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Bulletin LIAISON > LIAISON Volume 1, numéro 3, mai 1997
En mémoire de Lester B. Pearson
La date du 23 avril 1997 a marqué le centième anniversaire de naissance de Lester B. Pearson, cet homme qui a inventé la notion de maintien de la paix, initiative qui lui a valu le prix Nobel de la paix. Pourtant peu de Canadiens en savent davantage que ces quelques détails sur leur ancien premier ministre. On m’a demandé d’ajouter au casse-tête quelques pièces parmi les plus intéressantes. Deuxième fils d’un ministre méthodiste, Lester B. Pearson est né dans l’une des nombreuses paroisses de son père, à Newtonbrook, en Ontario. Vincent Massey, également de famille méthodiste et premier gouverneur général du Canada, a aidé le jeune Pearson à terminer ses études supérieures à Oxford en lui accordant la bourse Massey. Pearson a enseigné l’histoire à l’Université de Toronto pendant quelques temps avant que Massey ne l’incite, en 1928, à postuler au Foreign Service. Le pays était alors sur le point de créer le ministère des Affaires étrangères. Ce jeune homme qui avait déjà vécu à l’étranger, en temps de paix comme en temps de guerre, ne pouvait certes pas laisser passer une telle occasion de contribuer à cette étape importante de la maturation du Canada. Posté à Genève et à Londres pendant les années 30, Pearson est témoin de première main de l’échec de la Société des Nations et de l’approche de la Seconde Guerre mondiale qu’il attribue, à l’instar de bien d’autres, à la politique de conciliation de la Grande-Bretagne. Cette expérience est celle qui a le plus influencé ses vues ultérieures sur l’importance de la sécurité collective. Ambassadeur à Washington pendant les derniers jours de la guerre, Pearson a pu mettre sa philosophie en pratique en étant " présent à la création " des Nations Unies en 1945, dont il a rencontré plusieurs des fondateurs. Le rôle important qu’a joué le Canada pendant la guerre ainsi que son statut d’important fournisseur de denrées, allié aux compétences de Pearson comme diplomate, ont permis à celui-ci de présider les premières réunions qui ont mené à la fondation de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et, plus tard, à la naissance du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR). Son engagement dans l’arène internationale et son intérêt particulier envers le développement de l’ONU n’a jamais failli de 1948 à 1957, lorsqu’il agissait à titre de secrétaire d’État aux Affaires extérieures. Pendant ce temps, il a profité de toutes les occasions pour renforcir le pouvoir de l’ONU dans la dissuasion des agressions, comme en Corée, ou dans le maintien de la paix, comme au Moyen-Orient et au Cachemire. La Guerre froide a éteint ses espoirs de fonder la prévention de tout acte d’agression sur des mécanismes de concertation. Par ailleurs, en collaboration avec Dag Hammarskjöld et d’autres (particulièrement des Norvégiens), il a pu tourner à son avantage ses qualités diplomatiques en convertissant la crise de Suez en triomphe pour l’ONU. Son gouvernement a ensuite profité de ce précédent pour organiser la force de l’ONU à Chypre. Fidèle à la philosophie de ces actions, il n’a jamais pu endosser totalement la politique américaine au Viêt-nam (encourant ainsi la colère du président Lyndon Johnson), car aucune des deux parties n’acceptait d’accorder un rôle à l’ONU dans ce conflit. À une époque où l’Est et l’Ouest vivaient sous la menace constante d’une guerre nucléaire, Lester B. Pearson a acquis la confiance des leaders mondiaux, y compris des Russes, par son idéalisme empreint d’un sain réalisme. Sa qualité de Canadien l’a grandement aidé, non moins que le fait de ne jamais perdre de vue les liens étroits qui unissent les intérêts nationaux et la paix mondiale. Geoffrey Pearson est le vice-président de l’ACNU.
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