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Bulletin LIAISON > LIAISON Volume 1, numéro 4, juillet 1997

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Les priorités canadiennes aux Nations Unies
Ce que pense M. Robert Fowler, ambassadeur du Canada à l’ONU

Peu de Canadiens ont autant d’autorité que Robert Fowler quand on parle des transitions en cours aux Nations Unies. Ambassadeur et représentant permanent du Canada à l’ONU depuis le 3 janvier 1995, M. Fowler connaît bien les succès de l’organisation, mises en valeur par les célébrations du cinquantenaire en 1995, de même que ses lacunes, comme le montre la série de réformes qui est devenue dans les années 90 un trait incontournable de la vie de l’organisation.

Prenant la parole comme conférencier d’honneur lors de l’assemblée générale annuelle de l’ACNU à Toronto, M. Fowler a parlé des trois priorités canadiennes qui ont pour but de rendre l’ONU plus représentative, plus efficace et plus responsable pour le prochain millénaire.

La première priorité est le rapprochement des États-Unis et de l’ONU. Tout en complimentant l’ACNU pour le rôle de premier plan qu’elle a joué dans le renforcement de l’appui du Canada à l’ONU, M. Fowler a souligné que cet appui est loin d’être universel. Contrairement à ce qui s’est produit au Canada, où la campagne électorale de juin a peu fait référence à l’ONU, les politiciens et les médias des États-Unis ont émis des critiques sévères à l’endroit des Nations Unies.


L’Ambassadeur du Canada à l’ONU, M. Robert Fowler (Photo: Michael Bedford)

Selon M. Fowler, ce rapprochement est primordial autant pour l’ONU que pour les États-Unis. Il est évident que les réalités politiques et économiques rendent difficile la survie de l’ONU sans un solide engagement états-unien. L’ambassadeur des États-Unis à l’ONU, M. Bill Richardson, a récemment soutenu devant la Chambre des représentants que l’ONU n’est pas seulement utile pour les États-Unis, mais qu’il importe que les États-Unis y demeurent engagés.

M. Fowler a donné deux raisons pour lesquelles le maintien de l’engagement des États-Unis est essentiel pour les deux parties. Premièrement, il affirme que l’existence même de l’ONU réduit le risque que les États-Unis, seule superpuissance encore debout, écope du rôle de " police du monde ". En ignorant cet aspect positif de leur relation avec l’ONU, les États-Unis laissent de côté une occasion qui pourrait jouer en leur faveur.

Deuxièmement, bien que le Congrès américain ait accepté que 819 millions des 1,3 milliard de dollars américains de leur dette soient payés au cours des trois prochaines années, M. Fowler soutient que les conditions de paiement menacent de nuire aux intérêts américains au sein de l’ONU, à leur crédibilité (parce qu’ils continuent de différer le paiement de leurs arriérés) ainsi que leurs relations avec les autres pays. Les conditions fixées par les Américains comprennent :  la permission de ne pas payer le reste de leur dette de 1,3 milliard (sans être frappés par l’article 19 de la Charte, qui les priverait de leur droit de vote à l’Assemblée générale), une baisse de leur quote-part annuelle standard de 25 % à 22 % du budget ordinaire de l’ONU, puis à 20 % en l’an 2000, le paiement par les diplomates de l’ONU de toutes les contraventions de stationnement émises par la ville de New York sous peine de voir leur aide diminuée, l’obtention exclusive d’un siège permanent au comité budgétaire de l’ONU et enfin, la vérification des programmes de l’ONU par leur General Accounting Office.

Ces demandes supplémentaires arrivent au moment où le secrétaire général, M. Kofi Annan, élabore un programme complet de réformes qui paraîtra le 16 juillet. L’efficacité du programme pourrait être compromise par l’intransigeance des États-Unis.

Justement, pour M. Fowler, la deuxième priorité du Canada est sa participation à ce processus de réforme.

L’établissement d’un Conseil de sécurité plus équitable et plus représentatif est un des points qui intéressent le plus le Canada. En effet, le Canada milite pour la formation d’un Conseil de sécurité étendu qui refléterait autant l’augmentation du nombre de pays membres de l’ONU que la diversité géographique de ces membres et qui tiendrait compte de la " contribution des membres de l’Organisation au maintien de la paix et de la sécurité internationales et aux autres fins de l’Organisation " (Charte de l’ONU, article 23). M. Fowler croit qu’un Conseil de 23 membres pourrait satisfaire cette exigence sans nécessairement compromettre son efficacité.

La question du statut de permanence est aussi source de conflits, mais M. Fowler affirme que le Canada, comme de nombreux autres pays, n’appuierait aucun plan visant à augmenter le nombre de sièges permanents au Conseil.

En ce qui a trait au droit de veto, le Canada croit que son utilisation devrait être restreinte aux questions du chapitre VII, qui parle d’" action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d’agression (...) ". Il reconnaît aussi que la réforme du Conseil risque d’être lente, étant donné le pouvoir de certains de ses membres d’opposer leur veto à tout plan susceptible de diminuer leur autorité.

S’il participe régulièrement aux missions de maintien de la paix, le Canada ne jouit pas d’une grande influence lors des débats du Conseil de sécurité portant sur l’affectation des troupes. C’est pourquoi le Canada cherche à élaborer une procédure qui augmenterait la capacité des non-membres à influer sur les décisions du Conseil.

M. Fowler admet que les visées du Canada au sujet de la mise sur pied d’un Conseil de sécurité plus équitable et plus représentatif coïncident avec la troisième priorité canadienne de la mission permanente, soit obtenir pour le Canada un sixième mandat de deux ans au Conseil de sécurité à compter de 1999-2000. Le Canada est en concurrence avec la Grèce et les Pays-Bas pour l’obtention de l’un des deux sièges non permanents du " Groupe des États d’Europe occidentale et autres ". Le fait que le Canada ait obtenu un mandat de deux ans tous les dix ans depuis la création de l’ONU n’est malheureusement pas une garantie pour 1999. D’autant plus que le nombre de membres de l’Assemblée générale a doublé depuis les années 60. Notons d’ailleurs que l’Australie s’est vue refuser sa candidature l’an dernier, de même que la Suède il y a quatre ans.

De plus, le Canada a devant lui l’Union européenne, qui a de plus en plus de votes dans son sac et qui est capable d’imposer une discipline de suffrage plus stricte en faveur des candidats de l’Union. M. Fowler croit qu’il serait dommage que les futures élections au Conseil soient caractérisées par ce genre de vote " automatique ", une tendance qui serait aussi néfaste à nos relations avec nos partenaires européens.

Malgré tout, M. Fowler soutient que le Canada a de bonnes chances à cause entre autres de son appui constant à l’ONU, de sa participation à de nombreux organismes internationaux, de sa diversité démographique et de son passé non colonialiste. Avec la défaite de l’Australie de l’an dernier, on peut maintenant faire valoir que c’est maintenant au tour d’un pays non européen de siéger au Conseil. " Le Canada a la crédibilité, la capacité et l’influence mondiale nécessaires pour faire la différence lors des délibérations du Conseil de sécurité ", a affirmé l’ambassadeur Fowler.

L’ambassadeur a conclu en disant que dans notre monde de plus en plus virulent et divisé, la foi qu’entretiennent les Canadiens à l’égard de la réforme des Nations Unies est tout à leur honneur.