civile " (ex. " assemblée des peuples " en l’an 2000), il a redoré le blason de l’ONU.

Toutefois, c’est aux États membres qu’il revient de proposer et d’adopter ensemble des mesures de réforme de la Charte visant en particulier la composition et les pouvoirs du Conseil de sécurité. Kofi Annan a proposé qu’une commission ministérielle " examine le besoin d’un changement fondamental " compte tenu de l’échec des efforts diplomatiques actuels en ce sens. S’il est élu au Conseil, le Canada sera en position de force pour militer en faveur de l’augmentation du nombre de membres, toujours limité à quinze, et pour œuvrer à l’amélioration de la procédure. L’appartenance au Conseil comporte des responsabilités; il faut donc être prêt à assumer le risque de prendre des décisions qui pourraient ne pas être populaires chez nos amis ou déranger les marchés et à se charger de nouvelles fonctions dans le domaine du maintien de la paix au besoin. Le gouvernement devra expliquer (et la population accepter) que si les membres qui, comme le Canada, souhaitent renforcer les organisations planétaires et le droit international ne sont pas prêts à y sacrifier une partie de leur souveraineté, les principes et les objectifs de la Charte s’évanouiront graduellement.

Août 1998.

N.B. : Pour en savoir davantage sur les Nations Unies, on peut visiter le site web de l’ACNU : www.unac.org.